‹ Mémoires de chirurgieChapitre 105 sur 209 · E. Simonin, Décade chirurgicale. Paris, 1838, p · texte numérisé non relu

E. Simonin, Décade chirurgicale. Paris, 1838, p

J'ai recueilli un certain nombre de faits démontrant d'une façon péremptoire que les maladies virulentes se développent avec rapidité et acquièrent chez les alcooliques une gravité tout à fait exceptionnelle.

J'ai cité plus haut (p. 250) deux cas de pustule maligne devenus promptement mortels et un cas de piqûre anatomique (p. 333, obs. III) qui s'est terminé de la même façon. Un autre cas d'inoculation septique a néanmoins guéri (p. 339, obs. XIV).

Syphilis. — Si la syphilis n'entraîne pas la mort violente chez les ivrognes, au moins elle affecte des formes graves, et se montre chez eux fort rebelle.

La plupart des syphiligraphes, Ricord, Diday, etc., ont noté cette cause particulière de gravité chez leurs malades, mais son étude approfondie est de date relativement récente.

Dans son excellente thèse sur Vétiologie des syphilides malignes précoces (Paris, 1875). M.leDr. E. Ory a rassemblé 30 observations dont 27 sont originales. Sur les trente malades, quinze étaient des alcooliques avérés.

M. Ory rapporte les quelques passages suivants de la thèse de A. Renault, relatifs à ce sujet (p. 49) :

« Nous avons pu reconnaître que les excès alcooliques exercent une influence déterminée sur un certain nombre d'affections appartenant soit aux syphilides, soit aux affections dartreuses ou aux éruptions printannières. » (Il aurait pu ajouter avec beaucoup de raison, à cette énumération, les affections parasitaires.) Puis M. Renault, à propos de l'influence des. habitudes alcooliques sur les manifestations de la syphilis, conclut ainsi : « L'alcoolisme est une des causes les plus puissantes des manifestations syphilitiques ter-

tiaires de la peau. Les syphilides qui paraissent dans ces conditions revêtent principalement la forme ulcéreuse i. »

M. Ory donne de cette gravité particulière les raisons suivantes (p. 50):

« L'alcoolisme chronique aggrave ou provoque les maladies cutanées, et cela sans doute, non seulement par l'état de débilitation, la tendance à la dégénérescence graisseuse où il conduit le malade, mais aussi parles conditions spéciales de vitalité où se trouve l'appareil tégumentaire, poussées congestives fréquentes, troubles circulatoires, stases veineuses, altérations des vaisseaux.

Si donc un syphilitique alcoolique est soumis à quelque cause débilitante nouvelle, si des excès de travail, de débauche, si une misère plus grande, une alimentation défectueuse, l'exposent à des manifestations syphilitiques, c'est vers la peau, c'est par des ulcérations cutanées de formes variées que la vérole indiquera sa puissance. Nous voyons là simplement une conséquence d'un fait nouvellement remis en lumière par M. Verneuil et ses élèves; la peau alors est atteinte, elle est ulcérée, parce qu'alors c'est là qu'est le locus mlnoris resistentiœ.y>

Néanmoins M. Ory fait remarquer plus loin (p. 58) que si les syphilides malignes précoces, comme les syphilides ulcéreuses tardives, se rencontrent fréquemment chez les alcooliques, il ne s'ensuit pas évidemment que l'abus des spiritueux entraîne fatalement ces graves manifestations de la syphilis. Il faut en outre tenir compte de ce fait que dans la plupart des observations de l'auteur, l'alcoolisme coexiste avec d'autres causes débilitantes, la scrofule, le lymphatisme,les fatigues, la misère, etc. Mais il faut reconnaître toutefois que la prédisposition créée par les lésions cutanées de l'alcoolisme joue un très grand rôle dans l'apparition et la gravité des syphilides.

M. Alf. Fournier, qui dans son article Phagédénisme n'admet qu'avec réserve les causes nombreuses assignées à celte complication des chancres et des syphilides, compte cependant sans hésitation l'alcoolisme comme une des causes prédisposantes les mieux établies 2 .

« 11 est aujourd'hui bien avéré, dit-il, que l'alcoolisme chronique constitue une prédisposition puissante au phagédénisme chancreux, même indépendamment des excès de boissons commis pendant l'évolution du chancre. Sur nombre de malades, la complication qui nous

1. Renault, Essai sur l'Influence de l'alcoolisme dans le développement de plusieurs groupes d'a/fections cutanées, thèse de doct. Paris, 1874.

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