‹ Mémoires de chirurgie (volume 4)Chapitre 77 sur 192 · Maximen der Kriegsheilkunst, Hannover, 1861, p. 194. — D · texte numérisé non relu

Maximen der Kriegsheilkunst, Hannover, 1861, p. 194. — D

vation intéressante d'une affection peu connue décrite par Mirault (d'Angers), et qu'il rattache au rhumatisme1. M. Verneuil, faisant allusion au fait de Jobert, rapporté plus haut, dit :

« Vous opérez chez un syphilitique une fistule pénienne, la réunion immédiate manque, l'autoplastie échoue. Vous instituez un traitement approprié, puis vous recommencez, et cette fois avec succès. Si le syphilitique s'était fait dans une chute une plaie du front six fois plus large, l'adhésion primitive aurait réussi probablement du premier coup.

» Je ne fais que soulever ici, sans m'y étendre, une question qui intéresse au plus haut point la médecine opératoire, et qui est encore cependant entourée d'obscurités. »

A la lecture de cette note, M. le Dr Guillemin, médecin militaire, se rappela un cas de plaie chez un syphilitique qu'il avait observé quelque temps auparavant et qui n'avait guéri que par le traitement spécifique, et le publia également dans la Gazette hebdomadaire (1863, p. 472).

Ambrosoli s'occupait de son côté de l'influence des diathèses sur les lésions traumatiques depuis assez longtemps, dit-il, lorsque parut l'observation de Guillemin, dont il eut connaissance. Il s'empressa alors de publier quatre faits qu'il avait observés et qui démontrent nettement l'influence de la syphilis sur les lésions traumatiques même légères. « Le médecin, dit-il en terminant, en face d'un individu syphilitique atteint d'une plaie offrant le caractère des ulcères syphilitiques, et rebelle au traitement ordinaire des plaies, doit donc se hâter de combattre énergiquement la diathèse syphilitique2. »

H. Demme 3 pense que «l'affection syphilitique peut avoir une influence très prononcée sur la marche des plaies, surtout pendant la période secondaire ou tertiaire. Dans un certain nombre d'observations, cette marche parut normale malgré les manifestations syphilitiques, dans beaucoup d'autres cas les changements suivants eurent lieu. Les plaies en apparence les plus légères prirent

1. Ace propos M. Diïsterhoff dit, et M. Bénicy dans sa thèse inaugurale (Paris, 1879), répète : « Plusieurs observations publiées dans la Gazette hebdomadaire, en 1863, par le professeur Verneuil, Mirault (d'Angers) et Guillemin concluent à la nécessité de soumettre le syphilitique à un traitement, avant de l'opérer. » (Diisterhoff, p. 642 et Bénicy, p. 8). — M. Verneuil n'avait alors publié aucune observation; celle de Mirault n'avait nullement trait aune syphilitique, le reste seulement est exact.

2. Gazetta med. italiana lombardia, 1863, et Gaz,, méd. de Paris, 1863, p. 824.

3. Allg. Chirurgie des Schusswunden, Wurzburg, 1863, ITh., p. 115. — D.

une marche chronique. Je pus constater que chez plusieurs la surrace de la plaie présentait les caractères d'un ulcère, avec fond livide, inégal et des entailles profondes ; la sécrétion était insignifiante, le pus de mauvaise nature et la sensibilité souvent très prononcée. Dans deux cas où je pus constater, non sans peine, l'existence d'un chancre induré mal soigné, l'effet de l'iodure de potassium administré pendant plusieurs semaines fut surprenant. Par contre, chez un officier autrichien présentant une plaie superficielle à la jambe droite, ayant tous les caractères indiqués plus haut, la guérison se fit attendre plusieurs mois, malgré l'emploi de l'iodure de potassium et une cautérisation énergique. »

J. Neudôrfer1 dit que « parmi les complications qui surviennent pendant la période de réparation des plaies, la syphilis a pris une importance capitale. Dans le monde et parmi les médecins, il existe un préjugé qui veut que les plaies, les lésions osseuses, soient entravées dans leur guérison par les manifestations syphilitiques, et que les plaies par armes à feu ne puissent guérir que lorsque la syphilis a été traitée. Même les plaies par instruments tranchants doivent se transformer en ulcères syphilitiques chez les individus atteints de cette maladie. Théoriquement parlant et d'après ce que nous savons de la syphilis et de ses manifestations, ces considérations peuvent paraître exactes. Cependant l'expérience quotidienne contredit si formellement cette manière de voir, qu'on se demande comment on peut encore soutenir de pareilles théories. Examinons donc, dans les plaies par armes à feu compliquées de syphilis : 1° si la syphilis imprime son cachet sur les plaies et peut entraver leur guérison; 2° si la suppuration influe sur la syphilis.

