Art. Rate, du Dict. de méd. en 30 vol
Quelques auteurs disent que la guérison est souvent annoncée par des crises : dépôt des urines, sueur abondante, diarrhée, perte utérine ou hémorrhoïdale, hématurie, épistaxis, urine épaisse et sédimenteuse (Grotanelli, de Haen), herpès labialis (Shœnlein), crises que nous n'avons pas eu l'occasion d'observer.
Diagnostic. — Le diagnostic n'est pas difficile : la douleur, la tuméfaction de la rate, la fièvre intermittente symptomatique, seront des signes précieux. L'ovarite s'en distinguera par le siège de la douleur, de la tumeur et par la fièvre ; de même pour le psoïtis, le lumbago. Van Swieten a signalé une erreur de de Haen qui avait pris une tumeur de la rate pour une pleurésie; l'égophonie, le siège de la douleur, la matité, la fièvre feraient éviter cette erreur.
La néphrite traumatique se rapproche davantage de la splénite traumatique par le siège de la douleur et la fièvre qui peut être aussi intermittente, mais on sera renseigné par les altérations de l'urine en quantité et en qualité.
Quant à la péritonite traumatique, le diagnostic différentiel ne sera pas difficile, à moins qu'elle ne soit partielle et localisée à la région splénique. Alors la fièvre sera le principal signe, avec les vomissements et la constipation. Souvent les deux affections existent ensemble, et leurs symptômes sont réunis; ce qui a fait dire, dans un certain nombre de cas, que la fièvre était continue avec exacerbation le soir.
Si le traumatisme a lieu chez un sujet qui, exposé à l'intoxication paludéenne, a déjà eu des accès de fièvre intermittente, le diagnostic peut être plus difficile, mais le traitement est le même.
Traitement. — Faut-il employer les antipériodiques? Tous les auteurs qui ont admis la fièvre intermittente symptomatique de la splénite traumatique, ou confondu ces deux affections, sont de cet avis; parmi les autres, quelques-uns conseillent le quinquina, si la fièvre revient par accès (Grisolle, Valleix, Besnier). M. Bouillaud le proscrit absolument. M. Pellier regarde la question comme douteuse. Je crois le sulfate de quinine, dans le cas de splénite traumatique aiguë, un excellent médicament; dans tous les cas où il a été employé, la durée de l'affection a été plus courte; il doit être prescrit à la dose de 50 centigrammes à 1 gr. 50, et on doit en prolonger l'emploi, non seulement jusqu'à ce que les accès de fièvre soient passés, mais encore jusqu'à ce que la tumeur splénique ait disparu et que la rate soit revenue à son état normal.
Les injections sous-cutanées, conseillées par M. Besnier, agiront certainement en calmant momentanément la douleur. Au sulfate de quinine ajoutons des révulsifs sur la région splénique (vésicatoires, ventouses scarifiées, sangsues, etc.) ou les topiques émollients et narcotiques. La diète, pas plus que les saignées générales, n'est employée aujourd'hui.
Un éméto-cathartique, un purgatif pour nettoyer les voies digestives, des boissons délayantes, constituent le reste du traitement.
CONCLUSIONS
La splénite traumatique aiguë n'est pas une affection très-rare; elle est caractérisée, au début, par une violente douleur, se faisant sentir aussitôt après la contusion, suivie parfois d'un frisson accompagné de chaleur et de sueur. Cette douleur, quelquefois très vive, le plus souvent sourde et obtuse, augmente par les mouvements, la respiration, la pression, la percussion ; ordinairement limitée à la région splénique, elle s'étend quelquefois à l'épaule gauche, à l'abdomen et même au membre inférieur gauche ; la rate est le plus souvent volumineuse. Les fonctions digeslives sont plus ou moins altérées. Le symptôme dominant consiste dans une fièvre intermittente symptomatique, presque toujours quotidienne, revenant par accès plus ou moins complets et réguliers, le soir ou la nuit.
Le traitement consiste dans un éméto-cathartique, des révulsifs à la région splénique, et le sulfate de quinine, de 50 centigrammes à 1 gr. 50 par jour.
Il semble résulter de l'observation IV que la splénite traumatique, en passant à l'état chronique, crée un état constitutionnel latent analogue au paludisme. En effet, nous y avons vu, après un traumatisme nouveau, les accidents siégeant loin de la rate prendre la forme intermittente.