J.-A. Moreau, Thèse citée, p
3. La syphilis n'a aucune tendance à produire la mortification des tissus. Si donc on voit survenir la gangrène chez les syphilitiques, il faut l'attribuer à quelque dyscrasie concomitante : alcoolisme, diabète, affection cardiaque ou hépatique; sans parler des gangrènes d'origine microbienne ou de causes mécaniques, dont rien ne met les véroles à l'abri. — A. V. 1887.
Ligatures d'artères chez des syphilitiques l.
Obs. LXX. — Homme de vingt -neuf ans, syphilitique, atteint d'un anévrysme dans le creux poplité. Inflammation et menace de gangrène du sac qui prend un volume énorme (42 pouces de circonférence). La rupture étant imminente, on fait la ligature de la fémorale dans le triangle de Scarpa.
Ouverture spontanée du sac. Issue de caillots sanguins; les jours suivants, inflammation de voisinage. Chute de la ligature au quinzième jour. Écoulement abondant de matière séro-sanguinolente infecte. Ecchymoses, puis eschares au petit orteil, à la malléole externe, au tiers inférieur de la jambe et au talon. Chute du petit orteil.
Mais l'état s'améliore. La plaie de la ligature était cicatrisée le vingt-septième jour; celle de l'ouverture de la tumeur se couvrait de bourgeons charnus. Cependant les eschares s'étendent, l'ulcération gagne en profondeur au point de faire songer à l'amputation. L'amélioration qui survint alors la fit différer. On cessa le pansement à Veau phagédénique et la liqueur de van Swieten, par suite de l'inflammation des plaies. On emploie le cérat de Galien. ■ — Quarante jours après l'opération, toutes les plaies étaient cicatrisées, à l'exception de celle du talon, qui était entretenue par une carie du calcanéum. On la traita par le feu. Guérison complète.
Obs. LXXI. — Homme de trente ans, syphilitique. Bubon inguinal qu'on ouvre au bistouri. Extirpation des ganglions de l'aine. Le lendemain, forte hémorrhagie arrêtée par un bandage compressif. Le lendemain, deux hémorrhagies abondantes. Ligature de l'iliaque externe. Stupeur, abattement les jours suivants.
Le troisième jour, nouvelle hémorrhagie par la plaie du bubon; ligature en masse. Trois jours après, gangrène de l'espace inguinocrural. Mort. — A l'autopsie, péritonite « passée dans plusieurs points à l'état gangreneux ».
5 2. — Tétanos.
Nous n'avons trouvé qu'une observation de ce genre, et encore est-elle très ancienne.
1. Placide Portai (de Palerme). // filiatre sehezio, j armer-avril 1839. Analyse dans Gaz. méd. Paris, 1839, p. 298.
Il s'agit d'un cas de tétanos survenu chez un syphilitique après l'amputation du bras. On fit en vain la résection de l'extrémité de l'os; ce ne fut qu'après avoir usé de frictions mercurielles que l'on obtint la cessation des spasmes tétaniques.
Obs. LXXIï. — Un homme d'armes, le seigneur deBollon, fut atteint au bras droit par un projectile de guerre. La blessure nécessita l'amputation du bras. Le bras guéri, la blessure entièrement cicatrisée, survint une espèce de convulsion qui, renversant la tète sur l'épaule droite et agitant fréquemment les mâchoires l'une contre l'autre, obligea le malade à tenir entre ses dents un linge qu'il mordait et broyait sans cesse. Il consulta nombre de médecins et de chirurgiens. Tous, d'un commun accord, déclarèrent que l'extrémité de l'os brisé par le projectile devait présenter une aspérité qui en irritant quelque nerf produisait la convulsion. Ils décidèrent qu'il fallait procéder à une résection de l'os et faire en sorte que l'extrémité en fût bien unie. Cette opération fut faite avec le plus grand soin. Elle demeura pourtant sans effet. Le malade continua à souffrir et perdit bientôt tout espoir de guérison.
