‹ Mémoires de chirurgie (volume 4)Chapitre 97 sur 192 · Bull.Acad. de Mèd., t. XVII, 1851, p · texte numérisé non relu

Bull.Acad. de Mèd., t. XVII, 1851, p

2. Cazenave, Traité des syphilides, p. 530. — On trouvera de nombreux exemples de l'influence de la grossesse et de l'accouchement sur les manifestations syphilitiques dans la thèse de Moret, Paris, 1875.

éruption de gommes; dans l'observation LV, une luxation de l'épaule est suivie de rupia; puis nous voyons des opérations successives amener une adénopathie tertiaire inguinale, l'ablation d'un testicule provoquer une gomme du tibia (Obs. LX), un accouchement, susciter une éruption étendue de syphilides tuberculeuses (Obs. LX1), enfin une plaie par arme à feu fait surgir un exanthème syphilitique généralisé. Mais à côté de ces grands traumas, n'est-il pas remarquable de voir de simples écorchures (Obs. XLVI, LI), un vésicatoire, une application d'huile de croton, un courant d'air, une brûlure très peu étendue, une piqûre du pouce, provoquer les mêmes accidents? Il faut bien admettre que la syphilis n'était pas neutralisée au même degré dans tous ces cas. Dans les uns, d'ailleurs, ce n'est qu'au bout d'un certain temps qu'elle s'est réveillée, même alors que le traumatisme avait été grave ; dans les autres, au contraire, où la lésion avait été pour ainsi dire insignifiante, c'est presque subitement que l'éruption spécifique s'est montée. Il est bien évident que dans ces derniers faits la syphilis n'aurait pas tardé à se réveiller spontanément, et que dans les premiers il se serait encore écoulé un temps assez long avant la réapparition spontanée des accidents. Nous reviendrons du reste sur ce point.

Nous ferons remarquer encore que ce sont presque toujours des manifestations tardives de la période secondaire, ou des accidents tertiaires, qui se sont montrés dans ces observations. Sur un total de dix-huit cas nous avons, en effet, un cas de rupia, un d'ecthyma, trois de syphilides tuberculeuses, et huit de gommes; dans cinq cas l'espèce des ulcérations n'était pas indiquée,

Enfin, dans tous les cas où le traitement a été administré, les accidents ont guéri, sauf chez le malade de l'observation XLV, qui à la vérité était dans un triste état: dans l'observation LVII aussi nous n'avons obtenu qu'une amélioration.

Nous avons vu dans notre historique que, d'après Merkel, les plaies, mêmes graves, n'étaient pas influencées par la syphilis, que celle-ci n'agissait que quand l'infection s'était produite peu de temps avant le traumatisme, — enfin que les manifestations de la syphilis qui suivent le traumatisme sont ordinairement cutanées. Si cette dernière assertion peut être admise, il n'en est pas de même des deux autres.

Nos observations confirment, au contraire, l'opinion d'Ambrosoli, qui pensait que les lésions, mêmes les plus légères, suffisaient à réveiller la syphilis.

§ A. — Observations dans lesquelles la syphilis s'est localisée en un point ayant été autrefois le siège d'une lésion traumatique.

Les cinq observations qui suivent sont assez curieuses. Delpech l'ait une rhinosplastie chez un syphilitique; l'opération réussit bien ; quelques mois plus tard la cicatrice est détruite par une ulcération; Delpech, se rappelant les antécédents de son opéré, lui donne du mercure et le guérit. Le cas de Blandin n'est pas moins intéressant. Ce chirurgien croit opérer un cancer, qui récidive ; une seconde opération est jugée impossible par l'étendue du mal, mais l'iodure de potassium la rend inutile, en amenant la guérison.

Le malade de M. Verneuil vient à l'hôpital pour un écrasement du gros orteil ; il a en même temps des chancres dont il ne dit rien ; il sort dès que la lésion du pied est guérie, mais quelques semaines plus tard arrivent les accidents secondaires, qui se manifestent d'abord, et avec plus de violence que partout ailleurs, sur la cicatrice du gros orteil (Obs. LXV).

L'observation LXVI1 a assez d'analogie avec la précédente. Un enfant de sept ans est atteint d'un abcès sous-périostique du tibia. Devenu jeune homme, il contracte la syphilis, et lorsque la période des gommes est arrivée, l'une d'elles, probablement la première, va se fixer sur le tibia anciennement affecté.

