Dict. encyclop., art. Alcoolisme, p
2. Influence réciproque de l'impaludisme et du traumatisme. Thèse de Paris,
l'organisme, des combinaisons capables d'agir spécifiquement sur le système nerveux chaque fois que survient une action dépressive? Ou bien, si l'on ne veut pas admettre la préexistence de ces composés, peut-on concevoir que, grâce aux troubles des sécrétions, aux altérations antérieures du sang, ils prennent naissance chaque fois qu'une perturbation plus ou moins profonde ébranle l'économie? Le besoin d'explication ne permet pas d'aller plus loin dans le champ de l'hypothèse, et l'imagination peut se perdre ainsi en vains efforts, tant qu'on n'aura pas isolé ces corps à action soi-disant spécifique; à la vérité, ii est tout aussi difficile de faire voir l'altération des centres nerveux qui correspond exactement aux phénomènes dont nous parlons. Pour le moment donc, il n'est pas plus hasardé d'admettre une modification spécifique des humeurs dépendant de l'alcoolisme chronique, qu'une altération spécifique de la substance nerveuse développée sous la même influence. Nous faisons les plus grandes réserves au sujet de nos explications. Toutefois nous ne pouvons croire qu'à un désordre constant dans sa forme ne corresponde pas une lésion constante dans sa nature, et nous espérons qu'on arrivera à connaître un jour les deux termes du rapport.
Ainsi ni l'examen anatomique, ni le raisonnement, ne permettent d'expliquer d'une façon satisfaisante la prédisposition au délire chez les alcooliques; mais les faits cliniques ne nous permettent pas d'en douter. Or, ceci admis, il faut montrer comment cette prédisposition est mise en jeu par les causes occasionnelles; c'est là un problème pluspratique et plus important.
On dira qu'en dehors de toute occasion, on voit le delirium tremens éclater spontanément. Notre expérience personnelle est insuffisante pour combattre celte opinion ; mais nous avons la conviction que, plus on les examinera de près, plus les cas de délire spontané seront rares; en effet dans ces cas il y a presque toujours eu, avant l'attaque, des troubles du côté du tube digestif qui passent souvent inaperçus : rien de plus fréquent que ce malaise analogue à celui qu'on observe dans l'embarras gastrique léger. Il en est de même quand le délire éclate immédiatement à la suite d'excès prolongés; croit-on que les fonctions digestives et les sécrétions soient alors intactes ? Observez ce buveur. Il a la face jaunâtre, la langue sale, les conjonctives subictériques ;] parfois des troubles se montrent du côté de l'appareil urinaire; il ne nous paraît pas douteux qu'un tel état puisse influer sur la production du délire?
On peut donc dire qu'il y a généralement, sinon toujours, une cause occasionnelle au délire alcoolique ; seulement elle n'apparaît
pas dans tous les cas avec une égale évidence. Chez les malades de nos hôpitaux, ces circonstances sont ordinairement bien manifestes, et c'est ce qui fait dire à Racle * que : « le délire alcoolique n'éclate souvent que dans des conditions particulières, par exemple un accident, une maladie spontanée. » On objectera que le délire se déclare quelquefois, non pas dans le cours même delà maladie, mais pendant la convalescence; qu'à cela ne tienne : il est en effet bien démontré aujourd'hui que le délire observé chez les convalescents est dû à l'anémie cérébrale; et, comme l'alcoolique, ainsi que nous l'a vons montré plus haut, est déjà disposé à délirer et même à délirer d'une certaine façon, quoi d'étonnant que l'anémie du cerveau favo rise chez lui l'attaque de delirium tremens?
Il y a donc presque toujours une maladie surajoutée; mais par quel mécanisme l'affection intercurrente agit-elle pour produire le délire ?
Dans les maladies fébriles, la cause du délire en général réside probablement dans une altération du sang; le même argument peut être invoqué, à fortiori, s'il s'agit d'un buveur. Car les phlegmasies des ivrognes revêtent généralement un caractère ataxo-adynamique indiquant une perturbation très profonde de l'économie et en particulier des fonctions nerveuses. Mais il est plus difficile de se rendre compte du mécanisme par lequel cette perturbation se produit, les maladies dont nous parlons affectant d'ordinaire des organes importants, tels que le poumon, et créant déjà, de la sorte, une cause puissante de désordres fonctionnels.
Dans les lésions chirurgicales, au contraire, qui atteignent le plus souvent des organes secondaires au point de vue des grandes fonctions, un bras, une jambe, par exemple, l'affection primitive peut n'avoir par elle-même qu'une action médiocre, et cependant donner lieu à des troubles fonctionnels remarquables, revêtant un aspect aussi alarmant que ceux qu'on observe clans un cas de pneumonie. Il est donc plus aisé, dans ces circonstances, de faire la part de l'état antérieur, et c'est une des raisons pour lesquelles il est réellement intéressant d'étudier l'alcoolisme dans les services de chirurgie. Les manifestations pathologiques de l'alcoolisme chronique sont variables à l'infini; mais il n'en est pas moins vrai que le délire est le phénomène qui s'accuse le plus facilement sous l'influence du traumatisme.
On peut se demander quelles sont les lésions qui s'accompagnent