Arch. gén. de merf.,1873, 5e s., t. XXI, p
4. Chrestien. Thèse d'agrégation en chirurgie. Montpellier, 1842, p. 61.
fut moins compliqué. Nous ne pûmes à ce récit méconnaître la fièvre intermittente, occasionnée par de l'humidité que le malade nous dit avoir éprouvée quelques jours auparavant à la chasse de nuit, dans les marais. Nous fîmes prendre de dix heures du matin à six heures du soir, 60 centigrammes de sulfate de quinine en quatre pilules : le froid manqua et le chaud fut moins intense.
Le 1er mars, 10 grains de sulfate de quinine furent administrés comme la veille. Il ne survint ni froid, ni chaud, mais le délire reparut et une raideur dans les muscles du cou que nous avions déjà remarquée nous frappa de plus en plus. Le 2, nous parvînmes à découvrir la blessure de la plante du pied, mais les bords de la piqûre n'étant pas boursouflés, nous attribuâmes le tétanos à l'humidité, et non à la piqûre. En conséquence, le cas étant grave, nous priâmes le professeur Caizergues de nous éclairer de ses conseils. Ce praticien distingué partagea toutes nos craintes et nous engagea même à continuer le sulfate de quinine qui avait eu déjà des résultats avantageux; toutefois il nous conseilla d'administrer aussi du camphre pour établir une diaphorèse.
Nous associâmes donc 80 centigrammes de camphre à 40 centigrammes de sulfate de quinine, dont il fut fait 4 pilules pour être prises de deux en deux heures. Le délire était beaucoup moindre le soir; le malade accusait de vives douleurs à la nuque, aux articulations des cous-de-pied, et au sacrum.
Le 3, le délire reparut, et nous fîmes appliquer 20 sangsues à l'épigastre, en continuant l'emploi des pilules : le pouls devint meilleur, le malade dormit à plusieurs reprises, mais la rigidité de la nuque était la même.
Le 4, nouvelle application de sangsues et continuation du sulfate de quinine.
Il y eut bien du délire le 5, mais la vue qui la veille était obscurcie fut pleinement recouvrée, et le malade nous rendit compte de son état, qui s'améliora de jour en jour. Le 20, la guérison était parfaite.
Dériaud relate aussi dans sa thèse un cas de tétanos intermittent emprunté à M. A. Armand (voy. plus haut, p. 404).
M. Verneuil a communiqué à la Société de chirurgie un fait curieux de pseudo-tétanos chez un sujet atteint à plusieurs reprises de fièvres intermittentes. Il le donne comme un exemple des difficultés que peut présenter le diagnostic différentiel et aussi comme preuve de l'efficacité du chloral en pareil cas.
Obs. XVI. — Convulsions tétaniformes compliquant une lymphangite. — Traitement par le chloral à haute dose. Guérison rapide i.
François F..., trente-sept ans, infirmier à l'hôpital de la Pitié, entre le 13 février 1874, salle Saint-Paul, 46. Cet homme, d'une bonne constitution, grand, brun, robuste et sobre, a servi autrefois comme soldat à la Martinique; il y fut affecté, pendant dix-huit mois, de fièvre intermittente et de dysenterie. A plusieurs reprises, au moment du frisson initial des accès, il fut pris de crampes douloureuses dans les membres inférieurs et de contractures portant tantôt sur les muscles du tronc, tantôt sur ceux de la mâchoire.
Les fièvres cessèrent à trente ans. Cependant, il y a quatre ans environ, survint un dernier accès, non plus de fièvre, mais de contracture, sans que le malade se rappelle à quelle occasion. Depuis cette époque, il a joui d'un bonne santé et n'a point gardé de traces des affections précédemment indiquées. Il n'est point inutile d'ajouter que ces renseignements ne nous furent donnés qu'après la guérison du dernier accès, auquel nous assistâmes et dont le diagnostic fut tout d'abord très embarrassant.
Dans les premiers jours de février, G... fut légèrement blessé au talon droit par sa chaussure; le 12 au soir, le malade alla passer la soirée chez sa femme qui habitait la ville. Il rentra à onze heures, se plaignant seulement d'avoir eu froid, étant resté dans une chambre sans feu, alors que la température était basse. Cependant il alla se coucher et dormit une partie de la nuit. Vers le matin, il fut réveillé par un frisson; néanmoins il descendit à cinq heures pour prendre son travail; mais bientôt le frisson se renouvela, avec céphalalgie, douleurs vives dans l'aine droite et la région lombaire, et enfin crampes violentes dans la jambe. Il remonta au dortoir, mais une heure après le malaise était si grand qu'il redescendit dans la salle Saint-Paul où il fut vu par MM. Lasègue et Verneuil.
Il était alors dans l'état suivant : décubitus dorsal, face anxieuse , pupilles très contractées, extrémités froides. Température rectale, 39,4. Pouls à 120. Respiration accélérée (38 à la minute), saccadée, irrégulière.
Dans l'aine droite, un ganglion tuméfié, très douloureux au toucher, avec rougeur de la peau sus-jacente ; la plaie du talon est violacée, sensible au toucher et entourée d'une zone de peau rouge et enflammée, large de plusieurs centimètres.
i. Cette observation, recueillie dans le service de M. Lasègue par M. Boutry, a été publiée dans Bull. Soc. chirurgie, 1875, 3e série, t. Il, p. 264.
