‹ Mémoires de chirurgieChapitre 100 sur 209 · Mém. Soc. des sciences méd. de Lyon, 1877, p · texte numérisé non relu

Mém. Soc. des sciences méd. de Lyon, 1877, p

lavages rendus faciles par les dimensions de l'orifice externe de l'abcès, qui présente la grandeur d'une pièce de deux francs.

28 octobre. —Un peu de diarrhée, aucune souffrance générale ou locale. Temp., 40°.

29 octobre. — Tempér. rect. 41° le matin. On remarque pour la première fois quelques crachats safranés. A l'auscultation, on trouve, sur toute la hauteur du poumon gauche, les signes évidents d'une pneumonie (matité, souffle lubaire, bronchophonie, augmentation des vibrations thoraciques). Le poumon droit est absolument sain. La diarrhée persiste. La plaie suppure bien, mais l'alimentation est difficile. Perte complète d'appétit. Peu de sommeil. Pas de frissons. Dyspnée modérée.

3novembre. — L'état général est toujours grave, pas d'amélioration vers le poumon gauche. Matité à droite, mais on entend encore le murmure vésiculaire affaibli. Expectoration grisâtre, peu abondante.

5 novembre. — Sueurs abondantes.

6 novembre. — Rétention d'urine, taches ecchymotiques à la superficie de la plaie abdominale. La diarrhée persiste.

Mêmes signes à l'auscultation.

9 novembre. — Depuis hier, aggravation de l'état général. Soif plus vive. Subdelirium. Garphologie. La plaie est devenue blafarde.

11 novembre. — Râles trachéaux. Langue sèche. Faciès grippé. Pouls filiforme. Extrémités refroidies. Mort à huit heures du soir.

Autopsie pratiquée trente-quatre heures après la mort. — Rigidité cadavérique. Léger œdème autour des malléoles.

Poumon droit. — Crépitant dans toute son étendue, œdème vers le sommet et au niveau du bord postérieur.

Poumon gauche. — Hépatisation grise dans tout le lobe supérieur. Le lobe inférieur est également hépatisé, mais les lésions y sont moins avancées. La plèvre gauche présente, au niveau de sa partie diaphragmatique et de son bord externe et inférieur, de nombreuses fausses membranes avec de petits foyers purulents. Ces lésions sont nettement localisées à gauche, tandis qu'à droite, au niveau des parties correspondant à l'abcès du foie, la plèvre est absolument normale.

Reins. — Augmentés de volume; la capsule est adhérente par plaques. Brides cicatricielles à la superficie. Sur une coupe, la substance corticale est graisseuse, épaissie. En un mot, on a les signes macroscopiques d'une néphrite diffuse.

Foie. — Après avoir sectionné la paroi abdominale au pourtour de l'orifice externe de l'abcès, et après l'avoir soulevée, on peut

voir que les adhérences sont complètes entre cette paroi et le tissu hépatique. Ces adhérences s'étendent sur une surface de 7 à 8 millimètres et peuvent résister à des tractions assez fortes. Dans aucun point de l'abdomen on ne trouve trace de péritonite.

La cavité de l'abcès située au niveau du sillon qui sépare les deux lobes est notablement rétrécie. Au début, on pouvait y introduire une sonde ayant \t centimètres de longueur; aujourd'hui elle est de la grandeur d'une mandarine. Au pourtour de l'abcès, le parenchyme du foie paraît sain.

Remarques. — 1° La terminaison funeste ne peut être attribuée à la méthode de Récamier, car il n'y avait nulle trace d'inflammation au pourtour de l'eschare, dans le foie, dans le péritoine et dans la plèvre droite. La plèvre gauche seule était atteinte d'inflammation purulente, et, selon toute vraisemblance, la lésion pulmonaire gauche a débuté par le lobe supérieur.

2° En passant; nous ferons remarquer l'absence la plus complète des symptômes décrits comme spéciaux à la pleurésie diaphragmatique, bien que la lésion trouvée à l'autopsie fût nettement localisée dans cette partie de la séreuse.

