Communiquée par M. Védrènes
2. Ce n'est pas la première fois qu'on observe des accès de fièvre succédant à des cathétérismes plus ou moins difficiles, chez d'anciens paludiques atteints d'affections chroniques des voies urinaires. Cela devrait bien engager les chirurgiens qui observeront à l'avenir la fameuse fièvre intermittente uréthrale, à s'inquiéter des antécédeuts de leurs malades en ce qui concerne une intoxication tellurique antérieure. Au reste nous reviendrons plus tard sur l'hybrité paludo-ur maire.
Castration; réunion par première intention. — Fièvre intermittente le troisième jour. — Guérison par le sulfate de quinine1.
Le 14 mai 1881, N. Léopold, boulanger, trente-cinq ans, entre à l'hôpital pour une affection pulmonaire caractérisée par des hémoptysies, des sueurs nocturnes et une toux opiniâtre. Cependant l'état général est bon ; les forces et l'appétit sont conservés. Le malade n'a aucun antécédent de famille. Père mort à quarante trois ans,' à la suite d'une amputation ; mère morte à trente trois ans, d'une maladie de peau. Ni l'un ni l'autre n'ont eu aucune affection pulmonaire ; deux soeurs et un frère en bonne santé. Ancêtres morts à un âge très avancé.
N., habitant l'Algérie depuis vingt et un ans, a contracté la lièvre intermittente à type quotidien, il y a onze ans; point d'accès depuis plus de trois ans.
Depuis trois mois et demi, après plusieurs refroidissements, toux fréquente et hémoptysies; au début, pas d'état aigu, pas de fièvre, pas de point de côté; la toux semble due à la fatigue. Une tumeur s'est montrée au testicule gauche, quelque temps avant le début de la maladie de poitrine. Elle a insensiblement grossi et atteint le volume d'un œuf de poule ; elle est sensible à la pression et non transparente; douleurs irradiées jusque dans le bas-ventre. Il y a quatre ans, blennorrhagie suivie d'une orchite du même côté.
L'examen de la poitrine démontre au sommet droit, en avant et en arrière, une submatité, une respiration rude et soufflante; quelques râles à la base ; rien à gauche.
On diagnostique des tubercules du testicule ; on propose la castration qui est pratiquée, le 8 mai 1881, par M. le professeur Bruch. Le cordon spermatique est lié en masse; au-dessous de cette première ligature, quatre fils croisés à angle droit dans l'épaisseur du cordon permettent de faire des ligatures partielles; le cordon est sectionné au-dessous. Réunion de la plaie par quatre sutures, dont l'une intéresse le cordon pour l'empêcher de remonter; drain dans la plaie; pansement antiseptique.
Le surlendemain, réunion par première intention; pas une goutte de pus, ni dans la plaie, ni dans le drain. On ôte deux sutures, et on raccourcit le tube. Nouveau pansement antiseptique. Pansements et opération sous le nuage phéniqué. Les pièces de pansement sont trempées dans l'eau phéniquée au vingtième.
Journée du 29 bonne. Sulfate de quinine 1 gramme, à cause des antécédents paludéens.
1. Communiquée par M. Arnavon, interne à l'hôpital civil d'Alger.
Le 30 à 5 heures du soir, violent accès de fièvre durant toute la nuit, et présentant tous les stades d'un accès paludéen; température 39° 8.
Le 31, l gramme de sulfate de quinine; accès à cinq heures du soir, moins long que celui de la veille; température 39.
Le 1er juin, sulfate de quinine 1 gramme ; le soir, accès à 5 heures, accompagné de délire violent qui dure une partie de la nuit; T. 39° 8.
Le 2, on renouvelle le pansement : pas de pus; réunion complète. Le drain est raccourci. Sulfate de quinine 1 gramme. Journée et nuit très bonnes; fièvre vers le soir, T. 39°4; pas de douleurs, rougeur érythémateuse autour de la plaie ; léger embarras gastrique ; sulfate de soude 30 grammes.
Le 3, accès de fièvre le soir. T. 39°6.
Le 4, plaie complètement réunie; la rougeur s'est accrue et tend à devenir érysipélateuse.
On enlève les sutures qui restent, et on supprime le drain, qui n'a plus que 2 centimètres de long; lavage delà plaie avec l'eau phéniquée faible; pansement occlusif simple. Pas de fièvre; 75 centigrammes de sulfate de quinine.
5. Journée bonne, ni fièvre ni douleur ; l'état gastrique s'est amendé. Le malade commence à se lever. Même dose de quinine.
6. État général et local excellent. On trouve dans le pansement quelques gouttes de pus provenant du pédicule. L'orifice de passage du drain est complètement fermé. On cesse les pansements et la quinine.
Les accès fébriles reparaissent dans la soirée des 12, 4 3, 15 et 16 juin. On reprend la quinine dès le premier accès. Quatre doses d'un gramme suffisent.
Depuis lors, la fièvre n'a pas reparu. Le malade, guéri de l'opération, est évacué sur une salle de médecine, où il reste en observation pour son affection pulmonaire.
Obs. IV — Paludisme latent depuis plus de 20 ans. Abcès des parois abdominales; ouverture et drainage. Retour de la fièvre sous le type tierce. Hypertrophie douloureuse du foie et de la rate. Sulfate de quinine. Guérison.
