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Manifestations syphilitiques à distance

A propos de la belle observation d'adénopathie inguinale publiée en 1871, M. Verneuil dit que la perturbation générale apportée chez le malade par deux opérations successives, que l'irritation lente transmise immédiatement au système lymphatique et qu'enfin la suppression du foyer de phlegmasie chronique siégeant dans le calcanéum, ont réveillé la diathèse syphilitique endormie ou languissante, et ont causé l'engorgement ganglionnaire inguinal. ( Voy. plus haut, p. 426). L'observation suivante plaide dans le même sens.

Obs. LX. — Antécédents syphilitiques incertains. — Ablation d'un testicule. — Apparition d'une gomme du tibia pendant la cicatrisation i.

1. Cette observation a été rapportée à différents points de vue dans les travaux suivants : Blum, Des arthropathies d'origine nerveuse, Th. d'agrég. en chir., 1875, p. 28; — Nepveu, Contribution à V étude des tumeurs du testicule, 2e édit. 1875, p. 73 ; — Trifaud, Des troubles de la sensibilité dans Vataxie locomotrice. Th. de doct., Paris 1876, p. 41 ; — L.-H. Petit, De Vataxie locomotrice dans ses rapports avec le traumatisme (Revue mens, de méd. et de chir. 1879, p. 227).

Jules L.., trente-sept ans, entre à la Pitié, salle Saint-Louis, n° 10, le 7 janvier 1875. Cet homme, d'une bonne santé habituelle, présente au testicule droit une tumeur dont le début remonte à quatre ans, qui s'est développée sans cause connue, et après avoir d'abord marché lentement, sans douleurs ni altération de la santé générale, s'est accrue subitement il y a quelques mois. A l'entrée du malade, qui nie tout antécédent vénérien, elle était dure, bosselée, indolente. Cependant M. Nepveu, dans un examen postérieur, lui fit avouer qu'il avait eu une chaudepisse à vingt ans, et un chancre avec bubon suppuré à vingt-deux ans. Chute sur le périnée en 1861.

L'iodure de potassium n'ayant aucune action sur la tumeur, on diagnostique un sarcocèle, et comme il n'y a pas d'engorgement ganglionnaire au pli de l'aine, on pratique la castration le 15 janvier 1875. Le malade était en même temps atteint d'ataxie locomotrice progressive. La journée de l'opération fut bonne, mais la nuit des accès de douleurs térébrantes avec irradiation vers les membres inférieurs se succédèrent sans interruption ; le sein et la joue gauches étaient le siège de douleurs névralgiques insupportables. La plaie, pansée avec de l'eau phéniquée, resta blafarde, recouverte de gros bourgeons mollasses dans les premiers jours, mais ne présenta en réalité rien de spécifique. Les douleurs cessèrent bientôt.

La cicatrisation marchait bien, lorsque cinq semaines après l'opération, se manifesta sur la crête du tibia gauche, à 7 centimètres environ de l'articulation tibiotarsienne, une périostose qui atteignit le volume d'une petite noix. La tumeur du testicule ayant tous les caractères d'une gomme syphilitique, comme le démontre l'examen microscopique pratiqué par M. Nepveu, il est probable que celle du tibia était de même nature et que la castration a été la cause déterminante de la manifestation tibiale» On donne de l'iodure de potassium à l'intérieur et on fait sur la jambe des frictions avec l'onguent napolitain.

Au 10 mars, l'exostose reste stationnaire. En juin, elle existait encore.

Dans ce cas, le traumatisme opératoire a donc exercé son influence à la fois sur la lésion médullaire, en aggravant momentanément les phénomèmes douloureux de l'ataxie, et sur la syphilis, en déterminant l'apparition d'une exostose sur le tibia.

§ 3. — Manifestations syphilitiques s'étendant à une partie plus ou moins étendue de la surface du corps.

Obs. LXI. — Femme. Antécédents syphilitiques non douteux. Six ans après la guérison, apparaît, à la suite de l'accouchement et après quelques symptômes généraux, une éruption qui envahit toute la surface du dos et caractérisée par des tubercules syphilitiques auxquels succèdent des ulcérations1.

Ce fait serait assez exceptionnel, si nous en croyons Gilbert, qui dit en effet : « Une circonstance assez curieuse des suites de l'accouchement chez les femmes vénériennes, c'est la disparition des syphilides, surtout des symptômes génitaux2.

Voici un autre exemple d'éruption généralisée, sauf dans la région malade, qui reste indemne.

Obs. LXII. — Homme de vingt-trois ans. Plaie du bras par arme à feu, qui guérit très difficilement. Il survient subitement un exanthème syphilitique sur tout le corps, à l'exception du bras blessé. Le malade, infecté en 1869 , a été atteint d'une iritis syphilitique en 1870. L'auteur suppose que le bras a été exempt de manifestations spécifiques par suite de l'oblitération des lymphatiques ou de leur compression par les tissus indurés avoisinants (Merkel, op. cit.).

Nous pouvons rappeler ici le cas de Gazenave, dans lequel une application de tartre stibié sur la peau détermina une éruption de syphilides sur divers points du corps (Obs. XIII).

La lecture de ces observations est des plus instructives. Nous y voyons des contusions dans des régions où les os ne sont recouverts que par des parties molles peu épaisses, crâne, tibia, sternum, donner naissance à des gommes du périoste ou de l'os. Tantôt ces contusions sont violentes, et une seule suffit pour provoquer la manifestation syphilitique (Obs. XLV, L VII, LIX), tantôt des frottements répétés amènent le même résultat (Obs. LVI).

Dans l'observation L, une fracture du tibia provoque une

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