De l'alcoolisme. Thèse d'agrégation en méd
le plus facilement de délire, et répondre que ce sont les plus graves. Cependant la différence porte surtout sur le plus ou moins de facilité avec laquelle s'opère l'intoxication du sang par le fait même de la lésion. C'est ainsi que, comme chez l'homme antérieurement sain, nous verrons le délire se manifester de préférence dans les cas de fractures avec plaie, de périostite phlegmoneuse, de plaies ■«'amputation, de plaies articulaires, etc. Toute la différence consiste en ce que le délire est peut-être plus fréquent chez l'alcoolique dans les mêmes circonstances, et qu'il se présente avec une allure particulière résultant de la prédisposition dont nous avons parlé. La différence s'accentue lorsqu'il s'agit d'affections légères n'exposant ni à la septicémie, ni à la pyohémie, telles que contusions, luxations, fractures simples, etc. Jamais chez l'homme sain ces lésions ne s'accompagnent de délire; chez l'ivrogne au contraire elles en sont souvent l'occasion. Quand il s'agit d'une fracture compliquée de la jambe, nous nous expliquons sans peine Torigine du délire par la résorption de produits septiques au niveau du foyer de la fracture. Au contraire, lorsque nous voyons le délire survenir à propos d'une affection relativement bénigne et toute locale, telle qu'une fractnre simple du péroné, nous éprouvons plus d'embarras pour établir la relation entre cette lésion locale et le désordre de la fonction nerveuse. On a proposé un certain nombre d'explications, mais aucune d'elles ne nous paraît satisfaisante.
On a dit, c'est une action sympathique : Monneret1, entreautres, professait cette opinion : « Le délire sympathique, dit-il, qui se dé* clare si facilement chez les ivrognes à l'occasion d'une blessure, d'une fracture, d'une pneumonie, ne peut être expliqué que par l'irritabilité plus grande du cerveau et de la moelle et la mise en jeu du pouvoir réflexe. On comprend que l'opium puisse calmer et guérir ce trouble psychique. » Nous avouons qu'à nos yeux ce raisonnement ne jette pas beaucoup de lumière sur le point que nous voudrions éclairer. Grisolle2, avant nous, avait eu la même impression : « Prétendre, dit-il, que cet accident est un effet sympathique de malaladie du poumon, c'est voiler souvent son ignorance par un mot dont on abuse beaucoup et dont peu de personnes connaissent la valeur. » Ce que dit Grisolle à propos de lapneumonie des ivrognes, nous le dirons aussi à propos du traumatisme. Nous admettrons, si l'on veut, chez l'alcoolique une irritabilité plus grande du cerveau et