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MALADIES GÉNÉRALES PAR ALTÉRATION DU SANG

Anémie. — L'anémie reconnaît souvent pour cause les hémorrhagies qui sont la conséquence fréquente du traumatisme; elle peut aussi être consécutive aux grandes suppurations. Celles-ci en effet appauvrissent le sang, moins rapidement, il est vrai, que les hémorrhagies, mais non moins sûrement.

L'anémie, consistant dans l'insuffisance des matériaux de nutrition, doit nécessairement apporter un obstacle à la réparation des lésions traumatiques.

Scorbut. — Grâce aux progrès de l'hygiène, le scorbut ne sera bien'ôt plus mentionné que dans l'histoire de la médecine. Il est presque inconnu dans nos grands hôpitaux, et les améliorations introduites dans les constructions navales et surtout dans l'alimentation des marins, ne laisseront bientôt plus aux gens de mer que le souvenir de cette cruelle maladie.

Les chirurgiens de marine ont pu observer dans les épidémies d<?

scorbut la fâcheuse influence que cette maladie exerce sur les lésions traumatiques auxquelles les matelots sont si exposés dans leur profession. Ainsi, les contusions, les plaies, deviennent chez les scorbutiques la cause occasionnelle des ulcères qui ont une si grande tendance à se produire, même spontanément, chez ces malades. Les os deviennent poreux et perdent de leur résistance, ce qui les prédispose aux fractures. Nous lisons clans le Compendium de chirurgie des faits cités par Piavaton, Desault, etc., et qui prouvent que le scorbut est la plus fréquente des causes générales qui peuvent retarder la formation du cal. Enfin, d'après M. J. Cloquet, l'application trop prolongée des bandages, des conditions atmosphériques malsaines, telles qu'un temps froid et humide, l'emploi abusif des topiques émollients, surtout chez les sujets déjà affaiblis par l'âge ou les maladies antécédentes, font apparaître les phénomènes désignés sous le nom de scorbut local, consistant en un étiolement particulier du membre et aussi en une absence complète de consolidation dans les fractures.

Infection purulente. — Elle constitue pour les opérations une contre-indication formelle.

Albuminurie. Urémie. — Nous ne savons rien sur les rap§ ports de l'albuminurie avec les lésions traumatiques. Quelques auteurs ont rapporté à l'urémie les accidents qui succèdent aux opérations praliquées sur Turèthre, et qu'on a décrites sous le nom de fièvre uréthrale. Cette opinion, défendue par M. le Dr Mauvais dans sa thèse inaugurale, a été récemment professée par M. Pidoux à la Société médicale des hôpitaux.

Diabète. — Avant d'aborder la question du diabète spontané, nous rappellerons que les lésions traumatiques qui intéressent le plancher du quatrième ventricule produisent, sinon le diabète, du moins la glycosurie.

Quant au diabète spontané, la gravité exceptionnelle des accidents chirurgicaux qui en dépendent et des lésions traumatiques qui le compliquent, lui assigne un rang important parmi les affections qui nous occupent.

M. Marchai (de Calvi) est le premier qui ait signalé les lésions chirurgicales qui dérivent du diabète. Les premiers faits communiqués par ce savant médecin remontent à l'année 1852. En 1864,. parut scn traité complet des accidents diabétiques.

Nous avons passé en revue les nombreuses et intéressantes observations qui y sont consignées, mais les faits y sont surtout relatifs aux accidents spontanés du diabète, et la part laissée au traumatisme comme cause occasionnelle de ces accidents est restreinte. Nous y trouvons seulement le fait suivant, emprunté à D. Pitcairn :

« Un homme ayantété morduparunrat,ils'ensuivitunetuméfaction considérable de la main et du bras, et des abcès sur d'autres parties du corps : le malade s'émacia, et. les urines devinrent diabétiques. » Comme le fait remarquer avec juste raison M. Marchai, il est très probable, pour ne pas dire certain, que le diabète préexistait à la lésion l.

Quant aux indications chirurgicales, nous n'avons trouvé que ce qui est relatif aux cataractes diabétiques.

L'attention des chirurgiens avait donc été fort peu dirigée sur les complications diabétiques des lésions traumaliques, lorsque, en novembre 1866, M. Verneuil, à la Société de chirurgie, invita ses collègues à donner leur avis sur l'opportunité des opérations chez les sujets atteints de diabète.

C'est dans les discussions, qui occupèrent plusieurs séances, que nous puiserons tout ce que nous avons à dire sur la question.

Si l'on consulte les faits, on voit que la moindre lésion traumatique, une égratignure, le froissement des orteils par une chaussure trop étroite, suffisent pour développer chez les diabétiques des désordres quelquefois effrayants, des gangrènes, des phlegmons diffus, des abcès suivis de fusées purulentes, et, avec les progrès de la maladie interne, la mort elle-même.

Les incisions, les débridements pratiqués sur les anthrax, et les phlegmons diabétiques, au lieu d'amener du soulagement, comme dans les cas ordinaires, aggravent souvent le mal. Si, par suite des délabrements produits par la gangrène, ou dus à une lésion traumatique violente, le chirurgien se voit dans la nécessité de pratiquer une amputation, les lambeaux sont frappés de sphacèle, et le malade succombe presque aussi sûrement que si la lésion avait été abandonnée à elle-même.

Les choses se passent de la sorte dans les cas extrêmes, mais il n'en est pas toujours ainsi. « De ce qu'un individu est diabétique, dit M. Trélat, il ne s'ensuit pas qu'il soit incapable de subir une opération nécessaire ou de supporter le traumatisme. Il y a certainement une foule de diabétiques auxquels on a fait des opérations, et il y a beaucoup de diabètes bénins. »

1 Recherches sur les accidents diabétiques, 1864, p. 117.

Toutefois, en présence des graves accidents dont nous avons retracé le tableau, de la difficulté de prévoir quelle sera la gravité du diabète, gravité qui n'est pas absolument en rapport avec la quantité du sucre que les urines contiennent, M. Verneuil formula plusieurs propositions relatives aux indications cbirurgicales dans les cas de diabète; il inclinait vers l'abstention, ou du moins donnait le conseil de ne faire que des débridements, des incisions aussi peu étendues que possible.

Dans les cas d'anthrax, de phlegmon diabétiques, il ne faut pas craindre de pratiquer les incisions qui sont nécessaires, mais on devra les faire de préférence sur les parties mortifiées, pour faciliter le dégorgement.

S'il s'agit d'amputation, dans les cas de gangrène, il faut attendre que celle-ci soit limitée.

Si la gangrène succède au traumatisme, on devra temporiser si les parties inférieures seules sont atteintes; au contraire, si la gangrène se rapproche du tronc, il faut amputer d'urgence (Larrey).

Dans les cas où une grave blessure, l'écrasement d'un membre, une hérnorrhagie abondante, mettent immédiatement en danger les jours du malade, le diabète ne saurait contre-indiquer l'opération.

Dans tous les cas il est utile d'examiner les urines du malade, en se rappelant qu'il peut y avoir des intermittences dans la glycosurie. Si l'on reconnaît la présence du sucre, on s'efforcera, par un traitement approprié, de guérir ou d'amender le diabète. L'emploi des alcalins est le traitement qui a le mieux réussi à M. Verneuil.

La même indication thérapeutique s'applique aux cas de cataracte. Si l'on ne parvient pas à guérir le diabète, M. Chassaignac conseille de renoncer à l'opération ; cependant M. Marchai (de Calvi) rapporte des succès obtenus par MM. Desmarres et de Graefe, au moyen de l'extraction.

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