‹ Mémoires de chirurgie (volume 4)Chapitre 94 sur 192 · Bull. Soc. chir., lre série, t. Il, p · texte numérisé non relu

Bull. Soc. chir., lre série, t. Il, p

3. Mackenzie, Traité pratique des maladies de l'œil, 4e édit., 1857, trad. par Warlomont et Testclin, t. II, p. 23.

symptômes secondaires et notamment l'ulcération de la gorge, par l'exposition au froid. Des coups légers sur l'œil, un excès de travail et l'intempérance semblent, dans d'autres circonstances, aider au développement de cette affection, qu'on peut en conséquence considérer, au moins dans beaucoup de cas, comme l'effet de causes externes agissant sur une constitution soumise à l'intoxication vénérienne. »

Ors. LUI1. — Brûlure chez un syphilitique. — Eruption confluents de syphilides tuberculeuses.

G..., garçon de magasin. Antécédents vénériens peu précis. Pas de traitement mercuriel.

Pendant quinze à seize ans, après deux blennorrhagies, G... n'éprouva rien. Sa santé ne fut troublée en aucune façon jusqu'à l'année dernière, époque où survint une petite tumeur, probablement gommeuse, dans la région lombaire.

Au mois de décembre 1842, une goutte d'acide sulfurique à 6G degrés tomba sur la joue gauche. Une petite tumeur succéda à la brûlure, puis à côté d'elle d'autres semblables couvrirent bientôt lajoue entière.

Lors de son entrée à l'hôpital, le 12 juillet 1842, G... n'avait eu recours qu'à des cataplasmes et à des lotions d'eau blanche. Toute la joue gauche, et une grande partie de l'oreille étaient couvertes de tubercules durs, saillants, arrondis, luisants, d'une couleur rouge spéciale, se rapprochant de la couleur cuivrée, irrégulièrement groupés sur les surfaces malades ; quelques-uns étaient ulcérés et recouverts de croûtes épaisses, noirâtres, adhérentes : d'autres, en petit nombre, dépouillés de leurs croûtes, laissaient voir une ulcération grisâtre, profonde, assez nettement découpée. C'était une syphilide tuberculeuse en groupe, ulcérée, survenue à l'occasion de la brûlure par l'acide sulfurique.

On s'abstint de toute espèce de topique. G... prit le premier jour 5 centigrammes de protoiodure de mercure, dose portée successivement à 10 puis à 15 centigrammes par jour. L'amélioration fut rapide. Le 15 août, il ne restait plus que quelques croûtes adhérentes, et comme froncées de dedans en dehors. Les tubercules avaient entièrement disparu, ne laissant d'autre trace qu'une cicatrice assez exactement arrondie, peu déprimée, blanche en quelques

1. Gazenave, Annales des maladies de la peau et de la syphilis, l I, 18 il, p. 93.

points, bleuâtre en d'autres. Le traitement fut continué quinze jours encore, et G... sortit le 1er septembre parfaitement guéri.

Obs. LTV. — Piqûre du pouce. — Nécrose de la première phalange. — Ulcérations successives sur la face dorsale de la main et du poignet.

Noël B. . . , cinquante-sept ans, journalier, entre à la Pitié, salle Saint-Louis n° 61, le 19 décembre 1872.

Il y a dix ans cet homme s'est piqué le pouce de la main droite avec une tringle en fer enduite de vernis. Son pouce tuméfié est devenu douloureux ; la plaie a constamment fourni du pus. Jusqu'en 1869 le malade, resté sans soins chirurgicaux, suivait les conseils de ses camarades. Il entra alors à la Pitié, dans le service de M. Richel, et depuis parcourut plusieurs hôpitaux : Saint-Louis, Cochin, Lariboisière, sans jamais guérir complètement. Lorsque le mal s'améliorait, B... reprenait son travail, puis, quand les accidents inflammatoires reparaissaient, il entrait à l'hôpital.

Depuis quatre ans il vient de temps en temps, à la main et au poignet, surtout à la face dorsale, de petits boutons, qui grossissent, atteignent le volume d'une petite olive, prennent l'aspect de gommes sous-cutanées, et se ramollissent. De là de nombreuses incisions dont les cicatrices sont encore très apparentes. A Lariboisière, M. Verneuil soupçonna la syphilis, bien que le malade n'avouât pour tout antécédent vénérien qu'une chaudepisse contractée dans sa jeunesse, et fit prendre à B... de l'iodure de potassium.

A cette époque plusieurs petits os du pouce sortirent spontanément; l'état du malade s'était assez amélioré pour qu'il pût reprendre son travail.

A sa rentrée à la Pitié, le pouce était tuméfié, rouge, douloureux, ainsi que toute la face dorsale de la main et du poignet. A la place des incisions de la face dorsale de la main et aux orifices des fistules du pouce, on voyait des croûtes épaisses et grisâtres qu'on fit tomber à l'aide de cataplasmes, et qui laissèrent à découvert des ulcérations ayant toutes le même aspect; de dimensions variables, elles sont superficielles, à bords irréguliers et de niveau à peu près avec le reste du dos de la main; de leur surface rougeâtre s'élèvent de nombreuses papilles hypertrophiées dont quelques-unes ont de 3 à 4 millimètres. Les cinq doigts présentent une rétraction que l'on attribue à la présence, dans les gaines des fléchisseurs, de gommes développées à une époque antérieure.