3° La mort est due évidemment cà la pleuropneumonie. Notre malade était à la fois alcoolique et albuminurique, deux conditions qui favorisent l'éclosion des complications pulmonaires et les aggravent notablement.

4° En terminant, nous pensons que l'évacuation du pus était indiquée. Nous avons fait une ponction exploratrice qui avait donné issue à ce pus lie de vin que Dupuytren déjà, et après lui Haspel, regardait comme d'un favorable augure dans les abcès du foie. Les dimensions de la poche, la fluctuation superficielle, l'état du malade qui s'aggravait de plus en plus, tout nous forçait à recourir à une opération. Notre cas servira, comme beaucoup d'autres publiés récemment, à démontrer la gravité des traumatismes chez les alcooliques et les albuminuriques.

Tous ceux qui, dans ces dernières années ont écrit sur les rapports entre les états constitutionnels et le traumatisme, ont cité les opinions si judicieuses de sir James Paget ; mais la question de l'alcoolisme étantplus ancienne, ni mes disciples ni moi n'avons reproduit ce que mon éminent confrère a dit à ce propos. Je donne donc ici la traduction du passage qu'il consacre à l'intempérance. On verra combien les observalions de sir J. Paget se rapprochent des nôtres.

« On rencontre quelquefois des buveurs qui traversent impunément

les dangers des grandes opérations, mais ce sont là des exceptions à la règle d'après laquelle on peut estimer que les risques de toutes les opérations s'accroissent en raison directe de l'intempérance habituelle. Pour moi, des habitudes d'intempérance légère sont beaucoup plus nuisibles que de grands excès survenant de temps en temps; il est plus mauvais de boire beaucoup régulièrement que de se griser par hasard ; cela tient probablement à l'altération progressive du sang et de tous les tissus, à laquelle conduit l'ivrognerie. Donc, il faut s'abstenir de porter la main sur les buveurs avérés, à moins d'y être forcé par l'urgence que réclame une hernie étranglée, une obstruction de la trachée, ou toute autre affection qui ne laisse que peu de choix dans les moyens à employer.

» Mais il faut se tenir sur ses gardes pour découvrir l'alcoolisme parmi la classe des buveurs que l'on ne connaît pas et qui ne se vantent pas de l'être. Il faut craindre d'opérer ceux qui, à quelque classe qu'ils appartiennent, sont persuadés qu'ils ont besoin de stimulants avant leur travail, qui ne peuvent dîner qu'après le vin blanc ou l'absinthe, qui continuellement boivent à petits coups de l'eau additionnée d'eau-de-vie, ou qui se vantent d'être obligés de boire souvent du vin, parce qu'ils ne peuvent manger que très peu. Beaucoup de personnes considérées comme très respectables, et qui ne songent pas à mal, détériorent ainsi chaque jour leur santé et se rendent elles-mêmes incapables de supporter aucune des adversités de la vie. Il en est surtout ainsi lorsqu'elles augmentent la quantité de leurs stimulants pendant qu'elles diminuent celle de leurs aliments. C'est là une erreur funeste, beaucoup plus nuisible que de manger et boire à l'excès.

» Chez tous les sujets de cette catégorie les opérations sont des plus chanceuses. Sans doute on entend dire que quelques-uns ont échappé merveilleusement aux dangers, et sur la foi de quelques exceptions, on bâtit des proverbes sur l'impunité qui protège les buveurs; mais la règle générale est certaine : tout risque d'une opération est augmenté chez les individus adonnés à l'intempérance ; ils sont, bien au-dessus de la moyenne, exposés à chacune des causes de danger et à la mort1. »

Plus loin (p. 119), M. J. Paget rapporte le faitsuivant: Un homme adonné à la boisson fut amputé d'un doigt atteint d'une affection articulaire, et mourut en huit ou dix jours d'un phlegmon diffus analogue à ceux qui surviennent chez les buveurs habituels.

1. The Lancet, 1867, vol. 11, et Leçons de clin, chir., traJ. franc., 1877, p. 16.

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