Article Ivresse, t. V, p
ALCOOLISME ET TRAUMATISME. Ul
la congestion cérébrale et l'asphyxie menacent la vie du sujet. MM. Lallemand, Perrin et Duroy ne partagent pas celte manière de voir : « Dans ces cas, disent-ils, on ne peut le plus souvent provoquer le vomissement par l'excitation mécanique de l'arrière-gorge, puisque le malade est anesthésié, ni par l'administration d'un vomitif, qui serait introduit difficilement, et qui aurait l'inconvénient d'ajouter une irritation nouvelle aux troubles existants. Il vaut mieux recourir à l'emploi delà sonde œsophagienne ou de la pompe gastrique pour vider l'estomac. Ogston s'est servi de ce moyen chez six individus ivres-morts et il a obtenu le retour presque immédiat à la connaissance chez la plupart d'entre eux. » C'est aussi là le procédé que nous adoptons, et nous avons encore d'autres -raisons pour rejeter l'emploi des vomitifs.
Il nous semble, en effet, que si l'action mécanique du vomissement agit favorablement pour décongestionner le poumon, elle doit agir différemment sur l'hyperhémie cérébrale ; car l'effort qui accompagne le rejet des matières stomacales ne peut qu'augmenter la slase sanguine de l'encéphale et rendre l'apoplexie plus imminente, surtout si le malade est affecté d'alcoolisme chronique ; dans ce dernier cas aussi il faut se rappeler qu'il reste toujours, après l'emploi des vomitifs, une dépression qu'il importe d'éviter. Mais où il faut surtout redouter l'action des vomitifs sur la circulation encéphalique, c'est lorsque l'ivrogne est atteint d'un traumatisme du crâne; cela se comprend aisément, d'après ce que nous avons dit touchant le pronostic1. La contre-indication est encore plus évidente lorsqu'il y a fracture de côtes ou plaie de la paroi thoracique. En effet, les contractions énergiques accomplies, pendant le vomissement, parles muscles abdominaux qui s'insèrent au thorax, favoriseront singulièrement les complications qui peuvent surgir en pareil cas, telles que l'emphysème, l'hémorrhagie, l'inflammation du parenchyme pulmonaire.
C'est dans ces cas aussi, pourvu que l'ivresse ne soit qu'accidentelle et que le sujet soit vigoureux, que l'on emploiera avec quelque avantage les émissions sanguines locales, telles que des applications de sangsues aux apophyses mastoïdes et de ventouses scarifiées sur la poitrine. Les sangsues devront être appliquées deux par deux, successivement, afin d'obtenir un écoulement de sang continu; encore ne faut-il pas fonder grand espoir sur l'emploi de ce moyen; et si les habitudes d'intempérance sont anciennes, il sera bon de s'en abstenir; car
1. Les motif;; allégués ici contre les vomitifs sont purement théoriques, car le tartre stibié rend souvent service dans les blessures du crâne. — [A. V. 1880.]
toute cause de dépression doit être évitée dans l'alcoolisme. Dans tous les cas on proscrira la saignée générale. En effet, la cause déterminante de ces congestions, de ces accidents, est la présence de l'alcool dans la matière nerveuse et dans le sang; il importe donc d'abord de provoquer l'élimination du poison le plus promptement qu'il est possible par le rétablissement intégral des fonctions de la peau, des poumons et du cœur, au moyen des stimulants externes et internes de l'appareil nerveux. De cette façon, on combattra l'hyperhémie passive des organes plus efficacement que par la saignée, et l'on aura l'avantage de ne pas affaiblir le malade.