TRAITEMENT
Si, comme j'en suis convaincu, la névralgie traumatique précoce peut disparaître d'elle-même après un certain temps, nul doute que de nombreux agents ne puissent en apparence en triompher. De prime abord et fort empiriquement, on oppose à la douleur les antiphlogistiques et les narcotiques, qui semblent efficaces ou du moins en atténuent la violence; mais il est des cas où ils échouent complète ment. Dans l'observation I, sangsues, émollients, opium, applications froides et chaudes, tout fut inutile. Le garde mobile blessé (obs. III) prit des doses énormes de morphine et inspira plusieurs fois du chloroforme jusqu'à anesthésie sans être délivré. A peine si lesvésicatoires morphines et le chloral soulagaientà la longue M. S... (obs. IX). Donc, dans les cas intenses ou rebelles, la médication rationnelle échoue fréquemment.
Le seul agent véritablement efficace, très promptement, et à peu près à coup sûr, est le sulfate de quinine, administré à doses convenables, à moments déterminés, et pendant un temps suffisant.
Il faut suivre ici les règles usitées dans le traitement des névralgies ou des fièvres intermittentes; ainsi il sera souvent nécessaire de prescrire préalablement un purgatif ou un éméto-cathartique s'il existe un état saburral ou delà constipation, ce qui n'est pas rare chez les opérés, du troisième au cinquième jour. L'omission de ce vieux et utile précepte peut faire échouer tout d'abord la médication quinique (obs. XIX, XXII). En revanche, l'éméto-cathartique peut suffire dans les cas légers et commençants, comme je l'ai vu chez une malade de trente-quatre ans que j'avais opérée d'un kyste de la mâchoire
NÉVRALGIES TRAUMATIQUES. 593
supérieure, et qui fut prise au quatrième jour d'insomnie, de malaise et de douleurs névralgiques nocturnes vives dans la moitié correspondante du visage.
La dose quotidienne variera entre 50 centig. et 1 gramme; il faut la continuer au moins trois jours et souvent plus chez les névropathiques invétérés, les paludiques, les rhumatisants. Le mal est plus rebelle en cas de lésion diphthéroïde concomitante.
Les récidives ne sont pas rares, mais elles finissent par céder.
Je n'entends pas dire qu'il faille à la moindre douleur secondaire donner la quinine, ni surtout la prescrire exclusivement; mais, pour peu qu'on croie à la névralgie, je ne vois aucun inconvénient à l'administrer, car en tout cas elle paraît agir favorablement sur la marche du processus naturel des plaies et modérer les fièvres chirurgicales.
Ce n'est pas d'ailleurs contre la douleur seulement que ce précieux médicament est utile; on l'a vu dans plusieurs de mes observations faire cesser rapidement la congestion, les hémorrhagies capillaires, les spasmes musculaires et jusqu'à des inflammations évidentes. Il y aurait un beau chapitre à écrire sur l'emploi du sulfate de quinine en chirurgie.
Je pense encore qu'il faut en même temps satisfaire aux différentes indications s'adressant aux causes multiples de la douleur : immobilisation de la région blessée, pansements rares, assainissement du foyer traumatique par les topiques appropriés, extraction des corps étrangers, etc. De même je ne me fais pas faute d'associer à la quinine, l'opium, le bromure de potassium, le chloral, les injections hypodermiques, puis à l'extérieur et pour modifier l'hyperesthésie locale, les émollients, les narcotiques, le camphre, les pulvérisations éthérées recommandées par Follin, les attouchements de la membrane granuleuse avec la solution de nitrate d'argent, etc.
Mais, en résumé, j'attends plus de l'antipériodique que de toute la pharmacie réunie quand le diagnostic de la névralgie secondaire est bien établi.
verneuil, m. — 38
APPENDICE
[Depuis la publication du précédent travail, j'ai observé bien des fois la névralgie traumatique précoce, et je puis affirmer que cet accident est beaucoup plus commun que je ne le croyais autrefois. Sauf une observation de névralgie du moignon après une amputation de la cuisse qu'on peut lire dans le tome II de mes Mémoires de chirurgie, p. 812, je n'ai point publié de nouveaux faits; à peine ai-je même pris le soin de recueillir ceux que j'ai observés. Je n'ai guère collectionné que les névralgies traumatiques d'origine palustre, qui seront comprises dans un travail en voie d'exécution.
Je ne reproduirai en ce moment qu'un certain nombre de notes inédites, puis des documents relatifs à des névralgies consécutives à des brûlures superficielles, variété à laquelle je faisais allusion en 1874, mais sans fournir des preuves à l'appui.
Comme autrefois, le sulfate de quinine m'a toujours donné d'excellents résultats. — A. V. 1882.]
Obs. XXIII. — Tumeur éredile de Vépaule. Névralgie secondaire au septième jour, avec hémorrhagie. Guérison par le sulfate de quinine l.
Madame M..., cinquante ans, robuste, bonne santé habituelle, arthritique, sans avoir jamais eu de rhumatisme articulaire aigu,, présentait dans la région sous-épineuse gauche une petite tumeur érectile datant de longtemps, et qui jusque vers la fin de 1874 était restée stationnaire. Sous l'influence de la ménopause, la tumeur se développa peu à peu et devint douloureuse. Plusieurs cautérisations avec le nitrate d'argent ou la potasse caustique, ne firent qu'accroître les souffrances et accélérer la marche du mal.
En avril 1875, la tumeur avait six centimètres de diamètre, et faisait une saillie d'environ un demi-centimètre au-dessus de la peau voisine. Elle présentait les caractères des tumeurs érectiles veineuses, mais offrait en un point de sa périphérie, dans l'étendue d'une pièce d'un franc, une ulcération épithéliale, ainsi que le démontra l'examen microscopique.
M. Verneuil enleva largement le mal avec le bistouri. La perte de