J. F., 33 ans, ménagère, née au Maroc, réglée à 10 ans, mariée à 12, de bonne constitution, habite Alger depuis 5 ans. Quatre enfants dont trois vivent encore ; fausse couche précoce, il y a 6 mois.
Dans la jeunesse, au Maroc, fièvres intermittentes à type tierce,
gardées plusieurs années et disparues sans médication quinique.
Insomnie continuelle depuis un mois.
Il y a quinze jours, la malade, étant au bain maure et s'étant lavée à l'eau froide aussitôt après la sortie de l'étuve, sentit au niveau de l'ovaire gauche une douleur assez vive qui est allée toujours en augmentant. En même temps, constipation, inappétence, bouche nauséeuse.
10 juillet 1881, entrée à l'hôpital. Tumeur commençant au niveau de l'épine iliaque antéro-supérieure gauche, et finissant à 1 ou 2 centimètres de l'ombilic; elle est douloureuse à la pression, fluctuante et chaude.
On retire du vagin un vieux pessaire placé depuis 3 mois pour soutenir la matrice.
Cataplasmes laudanisés sur la région hypogastrique ; 125 grammes de vin de quinquina; potion avec 2 grammes de chloral.
Le 11, ponction avec l'appareil Dieulafoy : issue de 400 grammes d'un pus fétide à odeur alliacée, jaune verdâtre et bien lié. Lavages à l'eau phéniquée au 40e. — Nuit agitée; plaintes qui ne cessent qu'avec le jour.
Le 13, contre-ouverture et drainage; issue d'un litre de pus aussi infect que le premier, mais moins jaune et moins épais. La malade est manifestement soulagée, plusieurs lavages phéniqués dans la poche; drain à demeure; autant que possible, décubitus sur le côté malade pour faciliter l'écoulement du pus.
Le 14, accès fébrile intense vers 10 heures du matin. Température 39° 3; 130 pulsations. 1 gramme de quinine.
La rate, douloureuse à la pression, dépasse de deux travers de doigt le rebord des fausses côtes.
Le foie ne semble pas hypertrophié.
Le 15, nuit bonne, sommeil moins agité. Potion calmante, vin de quinquina. On supprime la quinine. Huile de ricin, 30 grammes.
Le 16, la fièvre, revenue vers dix heures du matin, a duré jusqu'à cinq heures du soir. T. 39° 5; pouls 130. Sulfate de quinine 1 gram. vin de quinquina, 125 grammes.
Le 17, pas de fièvre. L'écoulement du pus a beaucoup diminué F... a passé une bonne nuit; elle est contente et demande à manger.
Le 18, pas de fièvre.
Le 19, la fièvre est encore revenue, avec les trois stades habituels, vers une heure de l'après-midi, mais moins forte qu'au dernier accès. T. 38° 9, pouls 100.
Le 20, pas de fièvre, la malade se lève.
Lavages phéniqués au 40° plusieurs fois par jour; vin de quinquina; sulfate de quinine, 1 gramme.
Le 21 et le 22, pas de fièvre, l'appétit revient.
Le 23, la fièvre reparaît, mais beaucoup moins intense, 38° 2. On continue le traitement quinique pendant une semaine.
F... sort le 31 juillet, complètement guérie de son abcès et de sa fièvre. La rate a repris sa place normale et ne dépasse plus le rebord des fausses côtes.
Obs. V. i — M. X... volontaire, 18 ans, nerveux, bien constitué, habitant Marmande (Lot-et-Garonne) et ayant eu déjà plusieurs atteintes de fièvre paludéenne, entra à l'hôpital militaire de Toulouse pour un phimosis congénital.
L'opération fut faite par la simple incision dorsale.
Tout se passa sans le moindre accident; mais le soir, X... fut pris de frissons et de tremblement, préludes d'une fièvre qui dura 24heures en passant par les phases de l'accès intermittent ordinaire, et se reproduisit le lendemain, vers la même heure que la veille.
Le sulfate de quinine en fit promptement justice, et la plaie, qui n'avait rien offert d'anormal, guérit dans le temps ordinaire.
Obs. VI2. — M. M... polytechnicien, 24 ans, nerveux, sujet aux migraines, fut atteint d'oreillons doubles en mars 1881. Il guérit au bout de quinze jours, sans orchite.
Il rentre le 22 mai à l'infirmerie pour accès de fièvre intermittente et névralgie sous orbitaire droite à type quotidien; les accès cèdent au sulfate de quinine. Restait la névralgie, liée à la carie de la deuxième molaire supérieure droite, laquelle fut extraite le 9 juin.
La nuit suivante survint un violent accès de fièvre, suivi d'autres accès quotidiens, avec agitation et crampes aux jambes, point de départ d'un étatnévropathique qui détruisit toute aptitude au travail intellectuel et nécessita un congé de convalescence.
Obs. VII. — Paludisme ancien, latent depuis un an; ouverture d'un abcès ossifluent; hypertrophie douloureuse de la rate. Retour de la fièvre le lendemain; sulfate de quinine. Guérison.
Belkassen ben Amar, journalier, 24 ans, né à Djidjelli (départe-