‹ Mémoires de chirurgie (volume 4)Chapitre 7 sur 192 · DEFINITION · texte numérisé non relu

DEFINITION

Aucune de celles qu'on adonnées jusqu'ici ne nous satisfait.

Velpeau disait : « La contusion peut être définie toute solution de continuité des tissus vivants accompagnée d'extravasaîion des liquides organiques, produite par la pression directe ou indirecte de certains agents extérieurs, mais sans division de la couche tégumen taire. »

Follin désigne sous le nom de contusions certaines lésions de nos tissus produites par un coup ou des pressions subites, ne s'accompagnant pas de solution de continuité des téguments.

Et ainsi de suite, avec quelques variations sans grande importance.

On énumère, en somme, trois caractères : la production de la diérèse par pression, l'épanchement des liquides organiques, enfin l'intégrité des téguments. Or, le premier seul doit être conservé ; le second est inutile, n'ayant rien de spécial et se retrouvant dans toutes les lésions traumatiques; quant au troisième, il faut résolument le rejeter.

En effet, l'intégrité ou la division de la peau ne change en aucune façon le caractère étiologique fondamental, c'est-à-dire le mode de production, le mécanisme de la diérèse ; l'acte initial reste le même ; c'est toujours la pression. La différence des elfets produits dépend

d'une foule de conditions secondaires : l'intensité de la violence, la résistance inégale des tissus qui la subissent, la forme de l'agent vulnérant, l'étendue de sa surface d'application, la situation du point d'appui, etc. ; mais toujours il y a solution de continuité par pression.

Certainement, le pronostic, la marche, les terminaisons, sont différents suivant que le foyer traumatique est caché ou exposé, mais il n'y a pas là les bases d'une définition, car en bonne classification il faut toujours choisir les caractères les plus constants, les moins variables, et on ne les trouve guère que dans l'étiologie, la pathogénie ou l'anatomie pathologique. Une fois le genre contusion bien établi, il sera certainement utile, indispensable même, d'y tracer des divisions secondaires. Alors, de même qu'on admet la contusion de tel ou tel organe, de tel ou tel tissu, on décrira des contusions avec ou sans plaie, des contusions interstitielles, exposées externes, exposées internes ou cavitaires, etc.

Ceci nous conduit naturellement à trancher une question connexe : les auteurs traitent à part la contusion proprement dite ou simple ou avec intégrité des téguments, puis plus tard, à propos des plaies, ils étudient sous le nom de plaies contuses celles qui sont produites par les corps contondants. Cette séparation de lésions très voisines étiologiquement a plus d'inconvénients que d'avantages, aussi croyons-nous plus logique en théorie et plus utile en pratique d'admettre une contusion sans plaie et une contusion avec plaie. On dira sans doute qu'il ne s'agit là que d'une question de mots, mais dans les sciences, et surtout quand il s'agit de taxinomie, il faut bien convenir que les mots jouent un rôle important, puisqu'ils sont chargés de traduire les idées. Au reste, dans certains articles récents, Laugier1 et Billroth2 traitent dans un même chapitre les contusions sans plaie et avec plaie.

Si nous avons rejeté certains caractères donnés par les classiques, il nous paraît indispensable, en revanche, d'en ajouter un que nos prédécesseurs ont trop laissé dans l'ombre. Emprunté à l'anatomie pathologique, nous l'étudierons plus tard avec soin, mais il faut l'énoncer ici. Il s'agit de Yattrîtion ou écrasement plus ou moins étendu et complet des éléments anatomiques et tissus soumis à la pression. Avec cette addition nous sommes en mesure de définir la contusion :

Une lésion traumatique dans laquelle la diérèse est produite par pression et s'accompagne cVattrition au point lésé.

1. Nouv. Dict. de méd. et de chir. pratiques, t. IX. p. 312, 1868.

Page 1