‹ Mémoires de chirurgie (volume 4)Chapitre 79 sur 192 · Bull, de la Soc. de chir., 1872, p. 72 et · texte numérisé non relu

Bull, de la Soc. de chir., 1872, p. 72 et

je recueillis encore quelques laits de ce genre, et je résolus, d'après le conseil que m'en donna mon excellent maître, d'en faire le sujet de ma thèse inaugurale.

[La publication de cette thèse fut le point de départ de bien d'autres travaux, dont nous ne ferons ici que l'énumération. Nous résumerons plus loin les plus importants.

Chapitres dans les thèses suivantes : Berger (Paul), agrég. enchir., 1875. — Aubert, thèse de doct., Montpellier, 1876, n° 64. — Turquet de Beauregard, Paris, 1877, n° 352. — Finelli, Montpellier,

1878, n° 18. — Chéri Allais, Montpellier, 1878, n° 54.

Dron, Influence de la syphilis sur les cicatrices d.e la peau et le cal des fractures (Congrès de Nantes, 1875, p. 1139).

Le mémoire de Dùsterhoff déjà cité (1878).

Jullien, Traité pratique des malades vénériennes, Paris, 1879, p. 670.

Gamberini(P.),ii traumatismo inrapporto colla sifilide(Giorn. ital. délie mal. vener. e délia pelle, février 1879, p. 1).

Barduzzi (Dom.), SuW opportunita délie oper. chirnrgiche nella sifilide (Même recueil, juin 1879, p. 134).

Verneuil, Syphilis et traumatisme (Revue mens, de mèd. et de chir., 1879, p. 354). — Ce mémoire sera reproduit plus loin.

Kôbner, De la cautérisation provocatrice comme moyen de diagnostic de la syphilis (Berl. Min. Woch., 1879, p. 749).

Duplay (S.), Myosite syphilitique diffuse (Arch. gén. de mèd.

1879, 7e*sér., t. III, p. 731).

Bénicy, Syphilis et traumatisme (Thèse de doct., Paris, 1879, p. 409. — Résumé du mémoire de Dùsterhoff).

Folinea (F.), Des lésions traumatiques chez les syphilitiques [Giornale internat, de scien. med., 1879, trad. par L.-H. Petit dans Arch. gén. de mèd., 1881, 7e sér., t. VI, p. 672, et t. VII, p. 35).

Lalanne, Syphilis et traum. enpath. oculaire (Thèse de doct., Paris, 1880, n° 481).

Malécot, Annales de dermat. et de syphil., 1882 (Sera reproduit plus loin).

Ozenne, Union médicale, 1883 (Sera reproduit plus loin).

Gellé (Louis), Des fractures chez les syphilitiques (Thèse de doct., Paris, 1884).

Terrier (F.), Éléments depath. chir. générale, 1885, p. 34.

Jannot (Paul), Opérations chirurgicales chez les syphilitiques (Thèse de doct., Paris, 1885, n° 147).

Outre les documents imprimés que nous avons rapportés plus haut, M. Dûsterhoff a réuni une trentaine d'observations inédites et demandé à plusieurs des chirurgiens en renom de l'Allemagne leur opinion sur les rapports qui pourraient exister entre la syphilis et les blessures. Voici le résumé de leurs réponses.

M. Langenbeck a constaté pendant la guerre de 1866, chez des officiers autrichiens blessés, l'influence fâcheuse de la syphilis invétérée (troisième période) sur les blessures. Non seulement les lésions graves, telles que fractures par armes à feu, etc., mais même de légères blessures, ne montraient aucune tendance à la cicatrisation. Dans plusieurs cas de fracture de la jambe il observa une gangrène des parties molles présentant un caractère spécial , qu'il n'a plus retrouvé depuis. Il ajoute que cette armée avait fait avant la bataille des marches forcées et avait été soumise à des privations tout à fait inusitées.

Le professeur Lewin dit que bon nombre d'officiers atteints de syphilis à la première et à la deuxième périodes avant la guerre de 1870, furent blessés et que les plaies guérirent sans subir aucune altération; dans quelques cas la syphilis secondaire récidiva après la guérison complète des plaies. Il constata plusieurs fois que l'opération du phimosis chez les syphilitiques guérissait aussi parfaitement que chez les individus sains.