Dans chaque guerre, il y a bon nombre de soldats et notamment d'officiers atteints de différentes formes de syphilis, et qui, autant par devoir que par le désir de se distinguer, ne veulent pas retarder leur entrée en campagne; il s'ensuit qu'on a suffisamment l'occasion d'observer. Nous avons constaté qu'aucun syphilitique n'a succombé à sa blessure si cette blessure n'était pas mortelle par elle-même. Parmi les quinze ou vingt malades qui sont présents à notre mémoire, nous n'avons constaté sur eux aucune complication telle que gangrène, pyohémie, etc. Si de ces observations on ne peut pas conclure d'une manière certaine que la syphilis n'a aucune influence sur les plaies, on peut du moins affirmer que les plaies simples ne sont pas sensiblement altérées par la syphilis. Les plaies ne prirent

1. Handbuch der Kriegschirurgie, Leipzig, 1864, p. 245. — D., p. 645,

jamais les caractères de l'ulcère syphilitique et la guérison n'en fut point entravée. Nous possédons des observations de plaies par suite d'opérations, même de résections osseuses, chez des individus affectés de syphilis, qui guérirent par première intention. Si donc la syphilis ne peut empêcher une réunion par première intention dans les parties molles ou dans les os, a fortiori ne peut-elle pas entraver la guérison de la plaie. »

Pour ce qui est de la durée de la guérison des plaies, Neudôrfer conclut que tout traitement antisyphililique est superflu et que l'idée que la syphilis puisse être un danger pour le blessé est abst" lument dénuée de fondement.

Le 24 février 1865, le professeur Zeissl (de Vienne) lut à la Société royale impériale de cette ville un travail sur ce sujet1, peu favorable en somme à l'influence de la syphilis sur les plaies. Il a vu, chez bon nombre de ses clients atteints de syphilis à diverses périodes, les plaies par armes à feu, instruments contondants ou tranchants, guérir parfaitement et sans être entravées dans leur marche.

En mars de la même année, le Dr Thoman publia à l'appui des idées émises par le professeur Zeissl un article important 2. Nous allons traduire aussi fidèlement que possible sa pensée, car son travail contient, d'après nous, comme nous le dirons plus loin, des opinions erronées.

« Si les chirurgiens militaires, dans leurs affirmations sur la marche des plaies chez les syphilitiques, se contredisent si fréquemment, il ne faut pas en chercher l'explication dans ce fait qu'il y aurait plusieurs natures de syphilis, car, en réalité, elle a sous tous les climats des formes identiques, notamment en ce qui concerne la marche et la terminaison des plaies, dans ses périodes primitive et secondaire. Il faut plutôt en chercher la cause dans l'inégalité de l'expérience des observateurs.

» L'expérience enseigne clairement que les plaies guérissent chez les syphilitiques comme chez les non-syphilitiques, et beaucoup mieux que chez les scrofuleux et autres individus d'une constitution débile.

» Nous avons vu des plaies chez des syphilitiques rester constamment saines et même guérir relativement plus tôt que chez des individus jouissant d'ailleurs d'une bonne santé.

» J'ai vu, par exemple, une plaie d'arme à feu guérir dans le

1. Zeitschrift der K. K. Gesellschaft der Aer&te in Wien, 1865, p. 83.

2. Wiener mediùnische Wochenschrift, 15 mars 1865, n° 21 col. 352, etc.

temps ordinaire chez un individu atteint de syphilis secondaire. La maladie n'avait apporté aucun obstacle, aucun retard à la guérison.

