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Traité de lapneumonie, p

ALCOOLISME ET TRAUMATISME. lot

de la moelle; mais il ne suffit pas que ces organes soient irritables, il faut qu'ils soient irrités. Or comment se fait cette irritation? Par quel mécanisme a lieu cette « mise en jeu du pouvoir réflexe? » Lcà est toute la question. Est-ce par l'action directe du traumatisme, par ses effets immédiats, la douleur par exemple? Mais alors, l'apparition du délire devrait coïncider avec ces effets eux-mêmes. Or ceci n'a pas lieu; le plus souvent le délire n'éclate qu'après plusieurs jours, lorsque déjà les phénomènes immédiats du traumatisme ont cessé d'avoir une action. Nous verrons bien quelquefois les blessures du crâne, les hémorrhagies provoquer rapidement le délire ; mais dans ces cas on s'explique aisément le fait sans avoir besoin de recourir aux sympathies? Le dynamisme, on le voit, ne suffit pas ici à nous satisfaire.

Quel est donc le lien de cette sympathie? Est-ce la fièvre? Mais dans une fracture du péroné il n'y en a pas, et même, en admettant que ce soit la fièvre, aurait-on rendu le problème moins obscur? «Je ne sais, dit encore Grisolle, s'il convient de considérer la fièvre comme étant le lien sympathique qui mettrait en rapport le cerveau et F organe souffrant, car je crois que, dans les manifestations des troubles intellectuels, il faut non seulement faire la part de la fièvre, mais reconnaître encore l'influence que jouent les prédispositions individuelles des sujets, leur habitude, l'état moral qui a précédé ou accompagné le développement de la maladie actuelle. » Et puis, la fièvre est un phénomène complexe; si elle sert de lien sympathique, est-ce par la plus grande accélération du sang, par l'augmentation de sa température, par la présence dans ce liquide de matières extractives en excès? Cette dernière raison serait peut-être celle qui nous conviendrait le mieux dans le cas où le délire coexiste avec la fièvre; mais, ainsi que nous venons de le voir, cette coïncidence n'a pas toujours lieu. Il faut donc recourir à une autre explication.

Comme on avait remarqué que le délire alcoolique qui survient dans le cours d'une autre affection ne se déclare pas d'ordinaire immédiatement, mais seulement au bout de quelques jours, on se demanda s'il n'était pas dû à la privation subite des liqueurs alcooliques. Cette opinion est encore aujourd'hui généralement adoptée. Brùhl-Cramer, cité par Léveillé, prétend que le delirium tremens peut survenir chez des ivrognes qu'on prive d'alcool. Léveillé dit qu'il n'a pas observé de cas de ce genre dans sa pratique, mais qu'il ne considère pas cette opinion comme irrationnelle; à ce propos même il parle, comme analogie, de faits rapportés par Sau-

vages et Armstrong, et qui sembleraient prouver que la privation brusque d'opium chez les Orientaux peut amener le délire t. Cependant, dans un autre passage, il dit : « On est encore à trouver un fait bien authentique de délire tremblant survenu à la suite d'une abstinence forcée d'alcool. » On pourrait peut-être en dire autant aujourd'hui.

En effet Chomel 2, Grisolle a, Rayer * et d'autres médecins, ont bien invoqué cette influence de l'habitude à propos de malades chez lesquels ils voyaient le délire survenir dans le cours d'une affection aiguë; mais précisément ces cas nous semblent mal choisis pour démontrer l'influence de la privation puisqu'à celle-ci s'ajoute l'effet d'une maladie. Pour être démonstratif il faudrait nous faire voir des ivrognes qui, les conditions de santé et d'alimentation restant les mêmes, viendraient à être privés pendant un certain temps de leur boisson favorite et seraient pris de délire; alors la preuve deviendrait péremptoire; mais, ainsi que Léveillé, nous avons vainement cherché de tels exemples dans les auteurs. Du reste, si cette explication était la vraie, elle devrait s'appHquer à tous les cas; or comment se fait-il que le délire se déclare quelquefois dès le premier jour, qu'il s'agisse de pneumonie s ou de traumatisme ? (Obs. VIII, XII, XXV.) La privation n'a cependant pas été longue dans ces cas.

D'ailleurs, il est un grand nombre d'ivrognes qui restent un temps asez long sans boire de vin ou d'eau-de-vie et qui n'ont pas pour cela d'attaques de délire. Beaucoup debuveurs, en effet, se livrent à leur passion tant que leur bourse le permet ; mais une fois qu'elle est vide, ils se remettent au travail pendant un certain temps avec assiduité et font preuve d'une véritable sobriété, est-ce à la suite de cette abstinence qu'on voit apparaître le délire? Nullement : s'il se montre de nouveau, c'est immédiatement après les excès eux-mêmes; et il est alors provoqué par les troubles des appareils digestif et vasculaire; selon nous, la vraie cause débilitante et dépressive, l'origine la plus probable du délire, c'est ce trouble fonctionnel, et non la privation.

1. On dit aussi que les malades qui font abus des injections sous-cutanées de morphine sont atteints, dès qu'on leur supprime brusquement cette substance, d'accidents divers, de délire en particulier. (Voy. Levinstein. La morphiomanie, Paris, 1878.) — A. V. 1880.

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