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III. ACCIDENTS NERVEUX DE CAUSE PALUSTRE

Les accidents palustres qui compliquent les lésions chirurgicales, se traduisent aussi par des désordres du côté du système nerveux, tels les névralgies et le tétanos.

NEVRALGIES

Nous serons bref sur les névralgies traumatiques qu'on rencontre chez les paludiques, leur étude nous paraissant moins intéressante que celle des autres accidents : 1° parce que presque toutes les névralgies traumatiques affectent le type intermittent, qu'elles soient de nature palustre ou non ; 2° parce qu'elles cèdent au sulfate de quinine aussi bien clans un cas que dans l'autre, et que le diagnostic différentiel devient dès lors peu important au point de vue pratique.

Ce que nous voulons établir seulement, c'est que cet accident

n'est pas rare chez les paludiques, et que, dans ce cas surtout, la médication spécifique ne doit pas être négligée. Tout le monde connaît les névralgies variées par lesquelles peut se traduire une fièvre larvée; et personne ne conteste que le paludisme donne souvent lieu à des névralgies intermittentes, Est-il plus étonnant de le voir produire la même manifestation sous l'influence d'un traumatisme ? Assurément non ; et, du reste, les faits ne manquent pas pour le prouver. Cocud cite un cas de fracture de jambe (obs. XII) avec accès de douleur dans le point fracturé cédant à la quinine, et un cas d'épididymite traumatique (obs. XIII) compliquée d'accès de douleurs testiculaires, guéries également par la quinine. Duboué rapporte un cas de douleur intermittente accompagnant des accès fébriles développés chez un opéré de la cataracte.

M. Verneuil i a publié également deux observations de névralgie traumatique chez des paludiques. La première a été reproduite à la page 397 ; voici la seconde :

Extirpation du sein chez une femme habitant un pays à fièvres, et autrefois atteinte de névralgie de la face. Hyperesthésie delà plaie et douleurs circonvoisines. Sulfate de quinine; disparition prompte des phénomènes douloureux.

Mm0 G..., cinquante-cinq ans, grande et robuste paysanne, vint des environs de Blois me consulter en octobre 1873. Elle portait à la partie supérieure et interne du sein droit, depuis une année à peine, une tumeur squirrheuse circonscrite, du volume d'une petite pomme, adhérente à la peau qui menaçait déjà de s'ulcérer. Le mal faisait depuis trois mois des progrès sensibles et provoquait de vives douleurs; les ganglions axillaires paraissaient sains, mais toute la mamelle, d'ailleurs volumineuse et abondamment pourvue de tissu graisseux, semblait turgide et notablement plus développée que celle du côté opposé.

Du reste l'embonpoint était considérable et l'état général aussi satisfaisant que possible, abstraction faite d'une extrême impressionnabilité et d'une peur horrible de la chirurgie. Aucune contreindication n'existant, je fis l'opération le 30 octobre par un temps assez froid. J'enlevai toute la mamelle sans ménager la peau voisine ; il en résulta une plaie large et profonde qui fut soumise au pansement phéniqué et alcoolisé.

A son réveil la malade se plaignit beaucoup et accusa une vive

1. Verneuil. Des névralgies traumatique s secondaires précoces, obs. XVI et XX.

cuisson qui cependant se dissipa dans l'après-midi. Les premiers jours se passèrent fort bien; Mme G... se tenait immobile dans son lit pour ne point éveiller une douleur qu'elle disait ressentir dans l'épaule au moindre mouvement, mais qui ne se montrait pas spontanément. Elle tremblait d'avance à l'idée des pansements, mais finit cependant par se rassurer en voyant qu'ils n'étaient point douloureux. Le quatrième jour, la plaie complètement détergée avait le plus magnifique aspect; la nuit suivante, le sommeil fut troublé par une douleur ou plutôt par un engourdissement très pénible occupant tout le côlé correspondant du thorax et se'econfondant avec la douleur de l'épaule. Vers quatre heures du malin survint une sueur abondante qui ramena le calme ; le pansement fut fait ce jour-là par le médecin ordinaire avec beaucoup de soins et d'habileté, ce qui n'empêcha pas Mme G... de se plaindre beaucoup et d'accuser la rudesse de main du docteur ; le journée fut bonne, mais la nuit semblable à la précédente.

Le matin, je trouvai la malade morose et découragée ; elle redoutait infiniment le pansement qu'elle me pria de faire moi-même, après m'avoir mis au courant de ce qui s'était passé. Je ne fus naturellement pas plus heureux que mon confrère, et malgré les précautions prises en levant la pièce de mousseline pour examiner complètement la plaie, j'arrachai des cris à la patiente. Rien de visible ne pouvait expliquer une semblable exaltation de la sensibilité. La couche granuleuse était partout splendide; les bords n'offraient pas la plus minime trace de gonflement ni d'inflammation ; la palpation forte des alentours était à peu près indolente, tandis que les attouchements très légers de la peau étaient notoirement désagréables. L'ensemble de ces caractères indiquait très clairement une névralgie secondaire précoce. Je prescrivis un lavement purgatif à prendre Je matin et 60 centigrammes de sulfate de quinine pour l'après-midi; rien ne devait être changé au pansement.

Ici se place un incident qui m'éclaira sur la nature du mal et qui prouve en passant combien il est difficile d'obtenir de certaines personnes des renseignements complets sur leur santé antérieure. Après avoir écrit mon ordonnance, j'expliquais minutieusement à la garde-malade comment il fallait donner le sulfate de quinine : l'envelopper dans le pain azyme, distancer les doses, etc.

Mme G... m'interrompit pour me rassurer et me dire qu'elle avait pris assez souvent et assez longtemps le médicament susdit pour pouvoir guider sa garde.

Fort surpris, je lui demandai à quelle occasion elle avait subi ces

traitements. Elle m'apprit alors qu'elle habitait une contrée infectée par les maladies paîudiques, qu'elle n'avait jamais eu les fièvres ordinaires, mais qu'à plusieurs reprises elle avait été tourmentée par une névralgie de la face à type tierce, dont elle ne se débarrassait qu'avec tes préparations de quinquina. Depuis quelques années elle n'en souffrait plus et n'avait pas cru nécessaire de m'en parler, ne considérant pointées souffrances comme une maladie, puisqu'elle ne s'était jamais alitée et avait toujours continué son travail.

Je conclus de cette révélation tardive que Mme G... avait été paludique à sa manière, c'est-à-dire affectée de névralgie larvée et que plus que jamais le sulfate de quinine était indiqué. Le résultat fut rapidement obtenu; la deuxième prise dissipa toute sensibilité anormale. Une semaine après, une réminiscence douloureuse s'étant montrée, fut à la demande de la malade immédiatement attaquée et vaincue parle même moyen.

Weir Mitchell * dit avoir vu la névralgie aiguë des moignons apparaître pendant un accès de fièvre intermittente, et signale un fait sur lequel on n'a pas encore appelé l'attention. « Il est bien singulier, dit-il encore, page 232, que les névralgies nettement intermittentes n'affectent jamais le type tertiaire ni aucun autre type que le quotidien. Les autres formes ne se manifestent que dans les névralgies paludéennes. »

Quoi qu'il en soit, la manifestation névralgique de l'intoxication tellurique est un fait tellement évident, que nous nous dispensons de multiplier les exemples.

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