Œuvres complètes de Jean Méry, édition de 1887, p
En 1688, Gervais Ucay, médecin de Toulouse, posait le problème suivant : « Pourquoi un homme qui est blessé dans le temps qu'il a la vérole ne guérit jamais bien de ses blessures, ou du moins avec beaucoup de difficultés? » Et voici sa réponse : « Lorsque la vérole se trouve jointe aux blessures, le sang se trouve fort acre et corrompu par le moyen du venin vérolique, lequel, ne pouvant être corrigé par les remèdes ordinaires, empêche la guérison, et le malade n'est pas en état, pendant les blessures, de pratiquer les remèdes qui le peuvent guérir de la vérole; de là vient qu'on ne guérit pas; et quoique la blessure soit fort petite, il y survient pourtant de mauvais accidents à cause des humeurs acres et virulentes qui se jettent dans la partie1. »
« Les blessures de la tête et des autres parties du corps, dit Verduc, se guérissent très difficilement dans ceux qui ont la vérole ou le scorbut. J'en ai vu un exemple depuis peu dans un homme qui avait un reste de vernie. Il fut blessé d'un coup d'épée à l'avantbras; sa plaie d'abord ne paraissait rien en apparence; mais il s'y fit quelques temps après de grands abcès; les os se carièrent, et dans la suite une partie du radius s'exfolia. Enfin il n'y a jamais eu que les médicaments mercuriels qui aient contribué à la guérison de cette plaie 2. »
C'est probablement cette difficulté, bien reconnue alors, de guérir les plaies chez les syphilitiques, qui avait fait supposer que les fistules, si rebelles d'ordinaire à tout traitement, étaient sous la dépendance de la syphilis. Cette opinion est en effet exprimée dans nombre d'auteurs de cette époque.
En 1696 ou 1697, suivant les éditions, Saviard opère un syphilitique d'une fistule anale, mais il lui fait prendre en même temps du mercure, « pour combattre le virus vérolique qui ne manquerait pas de former un obstacle à la guérison 3. »
En 1725, Le Dran opère une fistule à l'anus; pendant une vingtaine de jours, la plaie alla bien et tout faisait espérer une guérison prochaine, lorsque apparurent des fongosités qui résistèrent à tout traitement : excision, cautérisation. L'inteçrogaîion du malade fit reconnaître qu'il avait eu la vérole, et les frictions mercurielles
1. Cité par Jullien, Traité pratique des maladies vénériennes, 2° édit. Paris, 1886, p. 667.
2. Verduc (Jean-Philippe), Les opérations de chirurgie, avec une Pathologie, t. II, p. 642, 1693.
3. Nouoeau recueil d'obs, chir., Paris, 1703, p. 434. — Édition de Lerouge, 1784, p. 341.
seules permirent à la cicatrisation de s'effectuer (Observations de chirurgie, Paris, 4731, vol. Il, p. 216).
La même année, le même fait se présenta, et il fallut faire suivre au malade le même traitement spécifique pour obtenir la guérison (Id. p. 219).
Le Dran recommande, comme Saviard, de commencer par traiter le malade de la vérole avant de l'opérer, quand on reconnaît que la fistule est vérolique (Id. p. 221). « On en a vu quelques-unes de celte espèce, ajoute-t-il, et qui étaient récentes, se guérir avec tous les autres symptômes de la vérole et n'avoir plus besoin d'opération. »
La Faye, dans ses Notes au cours d'opérations de Dionis, recommande aussi de combattre le virus vérolique avant de faire l'opération de la fistule urélhrale, et il ajoute, comme Le Dran : « J'ai vu même quelquefois les fistules se guérir et les duretés se fondre totalement par la seule application de la pommade mercurielle » (3e édit., p. 34, 1736, et 6e édit., t. I, p. 211, 1765).
Astruc conseille également de n'opérer les fistules anales et lacrymales qu'après avoir fait suivre au malade un traitement mercuriel pendant longtemps1.
Parmi les causes qui prédisposent à la saillie de l'os après les amputations, J.-L. Petit cite l'appauvrissement du sang et de la lymphe. « Mais, ajoute Lesne, l'expérience nous démentirait si nous disions que la dénudation de l'os a lieu dans tous les malades qui sont exténués, ou qui sont affectés de quelque vice intérieur. Les ^liqueurs peuvent avoir des modifications différentes dans le cours d'une même maladie. Dans la vérole, par exemple, et dans les écrouelles, le sang et la lymphe peuvent, dans un certain degré de la maladie, être susceptibles de s'épaissir et de fournir un gluten solide; au lieu que, dans un autre temps, le progrès du mal aura détruit leur consistance. Aussi voit-on que certains véroles ou écrouelleux guérissent, promptement de l'amputation, comme M. Petit l'a observé, tandis que cette opération ne réussit pas de la même manière dans d'autres sujets affectés des mêmes maladies, mais dont les fluides sont tombés en dissolution ; ce qui est encore une preuve confirmative de nos principes » (Œuvres posthumes de chirurgie de M. J.-L. Petit, mises au jour par M. Lesne, Paris, 1774, Discours prél., p. xcn, et Œuvres complètes, 1837, p. 306).