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Obs. III. — A l'hôpital de la Pitié en 1875, je trouvai couché à la salle Saint-Louis, un homme de belle apparence et qui disait jouir d'une excellente santé. La veille, au milieu du jour, il s'était fait une fracture du péroné aussi simple que possible. Néanmoins le soir même, c'est-à-dire quelques heures à peine après l'accident, il avait été pris d'un accès de fièvre très violent et suivi de sueurs abondantes. Le matin à la visite, un peu de lassitude, mais apyrexie presque complète.

Ne pouvant expliquer une telle réaction, ni par un état pathologique coexistant et encore moins par le trauma qui était fort léger, je songeai à un rappel de fièvre intermittente.

J'appris aussitôt que cet. homme, actuellement âgé de trente ans, avait été soldat, qu'il avait eu la fièvre en Afrique, mais sans en être atteint de nouveau depuis son retour en France, qui datait de plusieurs années.

Je donnai le sulfate de quinine, qui en trois jours fit cesser complètement cette rechute fébrile 1.

Je reconnais que le terme de « plusieurs années » est assez vague; heureusement je possède des observations où les dates sont exactement notées.

Obs. IV. — En octobre 1880, je pratiquai l'ablation partielle de la langue chez un officier supérieur, d'une bonne constitution, manifestement herpétique, et depuis longtemps tourmenté par des névralgies faciales. En Afrique, puis au Mexique, il avait eu souvent les fièvres intermittentes pour lesquelles il avait dû largement user des préparations de quinquina. Depuis son retour en France en 1865, il n'avait jamais eu d'accès fébriles caractérisés. Avec ces antécédents, je m'attendais à voir l'opération ramener presque à coup sûr les accidents paludiques sous une forme quelconque.

Je ne fus pas trompé. Pendant les deux premiers jours tout se passa avec la plus grande simplicité. La troisième nuit, survint dans la plaie une douleur passagère mais très vive, avec écoulement de salive mêlée de sang.

La nuit suivante, à dix heures du soir, retour de la douleur, s'irradiant à la moitié correspondante de la face, avec une hémorrhagie faible encore, mais constituée par du sang pur.

On administra le sulfate de quinine à dose trop faible, aussi un nouvel accès, atténué il est vrai, se montra encore. Le sixième jour

1. Obs. déjà signalée dans la thèse de M. Moriez, et plus haut, p. 442.

on donna un purgatifle matin et un gramme de sulfate de quinine dans l'après-midi. Cette fois la névralgie, la congestion de la plaie et l'hémorrhagie cessèrent complètement.

Ici l'intoxication était donc restée 15 ans latente.

Obs. V. — Le 7 juin dernier entre dans mon service, salle Michon, n° 38, H..., maçon, âgé de quarante-quatre ans, robuste, d'une excellente santé habituelle, sobre et sans antécédents diathésiques.

Il est né dans un canton de la Creuse où la malaria est endémique, et trois fois au moins il a été atteint de fièvres quotidiennes. La dernière attaque remonte à 15 années au moins.

Le 6 juin 1881, H... tombe du haut de son échafaudage et se contusionne la région de l'hypochondre gauche. De plus, un fragment de verre pénètre dans la paume de la main et blesse une artère; d'où hémorrhagie considérable qu'on arrête avec un bandage compressif. Le lendemain, je lie les deux bouts du vaisseau blessé, et je prescris des bains antiseptiques deux fois par jour.

La plaie n'est le siège d'aucun accident, mais au bout de trois jours, le blessé m'apprend que depuis sa chute il est souffrant. Le premier soir, à dix heures, il a été pris d'un accès de fièvre bien caractérisé et rappelant tout à fait ceux qu'il a eus autrefois.

Retour de nouveaux accès la seconde et la troisième nuit.

La rate est légèrement tuméfiée et douloureuse à la pression.

Le sulfate de quinine fait tout cesser en deux jours.

Et je n'ai pas le privilège d'avoir seul observé des faits semblables. En voici un qui m'a été adressé en juin 1881 par M. Jacquemet, professeur agrégé à la Faculté de Montpellier.

Obs. VI. — Religieuse, quarante-cinq ans, cataracte double, grande anxiété avant l'opération, puis, pendant son cours, tremblement nerveux et sorte d'accès convulsif. L'extraction se fit cependant d'une manière très satisfaisante.

Le lendemain, accès de fièvre intermittente, et du côté de l'œil opéré, douleur et congestion; l'issue de l'opération parut fort compromise. On apprit alors que la malade, étant dans la Camargue quinze ans auparavant, avait contracté des fièvres intermittentes dont les accès s'étaient prolongés pendant plusieurs mois.

Le sulfate de quinine fut administré aussitôt; l'accès du lendemain revint néanmoins, mais plus modéré. Le traitement quinique

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l'ut continué, les accès finirent par disparaître et les suites de l'opération furent heureuses.