Merkel avait probablement observé des faits analogues, car il dit que les manifestations traumatiques de la syphilis s'observent au niveau delà cicatrice. Ici, comme dans les cas précédents, les accidents guérissent encore parle traitement spécifique.

D'autres fois, on voit d'anciennes cicatrices, résultant de plaies survenues en pleine syphilis et parfaitement guéries, s'ulcérer au bout d'un temps plus ou moins long et ne se fermer que lorsque le traitement spécifique est employé. La cicatrice est devenue un lieu de moindre résistance que la syphilis finit par envahir d'une manière fixe, ce dont M. Verneuil a rapporté un exemple remarquable (Obs. LXV1I).

Obs. LXÏII1. — Delpech pratiqua le 9 mai 1821 une rhinoplastie

1. Delpech, Clin. chir. de Montpellier, t. II, 1828, p. 235 et s.uiv. — Faisant allusion à cette observation, Sansondit : « Dans un cas de rhinoplastie pratiquée verneuil. v. — 37

chez un sujet dont le nez avait été détruit par une ulcération syphilitique. A la fin de juin, la cicatrisation étant complète et la restauralion satisfaisante, le malade quitte l'hôpital. Dix mois après, douleur près du point le plus élevé de la cicatrice; les parties molles s'engorgent et prennent une teinte rouge de laque; il se forme un bouton sur la cicatrice elle-même; un ulcère lui succède, qui s'étend peu à peu, et détruit la partie supérieure de la cicatrice ; suintement abondant, ichoreux, purulent, d'une grande fétidité. L'aspect de l'ulcère n'avait rien de caractéristique; mais prenant en considération les antécédents de son opéré, Delpech, qui le voit six mois après l'apparition de ces accidents, pense que la syphilis est la cause de tout le mal et administre le mercure. Les progrès de l'ulcère furent bornés dès le vingtième jour, et au bout de trois mois de traitement les douleurs avaient entièrement cessé, la rougeur des environs était effacée en grande partie ; une cicatrice solide couvrait les deux extrémités de l'ulcération. La guérison fut parfaite, mais très lente, car elle demanda encore neuf mois de traitement.

Obs. LXIV. — Tumeur syphilitique du voile du palais et de l'amygdale prise pour un cancer. — Ablation par les ligatures multiples. — Récidive. — Guérison par Viodure de potassium à l'intérieur.

Blandin opéra par des ligatures multiples une énorme ulcération à base indurée occupant la moitié droite du voile du palais, le pilier antérieur, et l'amygdale correspondante. Le malade guérit, mais quelque temps après l'ulcération reparut et cet homme, jugé inopérable par Blandin lui-même, fut envoyé à Bicêtre comme incurable. Là il fut confié aux soins de M. Maisonneuve qui, d'après quelques soupçons d'affection syphilitique ancienne, le soumit à l'usage de l'iodure de potassium. La guérison fut complète en très peu de temps1.

par Delpech, sur un sujet vérole, il a vu le trajet des fils prendre l'aspect des ulcères syphilitiques. » (Sanson, Des avantages et des inconvénients de la réunion immédiate des plaies. Thèse de concours, 1834, p. 20). Ce n'est pas tout à fait exact, puisque c'est la cicatrice elle-même qui, après sa formation complète, s'est ulcérée et détruite en partie.

1. Cette observation ayant été rapportée de différentes manières par plusieurs auteurs, et avec des indications bibliographiques inexactes, nous croyons devoir rectifier ces indications.

M. Demarquay a décrit le procédé employé par Blandin dans l'Union médicale, 25 mars 1848, et plus tard, en 1862, à propos d'une autre observation lue à la Société de chirurgie, il donna les résultats de l'opération (Bull. Soc. chir., 1862, 2e série, t. III, p. 467). M. Richet parle aussi de ce malade, qu'il a vu opérer à l'Hôtel-Dieu. (Traité d'anat. méd. chir., 3e édit., 1866, p. 403-404.)

Obs. LXV. — Ulcérations syphilitiques d'une cicatrice récente; lésions des fosses nasales donnant lieu à des épistaxis.

François P... quarante-huit ans, menuisier, entre à Lariboisière le 1er mai 1869, pour un écrasement du gros orteil droit. Il sort guéri le 12 juin.

Il présentait en même temps un chancre à la verge. Après sa sortie, il a pris des pilules et a pansé son chancre avec une pommade.

Six semaines après, éruption de taches rouges qui disparurent au bout d'une quinzaine de jours. Ses cheveux ne tombèrent pas. Vers le 20 septembre sont apparues les manifestations suivantes, pour lesquelles il est entré de nouveau à l'hôpital le 7 octobre.

