‹ Mémoires de chirurgieChapitre 26 sur 209 · Ann. d'hyg. publ. et de méd. lég., 1832, t. VII, p · texte numérisé non relu

Ann. d'hyg. publ. et de méd. lég., 1832, t. VII, p

ou indirecte que celles-ci ont pu exercer sur une terminaison si promptement funeste. » Or c'est là une détermination qu'il n'est pas toujours aisé de faire d'une manière absolue ; et les éléments du diagnostic varieront suivant chaque cas particulier.

Si les lésions sont très légères, il est probable que ce n'est pas à elles qu'il faut attribuer la mort, surtout si l'on trouve en même temps : congestion cérébrale intense, hydropisie des ventricules ou de la pie-mère, congestion pulmonaire, sang noir, poisseux et liquide dans les cavités droites du cœur, odeur alcoolique du cerveau, et des liquides renfermés dans l'estomac : toutes les probabilités seront alors en faveur de la mort par ivresse. Il en est encore de même, si, avec un traumatisme léger, il y a apoplexie cérébrale, méningée ou pulmonaire; toutefois nous verrons à propos du pronostic, que, dans ces cas, il ne faut pas toujours exonérer la lésion, malgré son peu de gravité.

Si la lésion chirurgicale qu'on observe est très importante, il faut au contraire tenir peu de compte des signes nécroscopiques de l'ivresse : celle-ci n'a dû jouer, en effet, qu'un rôle secondaire dans le mécanisme de la mort.

Il y a néanmoins des circonstances dans lesquelles l'examen anatomique ne suffit pas. M. Tourdes rapporte un fait de ce genre : la mort avait suivi une blessure du crâne; une accusation de meurtre était formulée ; mais on prétendait que la mort avait eu lieu sous l'influence de l'ivresse. L'analyse chimique du liquide stomacal et du sang n'ayant dénoté aucune trace d'alcool, l'auteur crut pouvoir en conclure, d'une façon absolue, qu'il n'y avait pas eu ivresse, et que, par conséquent, la mort n'avait pu en être le résultat.

Enfin il est des cas tout à fait embarrassants ; nous voulons parler de ceux où les deux causes de mort sont réunies sans prédominance marquée pour aucune d'elles; il est très difficile alors d'asseoir son jugement, et nous pensons qu'il est prudent de se renfermer dans une sage réserve.

Pronostic. — Gravité de certaines blessures chez l'homme ivre. — Apoplexie cérébrale, méningée, pulmonaire. — De la résolution musculaire et des luxations. — L'ivresse éclamptique; ses dangers. — Des effets consécutifs de l'ivresse au point de vue du traumatisme.

Si les proverbes avaient cours forcé dans la science, nous pourrions nous confier au Dieu des ivrognes en ce qui concerne le pronostic des lésions traumatiques survenant pendant l'ivresse. Mal-

heureusement cette providence tutélaire se trouve bien souvent en défaut; et si dans quelques cas, grâce à la résolution musculaire, l'homme ivre peut supporter, sans trop de dégâts pour sa personne, des chutes ou autres accidents dangereux, une étude plus attentive des faits permet de donner tort au dicton et d'affirmer que l'état d'ivresse est pour le traumatisme la source fréquente des plus graves complications. Tous les auteurs qui se sont occupés de l'alcoolisme sont d'ailleurs unanimes sur ce point.

Rœsch 1 dit « qu'une chute, un coup, notamment sur la tête, ou une lésion mécanique quelconque, même fort légère, peut, si le sujet est ivre, donner lieu à de véritables complications, telles qu'une apoplexie ou une hydrencéphalie mortelles en peu de jours. » Dans les cas de mort rapide survenant pendant l'ivresse, on trouve toujours, en effet, soit de la congestion, soit de l'apoplexie; tantôt c'est l'encéphale, tantôt c'est le poumon qui en est le siège. Quand il n'y a que congestion, elle a été surtout passive; elle est résultée de la suspension plus ou moins brusque des fonctions nerveuses sous l'influence immédiate de l'alcool; elle se retrouve alors dans les principaux organes splanchniques, principalement dans les poumons et le foie. L'apoplexie peut avoir lieu aussi spontanément : elle n'est alors qu'un effet exagéré de la congestion même, ou bien elle dépend d'une altération vasculaire; souventles deux causes concourent â la produire. Cependant il nous semble que l'apoplexie serait bien moins fréquente si les sujets n'étaient pas exposés aux chutes, aux coups et violences diverses qui jouent alors vis-à-vis de la complication le rôle de causes occasionnelles.

On s'explique dès lors pourquoi les auteurs diffèrent sur l'interprétation du mécanisme ordinaire de la mort chez les individus ivres. Tout dépend des conditions particulières dans lesquelles ils ont observé. C'est ainsi que M. Devergie 2 assigne à la mort par ivresse les caractères suivants : « le cerveau, les poumons et le cœur, sans souffrir d'altération locale limitée, circonscrite, présentent au contraire un état de plénitude vasculaire, tant des vaisseaux des membranes du cerveau que des principaux troncs vasculaires veineux qui se rendent au cœur, ainsi qu'une coloration rouge ou rouge brique plus ou moins foncée du tissu pulmonaire. »

M. Tardieu 3, dans un rapport sur le même sujet, dit que l'on peut aller plus loin et conclut ainsi qu'il suit : « dans la mort survenue

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