Huit mois plus tard (novembre 1879), l'autre œil fut opéré. On avait eu soin d'administrer préventivement la quinine, et aucun accident immédiat ne survint. On jugea à propos de suspendre la médication antipériodique quatre jours après l'extraction. Dès le lendemain, un accès survint, qui força à reprendre la quinine. Le résultat opératoire fut excellent.

Obs. VII, VIII, IX, X, XI, XII, XIII. — Dans une thèse fort intéressante1 et dont les matériaux ont été recueillis à Alger par un des internes de l'hôpital civil, M. Taïeb oulcl Morsly, on pourra lire plusieurs observations dans lesquelles une blessure réveilla une fièvre intermittente disparue depuis un assez grand nombre d'années : plus de vingt ans (obs. IV), vingt ans (obs. IX), une dizaine d'années (obs. X), cinq ans (obs. XIV et XV), huit ans (obs. XVII), six ans (obs. XVIII). Et si l'on conservait quelques doutes sur la nature de ces fièvres intermittentes de retour, ils se dissiperaient à la seule inspection des courbes thermométriques.

M. Colin m'a objecté que peut-être la fièvre survenue chez mes patients n'était qu'une fièvre traumatique. L'observation XVIII de M. Taïeb lève toute hésitation à cet égard.

Il s'agit d'une femme qui, battue par son amant, reçut plusieurs coups de couteau qui déterminèrent une hémorrhagie immédiate abondante. La fièvre apparut le jour même et resta continue pendant deux jours. Voilà, si l'on veut, de la fièvre traumatique. Mais au troisième jour, apyrexie complète, et ensuite quatre accès de fièvre tierce. Évidemment, cette fois, c'était bien le paludisme qui reparaissait. Vers le dixièmejour, un érysipèle part d'une des plaies. Cette complication diminuant la force de résistance du sujet, les accès fébriles prennent le type quotidien, qu'ils conservent pendant toute la durée de l'érysipèle pour disparaître avec lui.

Le sulfate de quinine avait été administré dès le premier jour, mais l'intoxication profonde de la malade l'empêcha d'agir sur la fièvre avant la guérison des plaies et de l'érysipèle.

Le fait le plus curieux de ce genre est sans contredit celui que vient de me communiquer un de mes anciens et meilleurs internes, le docteur Ch. Leroux :

1. Contribution à l'étude du paludisme dans ses rapports avec le traumatisme. Thèse de Montpellier, 1881. Voy. plus loin, un long' extrait de ce travail, p. 675.

Obs. XIV. — Fièvre intermittente à l'âge de deux ans; santé parfaite pendant quarante ans; rupture d'un phimosis; hémorrliagie; inflammation légère: accès de fièvre intermittente bien caractérisée cédant aisément au sulfate de quinine.

M. L..., quarante-deux ans, d'une bonne constitution et d'une santé excellente, se déchira, dans la nuit du 21 novembre dernier, un phimosis congénital. Il en résulta une hémorrhagie qu'on arrêta avec la glace et la compression. Le lendemain, prépuce gonflé, rouge, douloureux, avec suintement séro-purulent. Les bains locaux et les injections sous-préputiales firent cesser peu à peu les phénomènes inflammatoires.

Le cinquième jour, l'état local était excellent, mais M. L..., se plaignit d'être incommodé tous les soirs depuis trois jours. Vers huit heures, survenaient des frissons durant dix à quinze minutes, suivis d'une chaleur intense et enfin de sueurs se prolongeant jusqu'à minuit.

Ces accès se rapportant nettement à la fièvre intermittente, l'interrogatoire fut dirigé du côté des antécédents morbides. M. L..., n'avait jamais rien eu de semblable à Paris, mais il était né dans un village de la Haute-Vienne où les fièvres intermittentes ne sont pas rares. A l'âge de deux ans, il avait été atteint lui- même d'accès bien caractérisés qui avaient résisté assez longtemps au traitement. Depuis il avait quitté ce pays et n'avait plus eu d'accès intermittents.

On prescrivit aussitôt soixante centigrammes de sulfate de quinine qui n'empêchèrent pas complètement l'accès de ce jour; après une seconde close, la fièvre cessa définitivement.

La déchirure préputiale se cicatrisa sans encombre.

Mon élève et ami le docteur L.-H. Petit, sous-bibliothécaire à la Faculté de médecine, a observé le rappel, sous la forme névralgique, d'un paludisme très ancien et latent depuis une vingtaine d'années.

Obs. XV. —M. G..., quarante ans, né en Hollande dans une région palustre, mais n'y ayant jamais eu de fièvre, de constitution arthritique, comme l'indique la déformation du gros orteil connue sous le nom d'oignon, fut pris vers l'âge de vingt ans, à Marseille, d'une fièvre pernicieuse grave, à accès quotidiens, pour laquelle il prit une quantité considérable de quinine. Depuis, sa santé fut toujours excellente, à tel point qu'il fit à peu près le tour du monde en plusieurs années, sans la moindre indisposition.