Le hasard me conduisit auprès de lui. Il me parla de sa maladie. Il me vint à l'esprit que quelque virus syphilitique, latent, pouvait bien produire cette affection. Je lui demandai si, au moment où il avait été blessé, il n'avait pas quelque maladie vénérienne ou s'il n'en avait pas eu antérieurement. Il me répondit que quelque temps auparavant il avait eu une forte gonorrhée, qui cependant avait été complètement guérie. Cette réponse fortifia mes conjectures. Je conseillai au malade de prendre des remèdes antisyphilitiques. Il ne fit pas d'objections et se soumit volontiers à ce traitement. Après une purgation générale et une diète sudorifique, je lui ordonnai des frictions d'onguent mercuriel qui provoquèrent un ptyalisme. Au bout de trois jours, les spasmes et les convulsions cessèrent et le malade fut pour toujours délivré de son mal 1.
| 3. — Névralgie traumatique secondaire.
Nous rappellerons ici un autre fait qui présente une certaine analogie avec le précédent. Il s'agit d'une névralgie opiniâtre,
1. Lazari Riverii (Op. omnia, obs. 10, p 580. Genève, 1737), — 11 ne s'agissait nullement ici de tétanos véritable. Certainement un syphilitique peut contracter
consécutive à l'ablation d'un ongle incarné; cette névralgie, rebelle à tous les remèdes ordinaires, ne cessa qu'après l'usage du traitement antisyphilitique K
§ 4. — Érysipèle.
Dans une série d'articles intéressants publiés en 1873 dans la Gazette des hôpitaux, M. Ch. Mauriac s'est efforcé de démontrer l'influence salutaire de l'érysipèle sur les syphilides cutanées.
Chez un de nos malades (Obs. LUI) un érysipèle de la face ne parut avoir aucune influence sur des ulcérations nasales qui en avaient été le point de dpart. Chez un autre (obs. LI), l'érysipèle fut suivi d'une syphilide tuberculeuse, qui fut améliorée par un second érysipèle; chez un troisième, atteint d'une syphilide crustacée de la face, un érysipèle parti également de l'ulcération spécifique fut suivi de la guérison de la syphilide. Cet érysipèle contribua-t-il à la cicatrisation? Nous le croyons; mais il fut à son tour cause de nouveaux accidents, car il détermina des plaques de sphacèle des paupières, et la chute des eschares laissa à découvert des ulcérations ayant la plus grande analogie avec le rupia. Voici le fait2 :
Obs. LXXIII. — François L., cinquante-huit ans, entre le 12 mars 1873 à la Pitié, salle Saint-Louis, n° 31, dans le service de M. Verneuil. Cet homme, d'une constitution robuste, a toujours joui d'une excellente santé. Le début des accidents remonte à deux ans environ. Il s'est aperçu à cette époque que les matières fécales passaient avec difficulté, et que le bol fécal, moins volumineux, était recouvert quelquefois, mais rarement, de stries glaireuses ou sanglantes.
Au commencement de 1872, il vint réclamer à Lariboisière les soins de M. Verneuil, qui constata alors un rétrécissement rectal de nature évidemment syphilitique, vu les antécédents du malade, et prescrivit l'iodure de potassium, se proposant de faire plus tard la section du rétrécissement. Mais une amélioration étant survenue, L... quitta l'hôpital pour ne pas être opéré.
Le mieux ne fut que passager, et depuis six mois environ les acci-
le tétanos; mais il n'y a pas de tétanos syphilitique, car les maladies infectieuses se combinent, mais ne se produisent pas les unes les autres. — A. V. 1887.
1. L'observation ayant déjà été reproduite dans un des volumes précédents, nous ne faisons que la mentionner ici. (Voy. Mém. de chir., t. III, p. 582).
2. Rédigée d'après les notes recueillies par M. Foix, interne du service.
dents ont été en augmentant, si bien qu'aujourd'hui les stries glaireuses ou sanglantes apparaissent beaucoup plus fréquemment, que le bol fécal est très peu volumineux, presque rubané, et que la défécation est toujours pénible et douloureuse. Il existe, en outre, depuis un mois, une constipation qui, à deux reprises différentes, dura plusieurs jours et ne céda qu'à des purgatifs énergiques.
