I. Gcu. des hop., 1875, n° 28, p
M. Abadie veut faire une pupille artificielle, il croit la syphilis éteinte parce qu'elle n'a pas donné de manifestations depuis trois mois, il opère trop tôt, et il se forme de nouvelles exsudations sur l'iris.
Voilà qui est bien net : Opérations précoces : insuccès.
Vient un deuxième ordre de faits. Après plusieurs insuccès Jobert se décide à donner du mercure à son malade : il obtient enfin la réunion désirée. MM. Verneuil et Abadie suivent la même conduite et obtiennent le même succès. Dans le second fait de M. Verneuil, l'induration chancreuse, datant d'un an, avait disparu, et le malade avait suivi un traitement rigoureux. Avivement, suture, réunion par première intention.
Friedberg pratique la rhinoplastie entre deux poussées de syphilides, mais il avait fait suivre' un traitement fort long et fort minutieux à sa malade, et avec un tel succès que les accidents osseux du nez guérissent d'eux-mêmes après l'opération. Il est facile, d'après cela, de conclure, avec Jobert, MM. Verneuil et Abadie, et presque tous les auteurs dont nous avons rapporté auparavant les opinions à ce sujet (Saviard, L. Rivière, etc.) :
1° Avant d'opérer un syphilitique, il faut attendre pendant un certain temps que les accidents spécifiques aient disparu (six mois au moins, dit M. Verneuil).
2° Le traitement antisyphilitique devra avoir été suivi avec soin; sinon, on le fera reprendre au malade avant d'opérer.
[M. Dùsterhoff rapporte quelques observations analogues: Pour épuiser la question, dit-il (p. 919), de l'influence de la syphilis invétérée accompagnée d'altérations profondes sur les blessures, nous citerons les observations suivantes.
Obs. XLI (Langenbeck). — S..., quarante et un ans, présentait une altération profonde du nez et de la partie osseuse du voile du palais à la suite d'une syphilis qu'il avait eu neuf ans auparavant. Il n'y avait plus de traces récentes de syphilis constitutionnelle. Le 14 novembre 1874 Langenbeck pratiqua l'uranoplastie périostale. La suture du voile du palais se cicatrisa par première intention.
En avril 1875, au moment où le professeur se disposait à pratiquer la rhinoplastie, le malade fut pris subitement d'une angine avec fièvre. L'examen de la gorge montra des ulcérations syphilitiques des deux amygdales et de la paroi postérieure du pharynx. Ces ma-
nifestations disparurent par les frictions et l'iodure de potassium1.
Obs. XL1I (Langenbeck). — G..., âgé de vingt-neuf ans. Infection syphilitique dans les Indes en 1870. L'ulcère induré du gland guérit par l'emploi du calomel à l'intérieur. Douleurs des os et des articulations, traitement à l'iodure de potassium. En 1873, ulcéralion de la lèvre supérieure et de la pointe du nez avec perte de substance. Le malade vint à Berlin au mois d'octobre, ne présentant aucune manifestation syphilitique. Il fut traité jusqu'au mois de novembre par l'iodure de potassium. Le 14 novembre 1874, opération plastique avec un lambeau pris aux dépens des deux joues. La plaie ainsi que la perte de substance des joues guérirent par première intention, le résultat fut remarquable.
Le malade resta complètement bien portant jusqu'en février 1875, époque à laquelle apparurent des ulcérations syphilitiques sur la partie membraneuse du voile du palais. L'emploi de l'iodure de potassium à haute dose et les frictions déterminèrent la guérison lente des ulcérations avec une grande perte de substance.
Billroth a vu plusieurs fois, chez des individus atteints de syphilis latente, les plaies résultant d'opérations plastiques très mal réussir et s'améliorer après l'emploi de l'iodure de potassium.
De ces observations on peut conclure :
1° Que la syphilis latente, même dans ses manifestations tardives, n'exerce, en général, aucune influence fâcheuse sur la réunion par première intention des plaies résultant d'une opération;
2° Que les opérations plastiques pratiquées sur les lieux de prédilection de la syphilis donnent souvent un résultat fâcheux, lorsque la cure antisyphilitique avant l'opération a été insuffisante. La syphilis se montre alors de préférence sur la plaie ;
3° Que les opérations réussies sur des individus ayant une syphilis invétérée à l'état latent favorisent la récidive des manifestations (Obs. de Langenbeck, Billroth et Friedberg);
4° Quand la syphilis à l'état latent est réveillée par des opérations chirurgicales, il en résulte des altérations profondes semblables aux manifestations tertiaires;
5° Que toutes les fois qu'on constatera avant l'opération l'induration des ganglions lymphatiques, il sera indiqué de soumettre le malade à un traitement antisyphilitique avant l'opération.]
1. Verhandlung der deutschen Gesellschaft fur Chirurgie, ¥ Congrcss, 1875; Berlin, 1876, p. 123.
§ 6. — Inflammation et suppuration anormales de plaies minimes.
La rareté des observations d'accidents survenus à la suite de saignées, d'application de sangsues, etc., est démontrée par le petit nombre de celles que nous avons trouvées. Cela veut-il dire, comme le croyaient Ricord et autres, que ces accidents sont rares? Nous ne le pensons pas. On ne fait guère attention en général aux plaies des sangsues et des saignées, et à l'époque dont parle Ricord, et pendant laquelle on saignait tant, on s'occupait beaucoup plus de la couleur du sang et de la consistance de la couenne que de l'aspect de la piqûre faite par la lancette.
Obs. XL1II. — Sur l'un des malades traités au Glascow Eye Infirmary, le Dr Kennedy remarqua que les piqûres faites au pli du bras pour les saignées suppurèrent presque toutes, ce qui l'engagea à rechercher s'il n'y avait pas là quelque infection syphilitique. Le malade avoua qu'avant d'être blessé il avait eu quelques symptômes primitifs, mais sans mal de gorge ni éruption. Du reste l'œil enflammé n'offrait aucun symptôme propre à la syphilis1.
Obs. XLIV. — On raconte que dans l'épidémie syphilitique connue sous le nom de maladie de Brùnn, les malades avaient l'habitude de se baigner et de se faire appliquer des ventouses scarifiées. Ce qu'il y avait de singulier, c'est qu'il survenait une inflammation et des ulcères sanieux sur les parties mêmes où avait eu lieu l'application des ventouses. Malgré le grand nombre des ventouses appliquées, une ou deux seulement devenaient le siège d'ulcérations 2.
« Dans le sibbon, ajoute- t-il plus loin (p. 31), il vient des excroissances spongieuses à la peau, partout où il y a la moindre tache, écorchure ou ulcère. »
En parlant des injections hypodermiques de sublimé employées contre la syphilis, Doyon dit que Hardy a dû y renoncer par suite de la douleur, des eschares et des abcès que déterminaient ces
1. Mackensie, Traité pratique des maladies de l'œil, 4e édit. , t. II, p. 124,