Plaques muqueuses sur les orteils du pied droit; syphilides pustuleuses sur la face dorsale du même pied et sur la jambe droite ; sur la jambe gauche, une plaque de syphilis papuleuse ; plaques muqueuses à la pointe de la langue.

L'attention se porte surtout sur la face dorsale du gros orteil droit qui, dépourvue d'ongle par l'écrasement antérieur, est le siège de végétations ayant la forme de gros bourgeons charnus pressés les uns contre les autres, de couleur violacée et entourés de plaques muqueuses : il semble que la syphilis ait profité d'un point du corps où la vitalité était encore faible pour s'y manifester plus énergiquement qu'ailleurs.

On observe en outre chez le malade un fait très curieux. Depuis son entrée il a été pris d'hémorrhagies nasales très intenses et très rebelles, se répétant jusqu'à cinq et six fois par jour. Dans la prévision qu'elles étaient causées par des ulcérations syphilitiques siégeant dans les fosses nasales, on prescrivit de l'iodure de potassium qui ne produisit aucun effet. On administra alors du sirop de biiodure de mercure ioduré qui arrêta peu à peu les hémorrhagies, en même temps que son action se faisait sentir favorablement sur les ulcérations du pied et de la jambe.

20 octobre. — Les hémorrhagies ont cessé entièrement; des croûtes se forment sur les ulcères, qu'on panse avec de la charpie et du cérat. A l'intérieur le malade prend une cuillerée de sirop de biiodure ioduré.

27 octobre. — La croûte du gros orteil est tombée, l'ulcère reparaît comme auparavant. Les ulcérations de la langue sont toujours douloureuses et ne tendent pas à se cicatriser ; deux cuillerées de sirop par jour.

28 octobre. — Deux nouvelles hémorrhagies nasales arrêtées avec de l'eau froide.

3 novembre. — Épistaxis peu abondante; de petites ulcérations apparaissent à l'entrée des fosses nasales. La partie inférieure des ailes et du dos du nez est rouge, indurée, légèrement enflée, ainsi que les pommettes. L'ulcération du gros orteil est touchée avec une solution de nitrate d'argent au dixième.

Le sirop de Gibert devient bientôt aussi inefficace que l'iodure de potassium. Les accidents syphilitiques font chaque jour de nouveaux progrès. — Indurations violacées aux pommettes, sur les pieds, ces dernières très nombreuses et tendant à s'ulcérer. Apparition de psoriasis, d'un blanc nacré, au-dessous des deux coudes. Deux ou trois épistaxis par jour.

On suspend le sirop de Gibert. — Frictions à la face interne des cuisses avec 4 grammes d'onguent mercuriel.

15 novembre. — Les épistaxis n'ont pas cessé. Plaque de psoriasis au coude gauche, sèche, d'un blanc nacré, ayant les dimensions d'une pièce de 5 francs en argent. Au coude droit, quatre plaques plus petites. A la face dorsale du poignet gauche, plusieurs petites indurations violacées. Ces éruptions n'ont pas le caractère ordinaire des accidents syphilitiques. En outre, on remarque, chez ce malade, l'inefficacité du traitement ioduré et du traitement mixte. On se demande si, chez lui, une autre diathèse ne donnerait pas aux manifestations syphilitiques ces caractères insolites. D'après certains signes on peut croire à l'herpétisme.

En effet, depuis longtemps, aux mois de mars et d'octobre, il pousse par tout le corps de petits boulons rouges qui causent de vives démangeaisons. Il y a trois ans, au côté gauche, zona caractérisé par une éruption formant une demi-ceinture. Les boutons ont duré pendant un mois et n'ont laissé ni cicatrice ni névralgie. Jamais d'autre névralgie ni de rhumatisme. On prescrit des granules de Dioscoride.

Les jours suivants, amélioration sensible; une seule épistaxis le 22 novembre,

1er décembre. — Les indurations et rougeurs des pommettes ont presque disparu. Le psoriasis des coudes s'écaille. Les ulcérations du pied sont en voie de cicatrisation. Quelques ulcères à la partie inférieure des fosses nasales.

45 décembre. — Le psoriasis des coudes a pris une teinte cuivrée. Les ulcérations du pied sont guéries; celles de la jambe ont fait place à des cicatrices sans perte de substance, mais dont la coloration pâle tranche sur celle plus foncée de la peau voisine.