Le toucher rectal donne le résultat suivant : à partir de 3 centimètres de l'orifice anal, la muqueuse rectale est parsemée de petites granulations de consistance fibreuse, de la grosseur d'une lentille à peu près, occupant presque toute la circonférence de l'intestin; au fur et à mesure qu'on s'élève, elles deviennent plus rapprochées, si bien qu'à i centimètres 1/2 elles déterminent un rétrécissement circulaire admettant à peine la pulpe de l'index. On voit au périnée deux orifices fistuleux.
Il existe en outre sur la région temporale droite une ulcération à bords irréguliers, recouverte d'une croûte brun verdàtre plus épaisse au centre qu'à son pourtour; elle offre à peu près les dimensions d'une pièce de 2 francs, mais a dû avoir une étendue plus considérable. Tout autour, en effet, on voit une cicatrice récente, mince et rosée, portant à sa périphérie quelques groupes de vésicules. Les bords de la croûte sont soulevés surtout en avant, et on peut voir la cicatrisation s'avancer au-dessous d'elle.
Diagnostic. — Rétrécissement syphilitique du rectum avec fistules anales. Syphilide crustacée de la face.
Traitement. — Sirop de Gibert.
L'état du malade restait à peu près stationnaire ou du moins sans amélioration notable, lorsque le 28 mars survint un érysipèle de la face ayant son point de départ à la partie antérieure de la syphilide. Cette complication ne dura qu'une huitaine de jours et n'eut aucune conséquence. La syphilide resta stationnaire, et quelques phlyctènes déterminées par l'érysipèle se cicatrisèrent sans accident.
Mais le 42 avril un second érysipèle, ayant le même point de départ que le premier, envahit toute la face et le cuir chevelu, et détermina un œdème considérable des paupières.
Le 20avril,sphacèle superficiel des deux paupières supérieures. A la chute des eschares on aperçoit deux ulcérations à bords irréguliers, recouvertes d'une suppuration grisâtre et bientôt, d'une croûte dont l'aspect légèrement brun verdàtre donne avec celles du rupia une ressemblance frappante. Le 24 avril, l'érysipèle est en pleine desquamation. Les croûtes s'épaississent et s'étendent; au commencement de mai elles occupent toute la paupière supérieure, ayant
le même aspect que celle de la région temporale qui a diminué manifestement d'étendue. Application de cataplasmes de fécule sur les paupières.
Le 12 mai, les croûtes se sont reproduites, mais la syphilide de la région temporale est à peu près guérie. On applique encore les cataplasmes de fécule.
Le 2 juin, la syphilide de la région temporale est complètement cicatrisée, mais celles des paupières restent stationnaires. On emploie l'emplâtre de Vigo, et sous l'influence de ce médicament local, joint au traitement général, elles guérirent rapidement à gauche au bout de douze jours, et à droite au bout de quatorze.
Le 20 juin, la face étant complètement guérie, et le rétrécissement notablement amélioré, le malade sort avec ses fistules.
§ 5. — Infection purulente.
Ici nous tombons en pleine contradiction. J.-L. Petit, avonsnous déjà dit, pensait que la vérole prédisposait les blessés au reflux des matières purulentes (Op. cit., p. 312).
Chassaignac n'est pas de cet avis. Se fondant sur vingt-cinq ou trente opérations pratiquées sur les individus atteints de syphilis constitutionnelle et qui n'ont pas présenté d'infection purulente, il s'est demandé s'il n'y aurait pas, entre la syphilis et cette complication des plaies, un antagonisme analogue à celui qu'on avait signalé antérieurement entre la tuberculose et la fièvre intermittente. Ne voulant pas juger définitivement une question de cette importance, il fit appel aux lumières de ceux qui avaient été à même de pratiquer souvent des opérations chez des syphilitiques l.
Dolbeau, moins heureux que Chassaignac, cita le fait suivant.
Obs. LXX1V. — Amputation chez un sujet atteint de tumeur blanche du genou, et qui au moment de l'opération avait des taches syphilitiques sur tout le corps, après avoir suivi toute la série des accidents. Le malade mourut d'infection purulente2.
Du reste, comme si l'exception confirmait ici la règle, nous avons