‹ Mémoires de chirurgieChapitre 192 sur 209 · Séance de l'Académie de médecine du 20 décembre · texte numérisé non relu

Séance de l'Académie de médecine du 20 décembre

une discussion qui s'est élevée entre nous, mais plutôt un tournoi fort agréable pour ceux qui y ont pris part.

Je dois en commençant m'excuser d'avoir laissé dans mon historique deux lacunes que je tiens à combler.

M. Liégey, qui a tant écrit sur les affections palustres, mais souvent dans des recueils peu répandus, a communiqué en 1874 à la Société de médecine pratique de Paris, une observation très intéressante dans laquelle le diabète est survenu chez un enfant venant de la Sologne et ayant eu la fièvre intermittente comme les sujets observés par M. Burdel *.

Une petite fille de quatre ans et demi, atteinte de diabète sucré depuis neuf mois, habitant la Sologne depuis sa naissance, était venue depuis huit jours à Choisy-le-Roy, d'après le conseil de son médecin, dans le but de changer d'air. Avant la constatation du sucre dans son urine, elle n'avait jamais eu de maladie grave, ni eu autre chose que des accès de fièvre, peu durables mais assez fréquents. En même temps que se manifestait le sucre, bien des fois constaté, les accès de fièvre ou les paroxysmes de cette fièvre (car elle finit par devenir continue) allèrent en augmentant de fréquence; il y avait de la soif vive, quelquefois exagération de l'appétit, qui dans les derniers temps au contraire, fut presque aboli; il se produisit des abcès sur diverses parties, un amaigrissement et un affaiblissement progressifs.

Parmi les moyens employés, se trouvaient le sulfate de quinine, le quinquina et le pain de gluten, dont elle mangeait fort peu et avec une grande répugnance.

Le pouls est fréquent et petit, la peau sèche, le ventre gros, dur et tympanisé, et tellement douloureux qu'on remet à plus tard l'examen des organes abdominaux. Malheureusement la petite malade mourut dans la nuit. On avait pu se procurer dans la journée de l'urine qui fut examinée par M. Liégey.

Sans le moindre dépôt, et aussi limpide que de l'eau filtrée, elle a une teinte très faiblement jaunâtre ; elle rougit le papier de tournesol; mise dans un tube de verre avec de la potasse caustique, et chauffée jusqu'à ébullition à l'esprit-de-vin, elle prend rapidement une coloration caramélée prononcée; quelques gouttes d'acide nitrique la rendent blanche comme du lait. Cette urine contient donc en même temps du sucre en forte proportion et de l'albumine.

Liégey, Bull. soc. de méd. prat., 187-4, p. 166.

€46 PALUDISME ET DIABETE.

Parmi les remarques judicieuses dont il fait suivre ce cas et qui îendent à démontrer que le diabète sucré a eu, dans le cas précédent, pour cause principale la perturbation nerveuse née de l'influence paludéenne, nous trouvons encore la mention de plusieurs cas analogues.

« Dans l'automne de 1873, dit-il, j'ai visité dans son bateau, amarré pour un jour au bas de Choisy-le-Roi, un pauvre homme qui y passait les nuits comme les jours en conduisant du Berri à Paris des cargaisons de sable blanc. Agé de quarante-cinq ans environ, cet homme, à l'aspect cachectique, était atteint de dyspnée et de douleurs articulaires des membres. En l'examinant, je remarquai à ses extrémités un peu œdémateuses de larges taches ecchymotiques ressemblant à celles du scorbut ou du purpura, et aux gencives un état ayant également l'aspect scorbutique. Voulant reconnaître l'état de l'urine, et notamment voir si elle était albumineuse, mais n'ayant ni tubes ni réactifs sur moi, je fis mettre sur le poêle de la cabine une assiette contenant de ce liquide. Par mégarde, il fut répandu sur ce poêle incandescent et l'étroite cabine se trouva remplie d'une vapeur ayant, d'une manière très prononcée, l'odeur du sucre brûlé, comme je le constatai moi-même. Questionné au sujet de ses antécédents, le malade me dit avoir eu fréquemment la fièvre intermittente.

» Je crus pouvoir rapporter la maladie actuelle à la fréquente répétition de la fièvre paludéenne, et aux mauvaises conditions hygiéniques (nourriture défectueuse, constant séjour nocturne dans l'étroite et humide cabine, etc.), soit que je considérasse celte maladie comme une glycosurie à expressions scorbutiques, soit que j'en fisse un scorbut donnant lieu à la glycosurie.

» En Lorraine, au voisinage des montagnes des Vosges, où, comme je l'ai montré tant de fois, les pyrexies et les affections nerveuses à type périodique sont souvent si communes, j'ai vu, chez deux malades de forte constitution dont il est parlé dans mes notes sur l'érysipèle à quinquina (Journal de la Soc. roy. des sciences méd. et nat. de Bruxelles, 1863-1864), se produire en même temps- que des perturbations névralgiques et des affections dermatosiques fébriles, du sucre dans les urines *.

1 . La présence du sucre dans l'urine de ces malades n'est pas notée dans les observations, M. le Dr Liégey, par un scrupule honorable sans doute, mais qu'on ne peut s'empêcher de regretter, n'osant pas alors examiner aussi souvent qu'il l'aurait voulu, les urines de ses clients, dans la crainte de passer pour un médecin à urines, nom donné à des charlatans qui à cette époque exploitaient en grand la contrée où il exerçait.

» L'un de ces malades, jeune encore, succomba à la gangrène d'un membre inférieur, gangrène que j'aurais sans doute qualifiée de glycosurique si, à cette époque, j'eusse eu connaissance des beaux travaux du regretté Marchai (de Calvi) sur le diabète. »

La seconde lacune concerne la thèse de M. Redon Sur le diabète sucré chez les enfants '. L'auteur, dans plusieurs points de son travail, cite des faits dans lesquels la fièvre intermittente précéda le diabète, et émet la conclusion suivante : « Les fièvres intermittentes paraissent une cause non douteuse de diabète. » (P. 68.)

Le premier fait donné par M. Redon comme exemple de diabète consécutif aux fièvres intermittentes est emprunté au Dr Macyntire2. Mais ce cas est fort douteux. On n'y trouve en effet, dans les antécédents, que la mention suivante :

« Le père de cette enfant., qui avait fait quelques études médicales, m'apprit, dit l'auteur, qu'elle avait été traitée pendant cinq semaines pour une sorte de fièvre rémittente, mais ce cas n'était pas bien défini et avait résisté aux remèdes ordinaires, parmi lesquels le mercure, sous forme de poudre grise, était d'un fréquent emploi ».

La malade finit par succomber. Trois jours avant la mort, elle se plaignit pour la première fois de douleurs dans l'hypochondre gauche, mais on ne rechercha pas l'état de la rate; d'ailleurs, cet organe fut trouvé, à l'autopsie, a petit, facilement déchirable » et l'estomac présentait une perforation communiquant avec la plèvre gauche et capable d'expliquer la douleur observée avant la mort. Tous ces détails ne nous permettent donc pas d'admettre que le diabète avait eu dans ce cas la fièvre intermittente comme cause.

Le second fait est le suivant. (Obs. IX. de la thèse, p. 25.)

Cataracte diabétique chez un enfant de quinze ans, précédé* d'accès de fièvre intermittente, et envahissant successivement les deux yeux après le début du diabète — Opération par abaissement. — Mort.

X..., âgé de quatorze ans et demi, né à Saint-Just (Loire), vient dans le service de Bouvier ? l'hôpital des enfants en 1857-1858.

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