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INFLUENCE DU TRAUMATISME SUR L'IMPALUDISME

Trois cas peuvent se présenter au moment où survient la blessure : 1° le blessé est actuellement atteint de fièvre intermittente; 2° il a eu jadis cette fièvre; 3° il n'a jamais eu la fièvre, mais a été autrefois exposé à ses causes.

1er Cas. Les observations sont rares; en voici pourtant deux d'un réel intérêt :

Obs. I. — Une femme de trente-cinq ans, bien portante en apparence, est opérée en octobre 186-4 d'un névrome cutané très dou-

1. Je ferai remarquer que dès le début de mes études sur le traumatisme je prenais déjà ce terme dans son acception véritable, lui faisant représenter non point une lésion ni même une affeciion, mais bien un état général plus ou moins évident, mais tout à fait spécial et distinct.

J'ai cru devoir insister sur ce point dans l'introduction placée en tête de ce volume. — A. V.

loureux de la jambe. L'opération est des plus simples; cependant, le lendemain matin, à onze heures, il y a fièvre avec peau chaude et pouls élevé, c'est-à-dire une réaction peu en rapport avec une si minime opération. On apprend alors que depuis trois jours la malade, vers dix heures du matin, est prise d'un petit accès fébrile avec frisson et chaleur, se dissipant après quelques heures. Le lendemain de l'opération, l'accès avait été beaucoup plus fort que les précédents. On donne 60 centigrammes de sulfate de quinine. Aucun accès n'est revenu; on a continué la médication pendant un certain temps et l'opérée a repris sa vigueur et sa santé1.

La saignée, qu'on peut considérer comme lésion traumatique, était employée jadis dans le traitement des fièvres intermittentes et pratiquée soit pendant la période de froid, soit pendant la période de chaleur. On a reconnu aujourd'hui qu'elle est, la plupart du temps, nuisible et même dangereuse, et nous pourrions citer plusieurs cas de fièvres pernicieuses dans lesquelles, après une saignée, on a constaté un accès plus grave que les autres.

Obs. II. — Le 15 septembre 1827, un homme de vingt-quatre ans, sanguin, pléthorique, réclame une saignée pour se débarrasser d'un accès de fièvre. Cette fièvre était si légère que le patient supportait son troisième accès, assis devant la porte de son habitation. Le médecin refusa d'abord, redoutant les fièvres pernicieuses qui régnaient alors; mais le malade insista, disant qu'il n'avait jamais employé de moyen plus efficace en pareil cas, et la saignée fut faite. A peine deux palettes avaient-elles été tirées que le malade pria qu'on fermât vite la veine, parce que son mal de tête augmentait à mesure que le sang coulait.

Reporté dans son lit, il fut pris d'un violent frisson, puis d'un délire furieux si intense, que quatre hommes avaient peine à le maintenir. Cet état, qui dura douze heures, fut remplacé par une prostration extrême avec sueurs abondantes extrêmement fétides. L'accès pernicieux cessa, ne laissant que le souvenir de Ja saignée et la céphalée plus intense. Un gros de résine de quinquina et six grains de sulfate de quinine prévinrent le retour de la fièvre2.

2e et 3e Cas. — Lorsque survient la lésion traumatique, le sujet

t. Duboué : De V Impaludisme, p. 118. Paris, 1867.

2. Delpech.Afe/non'ffi des hôpitaux du Midi, t. I, p. 323, obs. du Dl P. Grégoire tic Nismes.

a eu la fièvre intermittente mais ne l'a plus, ou bien il n'a pas eu de fièvre d'aceè?, mais il est sous l'influence de l'impaludisme.

Pour expliquer comment le traumatisme produit la fièvre d'accès, on peut invoquer le passage suivant de M. Bérenguier : « Un agent spéciiique, un poison qui s'insinue dans le fluide nourricier de l'homme pour en altérer la composition, constitue la cause efficiente, la condition sine qua non de la fièvre intermittente. Toutes les autres causes énumérées dans certains livres ne peuvent être que des causes occasionnelles. Elles ne produisent une affection périodique que parce que le germe circulait dans l'organisme et n'attendait qu'une perturbation quelconque pour se manifester. Les écarts de régime, les émotions vives de l'âme n'agissent pas autrement1. »

Pour M. Dériaud, les lésions traumatiques ne peuvent agir que comme causes occasionnelles des fièvres d'accès; il n'attache pas grande importance à ce que le sujet ait eu ou non des fièvres intermittentes au moment où il est blessé.

Dans le premier cas, la lésion traumalique occasionne la récidive; dans le second, elle détermine la première manifestation fébrile de l'impaludisme. M. Dériaud cite même Lafont-Gouzi, de Toulouse % qui déclarait qu'à l'occasion et pendant la durée des cas traumatiques : chutes, blessures, fractures, il pouvait se développer des fièvres intermittentes ou rémittentes, qu'il était périlleux de regarder comme irritatives ou locales et qu'il fallait combattre par les fébrifuges.

L'auteur fait ici un court historique de la question. Il cite MM. Bouisson, Cocud, Duboué. Il rappelle que, d'après Boudin, « sur le littoral de l'Algérie, toutes les contusions spléniques ou autres sont suivies de fièvres intermittentes 3. «Bérenguier, de son côté, écrit ce qui suit : «J'ai vu souvent les opérations chirurgicales les plus simples devenir le motif occasionnel de la périodicité. Je l'ai vue. survenir chez les fracturés et chez des hommes qui n'étaient arrêtés que par une simple entorse. Elle s'est montrée tout récemment chez une de nos malades, convalescente, après une opération de hernie étranglée 4 ».

1. A. Bérenguier, Traité des fièvres Intermittentes des pays tempérés, page 61. Paris, 1865.

2. Lafont-Gouzi. Mémorial des hôpitaux du Midi 1829. p. 332. Nous reviendrons sur l'opinion de Lafont-Gouzi, à propos de la thèse de M. Moriez.

3. Boudin. Traité des fièvres intermittentes, rémittentes, et continues, p. 142, Paris, 1842.

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