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C. — Ouverture de tumeurs gommeuses

Dans presque tous les cas, l'ignorance des antécédents vénériens, les caractères du mal, analogues à ceux d'un abcès, ont porté les chirurgiens à traiter les gommes comme de simples tumeurs phlegmoneuses et à les ouvrir par le caustique ou par le bistouri. Ce ne fut qu'en voyant la marche insolite de ces abcès après leur ouverture : ulcération, décollement et lividité des bords, etc., qu'on fut

1. J.-A. Moreau, De l'influence des diathèses en chirurgie. Thèse de Paris, 1872, p. 27.

«amené à rechercher la cause de ces phénomènes; une fois la syphilis dévoilée ou soupçonnée, on administra le traitement spécifique qui fil disparaître les accidents.

Obs. XXVII. — Pelletan1 rapporte l'histoire d'une femme qui lui fut adressée par un de ses clients qu'il avait soigné pour une affection vénérienne et qui était depuis plusieurs années en intimité avec elle. Il est probable que la maladie de la dame était de la même nature que celle du client.

« En effet, dit-il, elle avait eu des tumeurs osseuses à toute la circonférence du front. On avait cru devoir ouvrir ces tumeurs avec la potasse caustique; il en était résulté des ulcères avec carie molle, et les tumeurs s'étaient encore multipliées.

» Je fus d'avis d'administrer du muriate de mercure suroxygéné; mais on préféra les frictions et le mal ne fit qu'empirer. La malade fut confiée à mes soins, et le premier emploi du remède proposé produisit une grande amélioration des ulcères, mais sans exfoliation des os. J'eus beau les perforer, les dessécher, rien n'avançait, et je n'avais gagné que sur la santé générale de la malade. On s'ennuya de mes soins : d'autres gens de l'art furent encore moins heureux, parce qu'ils s'obstinèrent à entamer les nouvelles tumeurs du visage.

» Dans le même temps, les os du métacarpe de la main droite se tuméfièrent, et les tumeurs furent ouvertes avec le causlique. Les glandes du cou s'engorgèrent et s'entr'ouvrirent. Cette malheureuse femme était couverte d'ulcères de l'aspeci le plus hideux, et maigrissait de jour en jour. Elle revint à mes soins : Je recommençai le remède unique, et la maladie semblait s'améliorer ; mais le sujet était usé et mes soins parurent encore insuffisants. Elle a passé successivement en diverses mains jusqu'à son extinction totale, après avoir langui pendant deux ans, et n'ayant dû un si long répit qu'aux bons effets momentanés du muriate suroxygéné de mercure.

Obs. XXVIII. — Plaie ulcéreuse syphilitique à la jambe gauche, consécutive à l'incision des tumeurs gommeuses.

Lucia S..., vingt-cinq ans. Mariée il y a trois ans, elle eut deux enfants encore vivants, et une fausse couche au deuxième mois. Un an après son mariage son mari l'infecta d'un ulcère à l'orifice du

1. Pli. J. Pelletan, Clin, chirar., t, I, 1810, p. 258 et 260.

vagin, suivi d'une éruption cutanée, de douleurs ostéocopes et d'engorgements des ganglions inguinaux et cervicaux.

Il y a environ deux mois, les douleurs se montrèrent aux deux tibias; en même temps apparurent sur la jambe gauche deux petites tumeurs molles, indolentes, sans altération de la peau; incisées par un chirurgien vingt jours après, elles laissent écouler un peu de sanie sanguinolente, mais ne diminuent pas de volume; les plaies, au lieu de se cicatriser, deviennent ulcéreuses et s'étendent en profondeur et en superficie.

Les ulcères ont de 7 à 8 centimètres de longueur sur 4 à 5 de large, à bords irréguliers et taillés à pic. Le fond est en partie granuleux, en partie sinueux et recouvert d'une matière pulpeuse, adhérente, d'un jaune sale et d'un vert éclatant en quelques points. Au fond de la plaie située au tiers supérieur de la jambe, on voit à découvert le bord externe du muscle soléaire.

Traitement antisyphilitique et reconstituant ; pansement avec de la charpie imbibée d'huile phéniquée. La malade, sensiblement améliorée, retourne dans sa famille1.

Obs. XXIX (Voy. plus haut, p. 414). — Tumeur fongueuse tertiaire de la bourse séreuse prémalléolaire interne du côté gauche.

Obs. XXX (Voy. plus haut, p. 417). — Tumeur fongueuse de la bourse séreuse olécranienne.

§ 4. — Observations dans lesquelles la plaie, sans s'ulcérer, ne guérit pas.

Il y avait toujours, dans ces cas, coïncidence de manifestations syphilitiques. La lésion traumatique et les accidents vénériens cédèrent au traitement approprié.

Obs. XXXI. — Jarjavay observa un syphilitique atteint d'un fongus du testicule et qui coupa lui-même, à plusieurs reprises, ses végétations avec un rasoir. Le fongus repoussa chaque fois. Guérison en deux mois, par Tiodure de potassium, du fongus et d'autres accidents syphilitiques2.

1. C. Mazzoni, Cinq mois de clin, chirur., p. 45. Rome, 1873,

2. Rollet, Rech. clin, et expér. sur la sypliilis. Paris, 1861, p. 489.

L'observation suivante, bien que ne rentrant pas directement dans notre sujet, puisque la cause perturbatrice a été une pleurésie et non le traumatisme, présente néanmoins assez d'intérêt pour que nous la tirions de l'oubli.

Saviard opère une fistule à l'anus chez un homme en pleine éruption syphilitique, mais il lui donne du mercure; les accidents syphilitiques disparaissent et la plaie va bien; survient un épanchement pleurétique; la plaie cesse de se cicatriser et la guérison ne reprend son cours que lorsque le malade est débarrassé de sa complication thoracique. Il est plus que probable que dans ce cas c'est la pleurésie qui a arrêté la marche de la plaie vers la guérison, et qu'elle a fait alors ce que la syphilis, combattue par le mercure, n'avait pas produit.

Obs. XXXII. — D'une fistule au fondement1. — « Je fus appelé le dix-septième de janvier 1686, pourvoir un avocat de la province de Béarn, qui était logé près le fort Saint-Landry, où se trouvèrent aussi M. de Tursan, maître chirurgien, et un autre chirurgien d'armée, pour consulter sur une fistule au fondement dont ce malade était attaqué, avec complication de maladie vénérienne, qui nous était manifestée par des pustules au fondement, et par une mauvaise gale répandue sur tout son corps.

» Nous convînmes qu'il fallait le préparer à l'opération qui pressait par la saignée, la purgation et le régime de vie; que, pendant le traitement de la fistule, on lui ferait user de médicaments propres à combattre le virus vérolique, qui ne manquerait pas de former un obstacle à sa guérison.

» Après les préparations faites, je coupai la fistule en présence de ces deux messieurs, et dès les premiers jours la plaie fournit une suppuration si louable, qu'elle nous parut prendre le chemin d'une prompte guérison, ce qui n'empêcha pourtant pas qu'en vue de satisfaire à l'indication que nous avions prise de combattre le virus vérolique, je ne lui fisse prendre tous les matins 15 grains de mercure doux, dans la confiture de roses, et par-dessus une infusion de séné, afin de précipiter le mercure, et qu'il n'usât pour sa boisson ordinaire que d'une douce décoction de salsepareille et d'esquine.

» Ces remèdes eurent leur effet, les pustules disparurent, la mauvaise gale s'amortit, et la plaie était sur le grand chemin d'une heureuse guérison un mois ou cinq semaines après l'opération.

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