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Acad. de médecine, séance du 6 décembre

f)30 PALUDISME ET DIABÈTE.

L'argument n'aura de valeur que lorsque la recherche du sucre sera spécialement faite chez tous les hommes renvoyés dans leurs foyers pour cause d'intoxication tellurique invétérée. Jusque preuve contradictoire, les chiffres de M Burdel et les miens restent debout.

2° Chez quelques-uns de mes makides, le laps de temps écoulé entre les dernières manifestations paludiques et l'apparition du diabète a été si considérable, qu'il est difficile à M. L. Colin d'admettre que la glycosurie ait été produite par la malaria.

En effet, suivant lui, lorsqu'un malade reste un certain nombre d'années sans présenter d'accidents telluriques, fébriles ou larvés, on doit le croire délivré de son empoisonnement. S'il survient alors des symptômes simulant ceux des paludoses (qu'on me passe ce néologisme), on ne croira pas pour cela à un retour du paludisme, mais simplement à l'une de ces affections nerveuses ou fébriles plus ou moins périodiques qu'on observe assez souvent chez des malades vierges de toute intoxication tellurique.

L'argument visant certaines de mes observations, tendrait à faire croire que la glycosurie ou d'autres accidents intermittents que j'ai attribués au paludisme antérieur, ne sauraient lui être imputés parce que ce dernier datait de trop loin et que les patients en étaient depuis longtemps débarrassés. D'où la nécessité d'établir catégoriquement la nature paludique des accidents intermittents qui auraient précédé la glycosurie. C'est l'objet de la troisième réserve de M. L. Colin, qui critique à ce propos l'observation de M. Seegen que je croyais pourtant tout à fait inébranlable.

Les objections de M. L. Colin sont sérieuses. On ne m'en voudra pas de les discuter avec soin, bien qu'elles nous éloignent quelque peu du terrain circonscrit où je m'étais placé, pour nous jeter en plein champ du paludisme en général.

Il ne saurait y avoir entre nous la moindre dissidence sur l'importance extrême qu'il y a à établir avec la plus grande rigueur les rapports de cause à effet et les relations étiologiques et pathogéniques. Je ne reprocherai jamais à mon honorable argumenlateur de se montrer difficile sur ce point. Mais voici sur quoi nous différons, je crois, beaucoup.

M. L. Colin pense que les paludiques restés pendant quelques années indemnes de toute récidive, sont délivrés de l'intoxication et se trouvent dans les mêmes conditions que les sujets vierges de toute imprégnation tellurique.

Je suis d'un avis contraire.

J'estime que de toutes les intoxications le paludisme est la plus rebelle, la plus tenace, la pins indestructible, et que si latente qu'elle soit ou qu'elle paraisse, si prolongé qu'ait été son sommeil, elle peut toujours reparaître avec ses caractères typiques plus ou moins évidents sous l'influence de causes excitatrices ou provocatrices diverses, parmi lesquelles le traumatisme occupe probablement le premier rang.

Un des malades que j'ai cités, revenu d'Afrique depuis neuf ans, n'avait jamais eu en France de nouveaux accès fébriles. On l'opère : le lendemain, sans plus tarder, un paroxysme très-net se déclare. M. Léon Colin est un peu étonné de ce fait. Je me suis engagé à en citer d'autres plus surprenants peut-être; je vais tenir ma promesse.

Obs. I. — Un jeune homme d'une trentaine d'années vint me consulter vers 1868 à l'hôpital Laribohière pour un éléphantiasis du scrotum. Il avait habité le Brésil où il avait eu des fièvres intermittentes et était revenu en Europe depuis plusieurs années sans avoir ressenti le moindre malaise. Il semblait robuste et doué d'une excellente santé.

L'opération, faite d'après les règles qui sont adoptées dans les contrées où l'affection est commune, donna les meilleurs résultais primitifs et définitifs. Mais dès le second jour je vis s'allumer une fièvre intense que l'état local n'expliquait guère. Encore peu familiarisé avec les retours de la malaria, je crus à une fièvre traumatique ordinaire et dirigeai le traitement en conséquence. La forme nettement rémittente de la fièvre me mit sur la voie après le troisième accès. Je donnai de la quinine, qui dissipa aisément tous les symptômes.

Je ne puis dire exactement combien d'années s'étaient écoulées entre la dernière attaque de malaria et l'opération, mais l'intervalle avait été considérable.

Obs. II. — Dans le deuxième cas qui tomba sous mes yeux, le paludisme fut encore réveillé par une opé alion chirurgicale, non plus à la vérité en tant que paroxysmes fébriles, mais, ce qui est tout un, sous forme de névralgie périodique dont la malade ne souffrait plus depuis plusieurs années l.

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