Burchardt, médecin-major, est d'avis que les formes contagieuses de la syphilis secondaire sont sans influence aucune sur la marche des plaies. Les contusions de la peau, l'irritation chronique des bords de la plaie, etc., peuvent devenir le siège d'éruptions syphilitiques. Les formes non contagieuses de la syphilis tertiaire sont défavorables à la guérison des plaies si elles sont en voie de progression. Si les lésions syphilitiques entrent dans la période de régression ou de guérison sans récidive par l'emploi du traitement spécifique, la marche des plaies est normale.

M. Diisterhoff ajoute : « Après tant d'opinions contradictoires sur le rôle que joue la syphilis dans les plaies de guerre, on peut dire que ce rôle dépend du traitement antisyphilitique avant les blessures, de la constitution du blessé, et du traitement après la blessure. Il est reconnu que les influences débilitantes, l'abus des alcools, les marches forcées très fréquentes pendant la guerre, la nourriture insuffisante, exercent sur la syphilis une action défavorable, qui, au lieu de s'affaiblir, de s'épuiser dans le corps, pénètre les organes profondément et mène finalement à la cachexie syphilitique. Quand de pareils individus sont blessés, on peut aisément prévoir que la

marche des plaies sera défavorable, même si ces individus n'étaient pas syphilitiques.

Si dans ces conditions apparaissent chez le blessé des manifestations de syphilis constitutionnelle, non seulement ces manifestations revêtiront une forme maligne, mais elles influeront d'une manière fâcheuse sur les blessures. Il est très important pour la marche de la syphilis et son influence sur la guérison des plaies, de savoir si le sujet a suivi une cure antisyphilitique avant d'avoir été blessé. »

Voici l'opinion du professeur Billroth (de Vienne) sur la question: « En ce qui concerne l'influence de la syphilis sur les opérations plastiques, on peut l'admettre pour les cas où momentanément les symptômes de syphilis n'existent plus, où toutes les ulcérations ont disparu depuis des mois, et où les cicatrices ne sont plus infiltrées. Aussi bien après la cheiloplastie qu'après î'uranoplastie, j'ai observé des cas où la plaie guérie par première intention s'ouvrit de nouveau au bout de la première semaine, de telle sorte que les lambeaux réunis non seulement se désunirent, mais encore s'écartèrent à une certaine distance ; les plaies ouvertes, résultats de cette désunion des lambeaux, prirent également un caractère particulier : les granulations restèrent pâles, les bords de la perte de substance infiltrés; le tout s'améliora après l'usage interne de l'iodure de potassium. Il ne faut cependant juger qu'avec circonspection les cas de ce genre ; il ne faut notamment pas perdre de vue que la vitalité de ces parties, d'abord infiltrées, puis disséquées, est toujours difficile à apprécier et que peut-être dans ces parties la circulation régulière du sang et de la lymphe se rétablit plus lentement que par exemple après la guérison d'un lupus ou de plaies simples. D'après cela, les phénomènes mentionnés se rapporteraient plutôt à des conditions vitales locales des tissus qu'à une composition particulière du sang chez les syphilitiques, qui constitue une hypothèse plus ou moins mystique...

» Je dois également faire remarquer que les sujets opérés par moi ici, avaient toujours suivi préalablement un traitement sévère par le mercure et l'iodure de potassium : ce qui complique encore et rend plus difficile la signification de ces faits. J'ai opéré deux cas très légers, l'un à Zurich, l'autre ici, dans lesquels toute la lèvre supérieure et le nez étaient détruits par la syphilis. Les malades étaient deux filles d'environ vingt ans; les cicatrices étaient blanches, lisses, mobiles; dans les deux cas la formation delà lèvre supérieure réussit au moyen de deux lambeaux pris sur la joue. Environ deux

mois après l'opération, les deux malades mouraient du mal de Bright aigu. »

Le professeur Rizzoli, interrogé par Gamberini, a répondu que, d'après ses souvenirs, les traumas chez des individus affectés de syphilis latente n'avaient subi ni retard ni déviation dans leur marche régulière, et que dans quelques cas très rares de syphilis in actu, des plaies petites ou légères n'avaient pas été influencées par la diathèse.