On ne voit poinl de traînée lymphatique ni à la jambe ni à la cuisse. Cependant toute la peau du membre est hyperesthésiée, et le moindre contact provoque immédiatement une crise que nous allons décrire. Un frémissement part du mollet; le membre tout entier est agité de plusieurs secousses courtes et rapides, après quoi tous les muscles entrent en contraction tonique. Cet état se propage au tronc, à la nuque, au visage, et pendant une minute environ le malade ressemble absolument à un tétanique en opisthotonos.
A ce moment, les douleurs atteignent une extrême intensité; le patient se cramponne aux barres de son lit et pousse des cris aigus ; cette crise dure environ une minute et demie. D'autres crises semblables se sont manifestées dans les heures précédentes, environ de dix en dix minutes. Dans les intervalles, la résolution musculaire est à peu près complète ; l'intelligence est à tout fait conservée.
Ces symptômes graves, suivant un refroidissement manifeste chez un homme atteint d'une blessure, pouvaient faire croire au début d'un tétanos; quant à l'élévation brusque de la température, elle s'expliquait naturellement par l'invasion d'une lymphangite.
Le traitement suivant fut institué : Le membre fut enveloppé d'une épaisse couche d'ouate maintenue par une bande, après avoir été au préalable frictionné largement et du haut en bas avec l'onguent napolitain belladone. A dix heures précises, on administre d'un seul coup trois grammes d'hydrate de chloral dans un demi-verre d'eau sucrée; un quart d'heure après, l'envie de dormir survient, mais le malade s'agite, divague, essaye de se lever et doit être maintenu de force dans son lit. Cependant le pouls est déjà tombé à 108, et la respiration à 22; un quart d'heure plus tard, 100 pulsations, respiration normale, sommeil profond.
A midi, réveil subit, trois crises en dix minutes, un peu plus courtes, un peu moins fortes. On redonne un gramme de choral; le patient retombe sur son oreiller.
A quatre heures, pouls à 96. Température rectale, 39 degrés; coma léger. Pupilles 1res contractées. Conjonctives congestionnées. Le malade a pris en tout 7 grammes de chloral. Ce médicament est suspendu jusqu'à nouvel ordre et ne sera repris qu'au cas où reviendraient des crises qui d'ailleurs paraissent avoir complètement cessé. Avant de quitter le patient, on le réveille doucement pour lui faire prendre un verre de tisane et une demi-tasse de bouillon.
A minuit, une crise, huitième gramme de chloral. A sept heures du matin, autre crise qui, du reste, fut la dernière, neuvième
gramme de chloral. — A neuf heures, 100 pulsations, 40 degrés dans le rectum; abrutissement profond. On peut cependant obtenir quelques réponses assez correctes mais lentes. Dixième gramme de chloral dans la journée. Le soir, le pouls et la température décroissent (96 pulsations ; température, 39°,1).
Le lendemain matin, G.,,, se réveille et mange avec plaisir. On découvre le membre. La rougeur a disparu autour de la plaie. Le ganglion n'est plus douloureux ; on ne trouve pas de trace de lymphangite, et l'on peut explorer le membre en tous sens sans provoquer la moindre crise. Pouls à 98, température à 37 degrés. L'affection semble guérie. En effet, deux jours plus tard le rétablissement était complet.
Exeat le 17. Reprise du service sans le moindre malaise jusqu'à ce jour (5 mai).
M. Verneuil ajoute : « Il n'est pas probable, d'après les antécédents recueillis plus tard et que nous avons consignés au début de ce récit, que l'on ait eu affaire à un vrai tétanos; il s'agissait plutôt d'une de ces dispositions particulières à certains sujets et en vertu de laquelle un même accident revient à propos des causes les plus variées.
» Il est vraisemblable que la lymphangite et surtout son frisson initial ont joué ici le rôle de cause déterminante, comme l'avait fait autrefois le frisson de la fièvre paludéenne. Néanmoins les crises convulsives antérieurement observées avaient été plusieurs fois aussi violentes peut-être, mais beaucoup moins durables, car elles disparaissaient toujours sans médication spéciale, par le seul fait de la cessation du frisson. Dans la crise récente, au contraire, nous avons vu les accès se répéter sans relâche, à courts intervalles, et avec une grande violence pendant les quatre heures qui ont précédé l'administration du chloral, et persister pendant vingt heures encore jusqu'à ce que 10 grammes du médicament eussent été ingérés. De sorte qu'il est difficile de dire ce qui serait advenu de ces accidents s'ils avaient été combattus plus lard avec moins d'énergie et à l'aide d'un médicament moins puissant. Ce fait démontre encore que l'ingestion, par la bouche, d'une dose qui n'est point excessive, suffit amplement à amener la résolution complète et le sommeil profond.
» Était-ce dans ce cas un tétanos ? Je ne puis l'affirmer d'une manière absolue, à cause des accidents tétaniformes que le malade avait à plusieurs reprises présentés dans des accès de fièvre intermittente1.
1. Je ne poserais plus aujourd'hui la question: je dirais simplement que la lymphangite a rappelé d'anciens spasmes d'origine palustre. — A.V. 1881.
Eu tous cas, je ne connais point de médicament qui, opposé à des spasmes semblables, agisse avec une pareille rapidité ; et, comme on a observé souvent que, dans le tétanos, l'état suraigu est presque toujours précédé d'une période bénigne durant deux ou trois jours, c'est, je le répète, dans cette période de début qu'il faut intervenir sans hésitation. »
INFLUENCE DE L'IMPALUDISME