En décembre 1876, à Bordeaux, il fit une chute et se cassa le péroné un peu au-dessus de la malléole. M. le professeur Azam mit

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un appareil inamovible, et bientôt le blessé put revenir à Paris. Il fut pris alors au siège de la fracture d'une douleur vive revenant toutes les nuits, sans fièvre bien caractérisée, et qui fut combattue sans succès par tous les narcotiques intûs et extra. Seules, des pilules de sulfate de quinine et d'opium avaient procuré quelque soulagement.

M. Petit, qui vit alors le malade, un mois environ après l'accident, mis sur la voie par le retour périodique des douleurs, s'enquit des antécédents, et confirmé dans sa prévision par le récit du malade, administra d'abord un éméto-cathartique, puis le sulfate de quinine à la close d'un gramme par jour, à prendre vers quatre heures de l'après-midi. La douleur spontanée diminua peu à peu, mais ne disparut complètemant qu'au bout de plus d'un mois.

Dans l'intervalle des accès, la pression au niveau du siège de la fracture était à peine douloureuse.

[Depuis ma communication à l'académie, j'ai reçu plusieurs faits inédits, que je reproduis ici.]

Obs. XYI. — Paludisme latent pendant deux ans. Fracture de jambe compliquée de plaie. Retour de fièvre intermittente au 16e jour. Guérison par le sulfate de quinine*.

BachirB. S., vingt-cinq ans, homme de peine, entré le 7 novembre 1881 à l'hôpital militaire de Philippeville, a travaillé dans la plaine du Saf-Saf, éminemment palustre. Première atteinte de malaria en 1878, sous forme d'accès fébriles tierces, ne cédant qu'au bout de 6 semaines environ à des doses assez massives de quinine. Seconde atteinte en 1879, également disparue au bout de deux mois par l'usage de la quinine.

Depuis le mois de novembre 1879, débarrassé de ses fièvres, rentré clans Philippeville où il n'était plus exposé aux émanations telluriques, Bachir est pris, le 7 novembre 1881, entre deux roues de voiture. Il en résulte une fracture compliquée de la jambe gauche, à la partie moyenne, avec déchirure de la tibiale antérieure, hémorrhagie, épanchement sanguin dans le foyer, et suppuration de ce foyer qui, grâce au pansement phéniqué, a été extrêmement légère.

Les quinze premiers jours, apyrexie presque complète malgré l'étendue des lésions ; appétit conservé, état général excellent.

Le 23 novembre au soir, long frisson suivi de chaleur et de sueur;

1. Observation communiquée par M. le Dr Véron, aide-major de lre classe à l'hôpital militaire de Philippeville (Algérie).

on cherche dans l'état local l'explication de celte fièvre. Mais le foyer suppure bien et présente un aspect excellent.

Le lendemain matin 24, apyrexie : T. 37. Le soir, nouvel accès T. 39° -4. Il s'agissait donc d'un réveil de fièvre sous l'influence du traumatisme.

Le 25, on prescrit 1 gramme de sulfate de quinine.

Les accès reviennent pendant quinze jours d'une façon un peu irrégulière, tantôt quotidiens et tantôt tierces. Le malade prend 15 grammes de sulfate de quinine en 15 doses et le 10 décembre le mouvement fébrile était complètement éteint.

Au commencement de janvier 1882, le malade touchait à la guérison.

Obs. XVII — Touchard, vingt-neuf ans, épicier, né à Paris de parents encore vivants et bien portants. Bonne santé habituelle; pas de maladies antérieures sérieuses, point d'antécédents scrofuleux, rhumatisants ou syphilitiques.

Septembre 1877, entrée au service militaire en Algérie, province de Constantinc.

Mai 1878, première atteinte de fièvre; accès tierces, qui après l'emploi du sulfate de quinine deviennent hebdomadaires et ne cessent complètement qu'en septembre, avec le commencememt de la saison des pluies.

Juin 1881. — Chute de cheval, blessure à la tête; les accès reparaissent, mais en dépit du sulfate de quinine persistent pendant quinzejours jusqu'à la cicatrisation delà plaiede tète.

12 Janvier 1882. — Coupure au niveau de l'éminence thénar avec un morceau de verre; abcès consécutif, adénopathie axillaire. Les accès se montrent de nouveau tous les deux jours, mais à des heures irrégulières 4.

Obs. XVIII. — Fracture simple de la jambe. Rappel de fièvre intermittente après xingt et un ans d' 'intermission.

MmeE.., quarante-deux ans, haute taille, forte constitution et excellente santé ordinaire. Fracture bi-malléolaire de la jambe droite le 18 janvier 1882. L'accident ayant eu lieu à la maison même, la blessée se couche aussitôt et applique des compresses résolutives.

Le lendemain je constate une déformation nulle, une mobilité anormale peu considérable, un gonflement médiocre, des douleurs

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