Gamberini pense que ce qui a beaucoup obscurci la question, c'est la confusion que l'on a faite entre les diverses ulcérations d'origine vénérienne. Pour savoir à quoi s'en tenir, il faut examiner comment se comportent les traumas en face de chacune de ces inoculations. Le pus du chancre mou donne à la lésion les caractères d'un chancre mou; celui de la blennorrhagie reste indifférent; celui des ulcères syphilitiques n'agit pas tant que l'affection n'est pas devenue constitutionnelle. N'ayant observé que peu de chose par lui-même, Gamberini examine les travaux des autres. Il trace l'historique de la question d'après ma thèse, rapporte mes conclusions et celles de Diisterhoff, signale les différences qui existent entre elles, et en donne pour cause la différence des circonstances dans lesquelles le traumatisme a été produit et des périodes de la syphilis. La conclusion qu'il en tire, c'est que lorsqu'on verra untrauma chez un syphilitique suivre une marche anormale ou présenter des caractères propres à la syphilis, il faudra soumettre le malade à la médication spécifique.

Gamberini termine par des considérations sur les résultats fournis par l'inoculation du liquide des différents accidents de la syphilis et du sang des syphilitiques, la genèse des affections cutanées chez ces malades, et cherche à expliquer ainsi les relations variées des traumas avec la syphilis.

Barduzzi pense que lorsque la syphilis a imprimé des altérations et des modifications dans les tissus, ou qu'elle est arrivée à la période cachectique, elle peut être cause d'accidents des plaies. Mais dans certains cas, comme par exemple dans quelques-uns de ceux rapportés dans ma thèse, il y avait seulement coïncidence, sans que l'on puisse affirmer la relation de cause à effet. Il ne faut donc pas craindre d'opérer des syphilitiques qui sont en pleine manifestation primitive ou secondaire. On connaît, dit-il, un grand nombre de cas d'ablation d'ulcères syphilitiques, de plaques muqueuses, d'amygdales hypertrophiées, de végétations énormes, de ganglions, sans que les plaies aient pris un aspect anormal. Mais

:m SYPHILIS ET TRAUMATISME.

lorsqu'il s'agit d'opérations plus sérieuses, non urgentes, le succès exige une certaine préparation du malade et de bonnes conditions locales; en effet, dans les autoplasties et les amputations chez les syphilitiques, l'insuccès a eu pour cause non pas l'imprégnation du sang et des liquides de l'économie par le virus, mais les altérations locales par cicatrices, par tubercules, par gommes, etc., ou encore l'absence de traitement préliminaire. Quant aux insuccès des opérations pratiquées sur les parties molles ou sur les os pendant la période tertiaire, ils ont pour cause l'insuffisance de l'hématose, l'état cachectique de l'organisme, ou un traitement interne mal dirigé. En général donc, la syphilis ne trouble pas la marche des plaies, et on peut prévenir ou vaincre à l'aide d'un traitement approprié les rares complications qu'on verrait survenir.

Folinea (de Naples) a, comme Dûsterhoff, Lewin, Barduzzi, recherché l'influence de la syphilis primitive sur les blessures, et comme eux n'a rien constaté. Nous avions laissé de côté, à dessein, ce chapitre dans notre thèse. Nous pensions en effet que dans les premiers temps de la syphilis, celle-ci restant purement locale, ne peut avoir aucun retentissement sur les plaies situées loin du chancre. Les plaies de voisinage restent également indemnes lorsque l'accident syphilitique n'est pas inoculable sur le patient. C'est pourquoi les opérations pratiquées au voisinage des manifestations primitives (phimosis, ablation d'amygdales, etc.) ont guéri comme des plaies simples1.

Néanmoins le dernier mot n'est pas encore dit sur ce sujet. En effet l'excision des chancres syphilitiques donne lieu à une plaie qui semble guérir normalement, mais l'induration ne s'en manifeste pas moins dans la cicatrice quelques jours après, montrant ainsi que la diathèse réclame ses droits dès son invasion dans l'organisme et imprime déjà son cachet sur le lieu de moindre résistance2.

Quant à la syphilis secondaire ou tertiaire, Folinea rapporte un grand nombre d'observations personnelles confirmant nos opinions. Nous reproduirons ses conclusions plus loin.

Le Dr Lalanne a écrit en 1880 sa thèse sur les rapports récipropres de la syphilis et du traumatisme en pathologie oculaire. Il a dans ce but recueilli, comme nous l'avions fait pour le traumatisme en général, les observations publiées par les auteurs et a réuni un

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