INFLUENCE RÉCIPROQUE
Par M. DERIAUD '
« Beaucoup de médecins ont écrit sur les fièvres intermittentes et l'influence de l'impaludisme sur la santé générale; mais peu ont songé à traiter l'influence réciproque de l'impaludisme et du traumatisme. Sur le conseil de M. Verneuil, nous nous sommes livré à des recherches qui ne seront pas sans utilité, bien que le nombre de faits connus soit encore très restreint. Nous appelons surtout sur ce sujet l'attention des médecins qui exercent dans les contrées infectées par les miasmes paludéens. De nouvelles observations sont nécessaires pour éclairer cette question encore enveloppée d'obscurité. »
L'auteur définit l'impaludisme l'état de l'organisme qui résulte de l'absorption de « miasmes paludéens » ; il en donne une esquisse générale dont nous tirerons quelques paragraphes.
« La cachexie paludéenne, comme toutes les cachexies, a une influence incontestable sur la marche des affections qu'elle complique. Chez les sujets atteints de lésions traumatiques graves, par exemple, son effet est de diminuer ou d'anéantir les forces déjà épuisées par une hémorrhagie ou une suppuration abondante, et l'on peut dire qu'en vertu de l'altération du sang qui l'accompagne, elle prédispose aux accidents nerveux et à l'atonie. Une des principales manifestations de l'impaludisme est la fièvre intermittente; c'est, par conséquent, cette fièvre qui fera le plus ordinairement soupçonner l'existence de l'impaludisme chez un malade blessé.
» Quelle que soit la cause de la fièvre intermittente : marécages, émanations du sol, travaux qui mettent à découvert des terrains enfouis plus ou moins profondément, elle ne se manifeste pas constamment de la même manière : tel est atteint dès qu'il met le pied
1. Thèse inaugurale, 28 décembre 1868. — J'ai contribué moi-même à ce travail dont ici cependant j'ai retranché quelques paragraphes inutiles. A. V.
en pays marécageux; tel autre n'est affecté qu'à la longue. Il n'est pasrarede voir des personnes qui, après avoir un certain temps habité un pays à fièvre, emportent l'impression latente de cette intoxication qui ne se manifestera qu'au bout de plusieurs mois, plusieurs années même, sans cause connue, ou par le fait d'une cause occasionnelle : le traumatisme est souvent cette cause. La disposition de la fièvre intermittente à la récidive est un fait très connu; mais le germe de cette fièvre peut demeurer stérile pendant des mois et des années, après une ou plusieurs éclosions. C'est souvent à la suite d'une lésion traumatique que les symptômes apparents de l'intoxication se montrent de nouveau.
Le traumatisme est l'ensemble des phénomènes locaux et généraux qu'on observe à la suite des lésions traumatiques1. Parmi les accidents qui peuvent le compliquer, on compte la douleur, l'hémorrhagie, le tétanos, la pourriture d'hôpital, la gangrène, l'infection purulente ; presque tous ces accidents peuvent être favorisés par l'impaludisme, qui leur imprime, en certains cas, ce caractère particulier de céder à l'administration de quinquina.