‹ Mémoires de chirurgieChapitre 31 sur 209 · J. Cyr, Traité de V alimentation, p. 514. Paris · texte numérisé non relu

J. Cyr, Traité de V alimentation, p. 514. Paris

ALCOOLISME ET TliAUMiATiSWF. 135

quelques petits verres, et avala d'un trait tout le contenu de la bouteille. Le lendemain matin on eut de la peine à le réveiller; puis, quand les fumées de l'ivresse furent évanouies, le malade accusa une amélioration générale très marquée qui ne fit qu'augmenter à partir de ce jour, jusqu'à la guérison complète, laquelle fut néanmoins assez longue à s'établir

L'autre cas m'a été rapporté par un médecin italien, qui en a été le sujet à Paris. Il est identique au précédent, sauf qu'au lieu de vin de quinquina, c'est une bouteille de vin de Bordeaux qui fut ingurgitée non pas dans un léger accès de délire, mais pour amener l'ivresse, et ainsi ne pas se voir mourir, comme disait le malade ».

Nous ne prétendons pas que l'on doive tirer de ces deux faits une règle générale de conduite pour les cas du même genre; mais si nous étions en présence d'une de ces situations désespérées, nous n'hésiterions pas à faire l'essai de ce moyen.

Quelle est l'action de l'alcool dans les divers cas dont nous venons ,de parler? S'exerce-t-elle directement sur le venin, le virus ou le poison, de manière à en neutraliser les effets; ou bien, par son rôle tonique, antipyrétique, antidéperditeur, place-t-elle l'organisme clans des conditions plus favorables à l'élimination de l'agent morbifique? Ces deux genres d'action ont lieu sans doute en même temps; mais dans quelle mesure? C'est ce que nous ne pouvons dire. Toutefois si l'on compare ces résultats à ceux qu'ont obtenus les médecins, par l'usage de l'alcool à doses élevées, dans des cas de toxémie, tels que fièvre palustre, fièvre typhoïde, fièvre dite puerpérale, etc., il est impossible de ne pas voir là un mode d'action constant et efficace. C'est pourquoi nous espérons que cette médication pourra peut-être trouver son application dans les cas de septicémie traumalique qu'on observe journellement au milieu des services de chirurgie de nos grands hôpitaux : l'infidélité des autres moyens doit éloigner à l'avance l'accusation de témérité.

Nous croyons avoir montré que si l'ivresse crée parfois des conditions défavorables, au point de vue du traumatisme, elle peut, dans certaines occasions, racheter une partie de ses méfaits et devenir même un instrument thérapeutique dont il ne faut pas se servir inconsidérément, mais qu'il ne faut pas non plus rejeter avec trop de dédain.

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