TÉTANOS
L'influence de l'impaludisme sur la production du tétanos traumatique n'est pas encore généralement acceptée, mais nous paraît incontestable. Commençons donc par établir que la fièvre intermittente peut, en dehors de toute blessure, provoquer le tétanos spontané.
Dans un travail publié en 1864, Gourai 2 rapporte trois cas de tétanos intermittent de nature paludéenne (cas de Storck, de Gendron (de Vendôme), de Piorry), et une quatrième observation
1. S. Weir Mitchell. Des lésions des nerfs et de leurs conséquences, traduction française, 1874, p. 395.
2. Coural. Étude sur la fièvre pernicieuse tétanique, et le tétanos essentiel, Montpellier médical, 1864, t. XIII, p. 97.
recueillie à l'hôpital Saint-Eloi, dans le service de M. Dupré. Il conclut « qu'il existe un tétanos intermittent, de nature paludéenne, véritable fièvre larvée, curable par le sulfate de quinine ».
Sanquer ' rapporte quelques cas de tétanos survenus chez des fiévreux, et montre qu'à Cayenne il est surtout fréquent au moment où « le sol surchauffé exhale ses émanations morbides ». D'après le même auteur, Reiss et plusieurs autres médecins brésiliens sont persuadés<que le paludisme est une cause efficiente de tétanos.
Odevaine 2 rapporte, dans YIndian médical Gazette, plusieurs cas de tétanos consécutifs à des injections hypodermiques de sulfate de quinine. Il conclut que la quinine a une action spéciale sur les nerfs, ou bien que la cachexie paludéenne prédispose au tétanos.
Labbée 3, dans une Revue sur les traitements du tétanos, signale la fréquence de cette affection dans les pays malsains où la fièvre intermittente est endémique et grave, comme à Cayenne et aux Indes.
Faut-il admettre, avec Sanquer, que le sang, altéré par les effluves paludéennes, détermine l'excitabilité du bulbe? La pathogénie du tétanos est encore tellement obscure, qu'il est. bien difficile de se prononcer. Mais ce qui paraît certain, c'est que le traumatisme favorise singulièrement le développement du tétanos chez les paludiques.
Tout tétanos se déclarant chez les blessés, écrivait Chrestien, n'a pas le droit d'être appelé traumatique. Le tétanos peut survenir chez un blessé, sous l'influence des mêmes causes qui le déterminent ehez les sujets exempts de toute blessure, comme le prouve le fait suivant :
Obs. XV 4. — Le 28 février 1828, nous fûmes appelé auprès d'un menuisier âgé de trente ans environ, qui s'était enfoncé l'avant veille une pointe de Paris dans la plante du pied, mais qui, ne tenant aucun compte de cette circonstance, ne la raconta que beaucoup plus tard. Nous n'étions prié de le voir que pour les suites d'une indigestion éprouvée le 26. Ce soir-Là en effet, après son souper, il avait ressenti un froid intense accompagné d'une vive chaleur et, par suite, troubles de la digestion, vomissements, selles, délire jusqu'au matin.
Le soir du 27, à la même heure que la veille, réapparition du froid et du chaud ; mais la diète ayant été observée, l'état morbide