‹ Mémoires de chirurgieChapitre 107 sur 209 · Slaubj- thèse de doct., Paris, 1872. p · texte numérisé non relu

Slaubj- thèse de doct., Paris, 1872. p

liques, et qui présenta des symptômes de rage trente-cinq jours après avoir été mordu par un chien atteint d'hydrophobie. Le seul intérêt que présente ce cas, c'est que le malade fut pris d'un délire furieux pendant près d'une journée, ce qui semblerait indiquer une disposition au délire très violent, comme le delirium tremens, chez les alcooliques enragés1.

Nous ne citons d'ailleurs ce fait que pour marquer la place de la rage dans le chapitre à écrire sur Valcoolo-virulence.

Variole. — Cette affection revêt également un cachet particulier de gravité chez les alcooliques, ainsi que divers auteurs en ont rapporté des exemples. M. Lassaigne en a cité plusieurs cas2. M. le Dr Huchard, dans son excellente thèse sur les causes de la mort dans la variole (Paris, 1872), s'exprime ainsi à ce sujet :

«Celle-ci (la variole) n'est pas constamment maligne par ellemême; elle peut le devenir, lorsqu'elle naît et se développe sur un terrain mal préparé pour la recevoir et qui porte en lui déjà une prédisposition acquise pour certains accidents. Ainsi, nos observations nous ont suffisamment démontré que la variole évoluant chez les sujets alcooliques, est ordinairement fort grave et prend le plus souvent la forme hémorrhagique. Nous avons déjà dit, avec M. le Dr Desnos, dans notre travail sur les complications cardiaques et la myocardite varioleuse, que l'état graisseux du cœur chez ces mêmes malades devait être considéré pendant la variole comme une cause prédisposante des manifestations myocardiaques et cérébrales; pour notre part, nous devons ajouter que l'alcoolisme, probablement par suite de l'état scléro-athéromateux des vaisseaux, crée, pour le développement deladiathèse hémorrhagique dans la variole, une véritable opportunité morbide. Pour démontrer cette influence hémorrhagipare de l'alcoolisme, il nous suffit de rappeler les expériences de M. Magnan qui, après avoir fait ingérer à des animaux de grandes quantités d'alcool, a constaté dans divers organes la présence de nombreuses ecchymoses ou extravasations sanguines.

» Il nous paraît en être ainsi dans tous les états morbides qui, par eux-mêmes, sont déjà des causes fréquentes d'hémorrhagies. A ce propos, nous voulons seulement rappeler l'exemple d'une femme qui, arrivée à la dernière période de la maladie de Bright, fut atteinte et

1. E. Simonin, Résultats heureux, momentanés, de l'inhalation du chloroforme obtenus chez un malade atteint de rage. Brochure sans date de 10 pages in 8°.

2. Lassaigne, Quelques considérations sur l'alcoolisme dans ses rapports avec la pneumonie, la variole et l'érijsipèle. Thèse de doctorat, Paris, 1870, p. 48.

mourut rapidement, en trois jours, d'une variole hémorrhagique

d'emblée Nous sommes autorisé à penser que la néphrite albu-

mineuse, dont l'influence sur la production des hémorrhagies est bien connue, n'a pas été une cause sans importance pour donner lieu à ces accidents hémorrhagiques (p. 25 et 26 de la thèse citée).

» Les faits que j'ai observés depuis que ces lignes ont été écrites, nous disait récemment M. Huchard, me permettent d'établir les conclusions suivantes touchant l'influence de l'alcoolisme sur la marche de la variole :

» 1° Chez les alcooliques, la variole prend souvent la forme hémorrhagique; tantôt les hémorrhagies se montrent dans la période prodromique, et la mort, qui est la règle, survient même avant le stade éruptif (variole hémorrhagique primitive, d'emblée); tantôt elles se montrent seulement à la période de suppuration ou même de dessiccation (variole hémorrhagique secondaire beaucoup moins grave et pouvant guérir).

» 2° Lorsque la variole chez les alcooliques ne revêt pas la forme hémorrhagique, elle est dans tous les cas — ■ qu'elle soit confluente, cohérente ou même discrète — remarquable par la longueur inusitée de la période de suppuration, par la formation d'abcès nombreux pendant la convalescence, par la violence du délire.

» Il faut encore ajouter que les autopsies des varioliques démontrent la fréquence des dégénérescences graisseuses des organes; d'où la gravité des varioles chez les alcooliques, les propriétés stéatogènes de l'alcoolisme s'ajoutant à celles de la variole. »

ABSCONDITOS MORBOS YULNERA DKTEGUlNT

Un sujet se blesse ou va subir une opération chirurgicale. Aprèsla blessure ou avant l'opération, on interroge, on examine organes, appareils et fonctions ; on ne découvre rien en dehors de l'affection locale ou du Irauma : on pense avoir affaire à un blessé simple et sain et non à un malade blessé, et si l'on est ou si l'on sait se mettre à l'abri des influences morbides extérieures, on croit pouvoir calculer rigoureusement la marche et la terminaison de la blessure et porter, un pronostic certain.

Mais les prévisions sont parfois trompées : sans cause venue du dehors, sans imprudence du patient, sans impéritie du chirurgien, le processus traumatique présente des anomalies ; des accidents éclatent, des complications surgissent dans le point vulnéré ou ailleurs. Tous ces désordres, soigneusement étudiés, analysés et rapportés à leur vraie cause, traduisent d'une façon non équivoque l'existence d'une diathèse, d'une maladie générale, d'un état constitutionnel, en un mot d'une propathie méconnue ou latente.

Sans doute, après cette indiscrétion de l'organisme, on s'aperçoit souvent qu'une interrogation plus minutieuse ou qu'une exploration organique plus attentive aurait mis sur la voie et fait découvrir peut-être le vice caché; mais il est également certain que l'enquête la mieux conduite peut rester négative et n'arriver pas même à éveiller les soupçons.

Ces faits ne sont pas rares ; tout le monde les a rencontrés, et je les ai pour ma part observés bien souvent. Ils sont à la fois curieux et fort utiles à connaître. Pour condenser en peu de mots l'idée générale qui s'en dégage, j'ai emprunté la langue latine et formulé l'axiome qui sert de titre à cette note.

Absconditos morbos vulnera detegunt se place naturellement à côté de son célèbre ancêtre : naturam morborum ostendunt curationes, que j'ai déjà modifié ou plutôt imité en disant : naturam morborum ostendunt complicationes.

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