‹ Mémoires de chirurgieChapitre 142 sur 209 · Lafont-Gouzi. Mémorial des Hôpitaux du Midi, id. p · texte numérisé non relu

Lafont-Gouzi. Mémorial des Hôpitaux du Midi, id. p

après sa propre observation, relative à une fièvre à type franchement rémittent, développée à la suite d'une piqûre qu'il s'était faite à l'index avec la pointe du scalpel, en disséquant le bassin d'une femme morte des suites de couches, fièvre guérie en trois jours par le sulfate de quinine à haute dose. Ici les accidents observes nous paraissent plutôt dus à un commencement de septicémie, d'autant plus qu'il s'était développé, de son propre aveu, une inflammation de la main et de l'avant-bras; et l'action bienfaisante du sulfate de quinine ne prouve nullement qu'il se soit bien réellement agi d'une fièvre palustre; mais ce qui montre bien que'des faits plus probants ne devaient pas être rares, c'est que l'auteur de l'observation ajoute : « Ce fait se lie à une vérité essentielle que j'ai signalée il y a plus de vingt ans et établie sur des faits décisifs, savoir, qu'à l'occasion et pendant la durée des cas traumatiques, il se développe des fièvres intermittentes et rémittentes que l'on aurait tort de réputer irritatives ou locales, ou de prendre pour symptomatiques, bâtardes, dans le sens de P. Franck, Borsieri, etc.1 »

Les observations que Littré rappelle dans son article du Dictionnaire en 30 volumes, paraissent plus nettes : la première est celle

1. Je ne puis partager l'opinion de M. Moriez relativement à la nature du mal dans le cas présent. S'il y a eu septicémie suite de lymphangite et de phlegmon, il y a eu certainement intermittence spécifique, sans quoi le sulfate de quinine n'aurait pas eu une action si prompte et si décisive, alors que les moyens antiphlogistiques énergiquement employés jusqu'alors étaient restés impuissants, si même ils n'avaient pas aggravé le mal. Au reste, voici l'observation originale :

Un chirurgien de 25 ans, robuste et de santé vigoureuse, se pique l'index avec un scalpel en disséquant le bassin très fétide d'une femme morte de couche. Le doigt devient bientôt le siège d'un travail inflammatoire qui en troisjours gagne la main et l'avant-bras et provoque la fièvre. On saigne, on applique des sangsues, on incise, on débride quatre fois sur différents points, et cependant tout empire. Le blessé, en proie aux plus vives douleurs et à une fièvre que la nuit rend plus orageuse, tombe dans un état alarmant qui fait craindre l'inoculation d'un agent vénéneux. Cependant, en considérant enfin le redoublement à intensité croissante, on pensa à la fièvre rémittente, et, à ce trait de lumière, on administra le quinquina à haute dose.

En trois jours le chirurgien, en pleine convalescence, n'eut qu'à soigner ses plaies et à restaurer ses forces.

Je signale d'autant plus volontiers ce fait qu'il est un des premiers de ce genre, sinon publié, du moins observé, car il date comme celui de Méjean du commencement de ce siècle. Dans les commentaires ajoutés par l'auteur, je trouve encore la phrase suivante qui me parait digne d'être reproduite, car elle indique très nettement le traumatisme comme agent provocateur des fièvres intermittentes. « J'ai vu des années et des saisons où une chute, une frayeur, une plaie simple, une couche laborieuse, une indigestion, un refroidissement conduisent et aboutissent à une seule maladie. L'organisme traduit le trouble primitif en fièvre intermittente ou rémittente, et il faut en venir au quinquina. » — - A. V.

de Griffin, médecin anglais; elle a traita des accès de fièvre survenus chez un jeune homme à l'occasion d'un abcès à la région mastoïdienne. La seconde est celle de Simon (de Hambourg); il s'agit d'accès tierces apparus quelques jours après l'invasion d'une blennorrhagie peu intense. L'écoulement est augmenté pendant les accès et les douleurs locales très vives. Le sulfate de quinine donné dès le quatrième accès supprime les suivants. La troisième est celle de Nelet, prise dans le service de Piorry : il s'agit d'accès intermittents développés à la suite d'une chute sur Thypocondre gauche avec splénopathie. Cette observation ne nous paraît pas seulement avoir de commun avec l'impaludisme l'intermittence, que nous avons dit être fréquente dans les contusions de la rate. Le malade ne travaillait pas bien loin d'un canal malsain, et son cas rentre parfaitement dans ceux que signale Boudin1 : « Sur le littoral de l'Algérie, dit-il, toutes les contusions spléniques ou autres sont suivies de fièvres intermittentes. »

Les observations de Cocud et de Duboué, publiées depuis, ont été reproduites en partie dans la thèse de Dériaud; nous ne les mentionnerons pas; qu'il nous suffise de dire que, si quelquesunes prêtent à la critique, soit qu'elles ne présentent autre chose que de l'intermittence simple, soit que le succès de la médication spécifique ait été donné à tort comme un critérium, la plupart sont parfaitement probantes et mettent hors de doute la doctrine que nous défendons.

Du reste, les faits d'apparition d'accès fébriles chez les sujets habitant un pays à fièvre, ne présentent qu'un intérêt secondaire, car il n'est pas étonnant qu'on soit pris de fièvre dans un milieu suspect. Le fait de récidive dans un milieu sain est plus intéressant, c'est celui que le chirurgien a le plus d'intérêt à connaître, parce qu'il étonne toujours, et qu'une erreur de diagnostic peut prolonger inutilement, pour le blessé ou l'opéré, un état morbide dont le spécifique aurait facilement raison, et enlever ainsi au patient le bénéfice de l'apyrexie si favorable la cicatrisation.

C'est pour cela que les observations suivantes nous paraissent particulièrement dignes d'attention; les deux premières n'ont jamais été publiées au point de vue qui nous occupe, et les deux autres nous sont personnelles.

Obs. II 2. — Un homme de cinquante ans, de bonne santé habi-

1. Boudin, Traité des fièvres intermittentes. Paris, 1842, p. 142.

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