Charpentier, in Thèse de Bricard, 1871, n° 215, p
L'aspect particulier de la plaie et de ces cicatrices attire l'attention de M. Verneuil, qui pense à la syphilis, et interrogeant le malade, apprend que celui-ci a eu un chancre il y a un an. Les traces encore visibles ne laissent aucun doute sur la nature spécifique de l'accident primitif.
Le traitement antisyphilitique est institué: pilules de proto-iodure de mercure à l'intérieur et pansement local avec l'emplâtre de Vigo. La cicatrisation prend alors une marche régulière. Le 20 février, au moment où nous avons quitté l'ambulance des Magasins-Réunis, la plaie a diminué des trois quarts. Nous avons ensuite appris la guérison rapide et complète du malade.
Obs. XVII I. — Le François, vingt-six ans, 28 septembre 1870. Fracture des deux os de l'avant-bras par une balle qui l'a traversé dans le sens de sa largeur. Gonflement et suppuration considérables des plaies. Attelles en zinc; cataplasmes émollients; injections d'eau phéniquée.
Le 6 octobre, extraction de plusieurs esquilles. La suppuration diminua insensiblement. La plaie antérieure prit un aspect chancreux. Le blessé raconta qu'il avait eu en 1865 une syphilis caractérisée. Traitement approprié : iodure de potassium, 10 grammes; calomel 2 centigrammes; eau distillée, 180 grammes; une cuillerée à bouche matin et soir. Tisanes dépuratives. Régime tonique. Pansement de la plaie avec un onguent composé de : guimauve, 30 grammes; oxyde rouge de mercure, 1 gramme; extrait d'opium, 2 grammes; poudre de camphre, 5 grammes. Sous l'influence de ce traitement, la plaie guérit vite. Guérison complète au bout de deux mois1.
Obs. XIX. — Plaie contuse chez un syphilitique. — Traitement de la syphilis antérieure presque nul. — Aspect gommeux de la plaie. — Traitement interne et externe. — Guérison rapide.
Jazé Louis, vingt-quatre ans, entre le 22 avril 1876 à la Pitié, salle Saint-Louis, n° 28, pour une ulcération rebelle de la partie inférieure de la jambe droite.
Cette ulcération, de 6 centimètres environ de diamètre, siège au niveau et en arrière de la malléole; elle a tout à fait les caractères d'une gomme ulcérée : bords rouges, violacés, décollés, déchiquetés,
1. Henry van Holsbeck, Souvenirs de la guerre franco-allemande, 2° éd. Bruxelles, 1872, p. 33.
fond grisâtre, pullacé; suppuration abondante et sanieuse; la plaie, très profonde, va presque jusqu'à l'os.
Cet homme contracta la syphilis en août 187-4; il eut un chancre qui se cicatrisa presque sans traitement. Quelques mois après, éruption de boutons à la peau; traitement mercuriel qui fut interrompu définitivement après une quinzaine de jours par suite de l'apparition d'une stomatite.
Un an après, en septembre 1875, la chute de plusieurs pains de sucre fit une plaie contuse sur la face externe du pied, mais en particulier sur le point le plus saillant, la malléole externe. Les écorchures du pied guérirent assez rapidement, mais la partie la plus sérieusement atteinte se couvrît de bourgeons qui peu à peu prirent mauvais aspect. La plaie se creusa, ses bords s'ulcérèrent peu à peu, ce qui motiva l'entrée du malade à l'hôpital.
Les ganglions inguinaux et cervicaux sont engorgés des deux côtés.
Rougeur vive du pharynx avec quelques ulcérations.
Traitement mixte. — Pansement de la plaie avec le sparadrap de Vigo.
12 mai 1876. — Plaie diminuée des trois quarts en étendue et en profondeur, mais conservant encore l'aspect gommeux.
Les malades dont nous venons de rapporter l'histoire se trouvaient probablement tous à une époque éloignée de l'accident primitif.
Chez la malade de l'observation XV cela est certain ; il s'était écoulé en effet vingt-cinq ans entre les accidents primitifs et la lésion qui a pris l'aspect d'un ulcère syphilitique.
Dans les observations XVII et XIX, un an s'était écoulé entre l'accident primitif et le réveil de la diathèse, et cinq ans dans l'observation XVIII.
Pour les autres malades, nous n'avons pas de renseignements suffisants, et même pour ceux des observations XI, XII et XIII, il a fallu toute la spécificité des ulcérations et le succès de la médication antisyphilitique pour qu'on ait pu affirmer que les sujets avaient bien la vérole.
Chez les uns, le traitement spécifique avait été mal suivi (Obs. XI, XIII, XIX) ou il s'était écoulé une longue période entre ce traitement et l'accident (Obs. XV) ; pour les autres nous n'avons pas de renseignements. Il est donc probable que l'insuffisance du traitement dans le premier cas et la cessation de son efficacité dans les autres ont été la cause du réveil de la diathèse.
Donc : 1° Une lésion tranmatique chez un syphilitique peut prendre le caractère spécifique ;
2° L'insuffisance du traitement en est la cause.
3° Le traitement spécifique seul amène alors la cicatrisation de la plaie.
2. — La plaie prend l'aspect spécifique à une période déjà avancée de la cicatrisation.
Obs. XX. — Fracture de l'humérus à son tiers supérieur par coup de feu. — Débridement des plaies d'entrée et de sortie. — Extraction de nombreuses esquilles. — Le membre est mis dans un appareil. — Commencement de cicatrisation.
Le 30 mars (deux mois après l'accident), il ne reste plus que deux plaies, une en avant et une autre en arrière, mais la cicatrisation marche lentement. On applique trois attelles sur le bras, le membre est placé dans une écharpe, et le malade commence à se lever.
Le 5 avril et les jours suivants, la plaie antérieure change d'aspect, le fond se creuse, les bords se renversent et prennent une teinte violacée. Les symptômes fournis par cet ulcère et les comment) oratifs font découvrir une syphilis ancienne. A dater du 8, les frictions de pommade mercurielle sont employées, et les ulcérations se cicatrisent.
Vers la fin de juillet, six mois après la blessure, le malade sort guéri : le bras droit est raccourci de deux pouces. Les fragments de l'humérus se touchent sans être soudés l.
Obs. XXI. — X..., entre à l'hôpital Saint-Louis dans le service de Jobert, pour une fracture comminulive des deux os de la jambe droite, avec plaie siégeant au niveau de la jonction du tiers supérieur avec le tiers moyen. On peut à force de soins éviter l'amputation et obtenir la consolidation; mais il reste une petite plaie rebelle, de la largeur d'une pièce de cinq sous. Le malade sortit sous prétexte d'aller se remettre à la campagne, mais il revint au bout de quelque temps après avoir fait des excès en tous genres; la plaie était alors étendue comme une pièce de cinq francs, à fond grisâtre,