24 décembre. — Épistaxis très abondante ; apparition d'un érysi-

pèle de la face partant probablement d'une des ulcérations nasales et qui dure jusqu'au 2 janvier.

8 janvier. — Les ulcérations des fosses nasales persistent, ainsi que le psoriasis des coudes. Le malade sort.

On prescrit un traitement mixte.

Le 1er février, le malade revient à la consultation. Il a suivi exactement le traitement prescrit. Il n'y a plus rien à la face. Les épistaxis ne sont pas revenues. La cicatrisation du gros orteil persiste. Pas d'amélioration aux coudes; gonflement des jambes, qui sont variqueuses.

Obs. LXVI. — Plaie de la jambe par arme à feu chez un syphilitique. — Guérison, puis ulcération ne se cicatrisant que par le traitement spécifique.

Paul V..., trente-sept ans, fort, bien bâti, fut blessé par un éclat d'obus le 17 janvier 4871. La plaie, très large et assez profonde, occupait environ la moitié inférieure de la face postérieure de la jambe; charpie imbibée d'eau phéniquée. Vers le mois de juillet la plaie était cicatrisée.

En juin 1872, il entra à l'hôpital Lariboisière, salle Saint-Augustin; la plaie s'était rouverte et présentait à peu près les dimensions d'une pièce de 5 francs. On appliqua pendant quelques jours des cataplasmes, de la charpie imbibée d'eau phéniquée, puis un pansement aux bandelettes. Le malade resta six semaines à l'hôpital ; la plaie ne guérit qu'un mois environ après sa sortie.

En janvier 1873, la plaie se rouvrit une seconde fois; elle eut bientôt cinq centimètres carrés en étendue, puis elle s'agrandit encore, lentement il est vrai, mais d'une façon continue. Le malade vient le 24 mars à la Pitié. La plaie avait alors une surface d'environ 8 centimètres carrés, à fond grisâtre, fongueux, à bords irréguliers, violets, boursouflés ; douleurs très vives dans les chevilles. M. Verneuil soupçonne la syphilis; voici les antécédents du malade. Il y a vingt ans, chaudepisse qui dura un mois; depuis, aucun accident, mais à cette époque, Cullerier fit prendre, pendant dix-huit mois, une cuillerée à bouche de sirop de salsepareille ioduré par jour.

M. Verneuil prescrit l'application de cataplasmes sur la plaie, et à l'intérieur un gramme d'iodure de potassium chaque jour. En quatre ou cinq jours les douleurs cessent.

Le 3 avril, la plaie est bien détergée, la peau n'est plus enflammée au voisinage; pansement aux bandelettes de Vigo. On continue l'iodure à l'intérieur.

Le 11 avril, la plaie est rose, moins profonde, ses bords sont encore un peu saillants mais non plus violacés; elle a diminué de moitié. Plus de douleurs. Même traitement.

Le malade revient à la consultation tous les huit jours, et l'on peut constater les progrès rapides de la cicatrisation; le 23 mai la plaie, très superficielle, n'a plus que 2 centimètres de long sur 7 ta 8 millimètres de large. Guérison complète en quelques semaines.

Obs. LXVJI. — Abcès sous-périostique dans l'enfance. — Syphilis vingt ans plus tard. — Gomme de la région anciennement malade.

X..., jeune homme de vingt-sept ans, avait eu à l'âge de sept ans un abcès sous-périostique du tibia, dont il était complètement guéri depuis près de vingt ans, lorsqu'il gagna la syphilis. — La maladie, malgré les soins donnés par M. Fournier, devint très grave; bientôt ce jeune homme présenta, à la partie supérieure du tibia, une douleur atroce avec gonflement : c'était une gomme qui suppurait. La syphilis avait choisi, pour se fixer le point faible, le locus minoris resistentiœ. On a depuis longtemps remarqué que les ulcérations syphilitiques sont beaucoup plus graves sur les membres inférieurs, chez les individus affectés de varices1.

RAPPORTS DE LA SYPHILIS AVEC LES COMPLICATIONS DES LÉSIONS TRAUMATIQUES

Nos observations sont encore en trop petit nombre pour que nous puissions indiquer le rôle que joue la syphilis dans les complications des plaies ; nous allons néanmoins dresser un cadre, qu'on pourra remplir plus tard avec de nouveaux faits.

§ 1. •— Gangrène.

Nous avons trouvé dans Cazenave un cas de gangrène qui peut être inscrite à l'actif de la syphilis.

Obs. LXV1II. — Une femme affectée de syphilide serpigineuse fut

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