Duboué. hoc. cit., p
encore exact, et nous n'en voulons pour preuve que ces paroles de Béhier :
« Que sont donc ces accès intermittents ? Très souvent ce sonl tout simplement des récidives de fièvres paludéennes subies jadis par ces femmes, fièvres qui se réveillent sous l'influence delà dépression que la grossesse, et surtout l'accouchement, ont imposée à l'économie; tout comme Torti, et tant d'autres, ont signalé l'influence de purgatifs violents causant la récidive d'accès paludéens qui semblaient guéris. Le sulfate de quinine fera facilement justice de cet état et confirmera le diagnostic. J'ai vu plusieurs exemples de cette sorte l. »
Ainsi, quel que soit le trouble survenu dans un organisme prédisposé, qu'il s'agisse d'une blessure, d'uue opération, ou simplement d'un acte physiologique comme la parturition, l'impaludisme peut susciter la fièvre. Qu'elle s'allume chez des sujets vierges de toute manifestation paludéenne, ou qu'elle récidive chez des sujets anciennement atteints, la pathogénie est toujours la même ; c'est le traumatisme qui joue le rôle de cause occasionnelle et on est en présence d'une véritable complication, puisque cette fièvre ne ressemble en rien à la fièvre traumatique qu'on observe chez les individus indemmes de toute tare constitutionnelle.
D'après certaines observations de Gocud, il y aurait des cas, cependant, où le blessé n'est pas pris d'une fièvre nouvelle indépendante de la fièvre traumatique, mais où la marche seule de cette dernière est modifiée par l'intoxication palustre : celle-ci prendrait alors le caractère de la rémittence simple, s'exaspérant par périodes régulières sous l'influence de la diathèse et poursuivant sa marche indépendante dans l'intervalle des accès. Cette opinion nous paraît bien difficile à soutenir sans les données rigoureuses de l'exploration thermométrique ; le fait n'est pas invraisemblable, mais il ne paraît pas suffisamment démontré.
Dans la grande majorité des cas, c'est par une fièvre nouvelle que l'impaludisme se traduit; la fièvre traumatique et la fièvre intermittente ne s'influencent pas et demeurent complètement indépendantes. On assiste alors à une de ces dualités morbides que M. Verneuil mentionnait dernièrement dans une leçon clinique sous ce titre : De la superposition des fièvres en chirurgie. Nous citerons plus loin deux observations où ce fait nous a paru parfaitement évident.
1. Béhier. Conférences de clinique médicale, Paris, 1865, p. 756. Voir plus loin le mémoire de M. Bureau
Mais le plus souvent il n'y a ni complication, ni combinaison de deux fièvres développées à l'occasion de la même lésion; une seule fièvre existe et c'est celle qui relève de l'impaludisme.
Cela se voit toutes les fois que la lésion n'est pas assez considérable pour donner lieu à une fièvre traumatique. L'élévation de la température n'a alors rien de commun avec l'état local, et sa marche n'est plus à forme rémittente, mais à forme intermittente. Ici, la méprise n'est pas possible, si on est averti que le malade a eu jadis des fièvres intermittentes ou qu'il vient de s'exposer^à en avoir.
Lorsque la lésion traumatique est considérable, lorsqu'on a affaire à une de ces plaies qui se compliquent si facilement d'infection purulente, on ne saurait trop se tenir en garde contre une conclusion hâtive, et il importe de ne pas s'en laisser imposer par l'intermittence ou la rémittence. On sait, en effet, que la pyohémie s'annonce par des frissons analogues à ceux de la fièvre paludéenne et revenant par accès : « Les accès eux-mêmes, dit Billroth, ressemblent à ceux qu'on observe dans la fièvre intermittente, sous le rapport du froid, de la chaleur sèche et de la transpiration l. *.
Ce qui permettra, dans ce cas, de faire le diagnostic différentiel, c'est l'intensité même des accidents observés ; c'est surtout la persistance de la fièvre après les accès.
Les observations citées par Dumas, dans son mémoire sur les fièvres intermittentes qui accompagnent les grandes plaies, nous paraissent précisément se rapporter à des cas de pyohémie. En rapprochant ces lièvres des intermittentes et des rémittentes pernicieuses, Dumas montre qu'à son époque on n'était pas si avancé que de nos jours dans la connaissance des accidents des plaies. Ce qui, du reste, prouve suffisamment que ce n'est pas à des récidives de fièvres palustres qu'il avait affaire, c'est que dans l'étiologie de ces fièvres, à côté de l'habitation des hôpitaux et des camps, et du voisinage des pays froids et marécageux, il invoque des causes telles que les affections morales, l'âge avancé, le sexe, la crainte du danger, etc. La raison pour laquelle Dumas assimile ces accès fébriles, évidemment dus à la pyohémie, aux fièvres pernicieuses, c'est le succès de la médication par le quinquina. Qu'il ait réussi par ce moyen à supprimer l'intermittence dans des cas légers, c'est ce que nous n'oserions contester, le quinquina produisant de bons effets, même dans la pyohémie; mais qu'il se soit agi là de rémittentes per-
1. Billroth. Pathologie chirurgicale générale, traduction franc. Paris, 1874 p. 345.
nicieuses identiques aux fièvres de malaria, c'est ce que la lecture de ses observations ne nous permet pas d'admettre.
Du reste, nous souscrivons à la doctrine qu'il développe : « Il n'est pas douteux, dit-il, qu'une plaie examinée dans ses diverses périodes ne puisse se combiner avec différentes espèces de fièvres. Le nouvel ordre de mouvements qu'elle introduit dans le corps le dispose puissamment à l'état fébrile, et les moindres causes suffisent pour le décider 1. »
La première observation bien concluante qui ait été publiée sur le développement d'accès fébriles d'origine palustre, à l'occasion d'un traumatisme, est celle de Delpech2. La voici en résumé :
Obs. I. — Un homme revenant d'Amérique, atteint d'hémorrhoïdes anciennes donnant lieu à des hémorrhagies fréquentes, est opéré de la résection de tout le contour de l'anus. Le 3e jour, pouls fréquent, chaleur, douleur dans le bassin.
Le 5e jour à 11 heures du matin, frisson violent durant deux heures, délire, vomissements, sueurs.
Le 6e jour à 11 heures du matin, frisson très intense, sueurs et syncope.
Le développement d'un grand nombre de fièvres intermittentes pendant la saison inspira des inquiétudes à Delpech, et malgré les théories régnantes sur la nécessité de traiter par les antiphlogistiques les inflammations graves de l'abdomen qui pouvaient ne provoquer qu'une fièvre intermittente, il prescrit 12 grains de sulfate de quinine en trois fois, de trois heures en trois heures.
Le 7e jour à 1 heure après midi, accès faible, frisson léger, chaleur douce et de courte durée.
Dans la nuit suivante, 8 grains de sulfate de quinine.
Le 8e jour, pas d'accès.
Cette observation est intéressante à plus d'un titre, et spécialement au point de vue historique. Delpech raconte comment il était très perplexe, ne sachant s'il devait céder aux doctrines d'alors et employer les antiphlogistiques, ou bien essayer le traitement spécifique, ce qui était audacieux à cette époque ; mais il ajoute qu'il était raffermi dans son opinion par le souvenir de faits semblables
Dans le même journal, Lafont-Gouzi3 publiait quelque temps