Traitement : Cataplasmes, onguent napolitain et eau blanche

sur la main, frictions mercurielles à la face interne des cuisses, bains de sublimé; à l'intérieur, sirop de Gibert.

Vers la fin du séjour on fit sur les papilles plusieurs applications d'acide chromique qui furent très douloureuses et ne donnèrent pas de résultat appréciable. Le malade sortit le 11 mars.

A cette époque, le pouce a un volume double, mais ne présente ni douleur, ni inflammation; la face dorsale de la main et du poignet est seulement rouge, recouverte de croûtes moins nombreuses et moins épaisses qu'à l'entrée. Il s'est formé, à l'éminence thénar, un petit bouton qui a suivi la même marche que les précédents et qui actuellement constitue un tubercule du volume d'un gros pois, au sommet duquel est une ulcération.

Ons. LV. — Syphilis restée latente pendant soixante-sept ans. — Luxation de Vépaule. — Formation de plaques de rupia sur la région deltoïdienne.

X..., quatre-vingt-huit ans, de petite taille, maigre, vint en juillet 1871 dans le service de M. Verneuil, à Lariboisière, pour une luxation de l'épaule datant d'un an environ. En examinant la région malade, tous les assistants furent frappés de voir sur la face externe du bras, au-dessus des insertions inférieures du deltoïde, plusieurs croûtes d'un vert foncé, noirâtres par places, très épaisses, saillantes, de forme arrondie, ayant environ les dimensions d'une pièce de cinquante centimes, et entourées d'un cercle rouge, couleur chair de jambon : en un mot il s'agissait de plaques de rupia.

Cet homme avait eu, vers l'âge de vingt ans, des chancres à la verge; on lui avait fait prendre des pilules et de la tisane de salsepareille pendant un mois ou deux, et depuis il n'avait jamais été malade. Un de ses enfants, homme d'une quarantaine d'années et très robuste, l'accompagnait; il nous affirma qu'à sa connaissance son père avait toujours eu une bonne santé, et que lui-même ni personne dans sa famille n'avaient jamais eu d'accident pouvant se rapporter à la syphilis.

Les plaques de rupia étaient survenues de la manière suivante : quelque temps après la luxation et après des tentatives de réduction restées infructueuses, il vint sur le moignon de l'épaule un bouton que le malade gratta; il en résulta une plaie qui s'ulcéra, s'agrandit, et se recouvrit d'une croûte; puis survinrent successivement d'autres boutons qui crevèrent et suivirent la même marche. M. Verneuil laissa la luxation dans le statu quo; il conseilla seulement de faire prendre de l'iodure de potassium.

Obs. LVI. — Frottements répétés sur la région sternale. — Gomme (?) de cette région qui s'ouvre spontanément. — Ulcération serpigineuse consécutive d'aspect syphililique. — Guérison par le traitement mixte.

Homme de cinquante-neuf ans, exerçant une profession qui consiste à travailler les cornes d'animaux avec un instrument que l'on appuie sur le devant de la poitrine. Taille élevée, extérieur robuste. Négation de tout antécédent syphilitique. Vaste ulcération de 60 centimètres de circonférence sur le devant du thorax. Aspect impossible à décrire « tant on trouve de crasse et de restes de pommades » sur l'ulcération.

Dix-huit mois auparavant, apparition d'une tumeur au point où le malade appuie son ciseau sur la poitrine; ouverture spontanée, issue d'un petit verre de pus. Des soins inintelligents favorisent l'extension de l'ulcère, qui au début avait à peu près les dimensions d'une pièce de cinq francs. Le centre se cicatrisa un moment, mais les bords devinrent serpigineux.

Dès l'entrée à l'hôpital, cataplasmes sur l'ulcération, et au bout de quelques jours les parties ulcérées étant à nu, M. Guibout se prononça pour une affection syphilitique serpigineuse. Ce que le malade appelle un abcès pourrait bien avoir été une gomme syphilitique. L'instrument qu'il emploie aurait été la cause occasionnelle et déterminante de cette manifestation d'une diathèse latente et jusque-là ignorée.

Les doutes qui pouvaient rester sur la nature du mal ne tardèrent pas à s'évanouir. En effet le malade ayant été soumis à un traitement mixte par le protoiodure d'hydrargyre et l'iodure de potassium, la guérison de cette ulcération, qui depuis dix-huit mois ne faisait que s'accroître, fut complète en quinze jours1.

Obs. LVII. — Syphilis datant d'au moins quatre ans. — Contusions à la face dorsale des pieds. — Ulcérations à la face latérale des orteils'2.

X,.., homme de vingt ans, entre à la Pitié au mois de janvier 1873 pour des ulcérations des orteils. A la face interne du deuxième orteil gauche existe une ulcération de 4 à 5 millimètres de profondeur, s'étendant jusqu'à la commissure qui est elle-même ulcérée; sa surface, d'un rouge foncé, à bords taillés à pic, sinueux et de couleur

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