» J'ai amputé un soldat relire du service dont les deux pieds avaient été gelés, disait-il, à la bataille de Grosswardein. Le cas était tel qu'il ne pouvait marcher que sur les mains et sur les genoux. Dans le cours de l'opération, je découvris qu'il était atteint d'une syphilis cutanée, avec des traces de chancres et plusieurs ulcérations au pénis.

» Malgré cette complication, les plaies résultant de l'amputation suivirent une marche satisfaisante et guérirent par première intention. La syphilis n'en suivit pas moins son cours.

» Qu'une plaie chez un sujet faible, débile, blond, impressionnable, ait, a priori, quand il est syphilitique, une tendance à devenir, à la moindre occasion, malsaine, impure, et à prendre le caractère syphilitique, cela est certain. Mais on peut considérer comme très probable qu'avec des soins et un traitement appropriés elle suivra une marche régulière, pour arriver à une guérison complète. »

Suit une observation de trachéotomie dans laquelle la plaie prit, dans sa moitié inférieure, un caractère particulier (Voyez Obs. X).

« Comme le professeur Zeissl, ajoute Thoman, j'admets que la pression ou le frottement est une cause accidentelle de la spécificité des plaies chez les syphilitiques.

» Cette doctrine est confirmée par les observations des chirurgiens militaires qui ont constaté que, lorsqu'un blessé reçoit immédiatement sur le champ de bataille les soins qu'exige son état, et n'est pas évacué sur un hôpital plus ou moins éloigné, sa blessure, même chez des sujets syphilitiques, peut guérir facilement. Mais si, par suite des nécessités d'un transport lointain, le chirurgien est obligé de se contenter du premier et indispensable appareil, les frottements inséparables du cahot du véhicule, l'impossibilité, pendant le trajet, d'entretenir la plaie en bon état de propreté, etc., etc., concourront, surtout chez un syphilitique, à retarder la guérison. »

C. Heine1 cite des cas très défavorables. Il a constaté, chez les blessés affectés de syphilis constitutionnelle, la marche languissante des plaies par suite du peu de vitalité des tissus et la mauvaise qualité du pus.

1 . Die Schussveiielzungen der unteren Extremitàten, Berlin, 1866, p. 81. — D.

J.-O. Martini esl de l'avis de Zeissl. Les plaies ne sont pas altérées visiblement par la syphilis, n'en prennent pas le caractère et leur guérison n'est pas entravée, un traitement spécifique est inutile au moins pendant la durée de la plaie1. Plus tard il ajoute : On ne doit s'abstenir d'opérer que dans le cas où la région malade est le siège d'une infiltration syphilitique; si pendant le cours de la guérison surviennent des accidents pouvant être attribués à la syphilis, on entreprendra un traitement spécifique2. Enfin il dit encore : La syphilis n'entrave pas la marche des plaies, et la suppuration ne peut ni modifier, ni enrayer la syphilis L'emploi du mercure trouble la guérison des plaies, surtout de celles par armes à feu, bien plus que la syphilis elle-même3.

H. Fischer4 attribue peu d'influence à la syphilis sur la marche des plaies. En général, dit-il, on ne doit guère se préoccuper des symptômes de syphilis dans le traitement des plaies, car elle a peu d'influence, et le pus ne modifie non plus en rien son état. Dans la dernière guerre, devant Metz, il put constater encore la prompte guérison de plaies simples par armes à feu chez trois individus syphilitiques 5.

Merkel, en 1870, publia aussi trois observations ayant trait à îotre sujet, et qui sont relatés plus loin. Voici les conclusions de son travail :

1° La syphilis ne trouble pas généralement l'évolution naturelle des plaies;

2° Elle se manifeste quand l'infection s'est produite peu de temps avant le traumatisme;

3° Les plaies, même graves, celles des articulations ou celles qui s'accompagnent de phlegmons profonds, ne sont pas en général influencées par une diathèse spécifique antérieure;

4° Les manifestations de la syphilis, à la suite de traumatisme, sont ordinairement cutanées et s'observent au niveau de la cicatrice ou bien dans les parties de l'enveloppe cutanée qui sont habituellement atteintes6.

D'après Pirogoff7 « on peut admettre que la syphilis primitive

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