Pascal, thèse de Montpellier
MM. Maurice Perrin, Lallemand et Duroy ont fait la même remarque à propos d'accidents nerveux qui, sous le rapport de leur genèse et de leur nature, ont beaucoup d'analogie avec le delirium Iremens. Ils disent en effet qu'ils voient fréquemment des convulsions épileptiformes chez des ivrognes militaires ; ils observent que, sous l'influence d'un régime sévère ces accidents se calment et reprennent au contraire chaque fois que les excès se renouvellent. C'est aussi l'avis de M. Lasègue L qui dit à propos des mêmes accidents : « Les attaques rares, sans périodicité, demi-régulières, toujours provoquées par un excès de boisson, cessent pendant les périodes de sobriété. » Nous verrons toutefois qu'à l'exemple du delirium tremens, ces phénomènes nerveux sont éveillés sous l'influence du traumatisme, même pendant les périodes d'abstinence ; or c'est encore là une preuve en faveur de notre argumentation, mais l'action dont nous parlons se montre dans des cas plus complexes. M. Pascal2 cite un fait assez curieux de delirium tremens qui se produisit dans le cours d'une endocardite très avancée : « Les accès, dit-il, survenaient d'une manière irrégulière tous les deux, trois, six jours, et cédaient rapidement à l'administration de quelques grains d'opium. Ne sachant trop à quoi attribuer une pareille complication dans une maladie chronique, nous apprîmes que le malade se faisait apporter du vin du dehors, et nous constatâmes que l'accès suivait de près toute infraction au traitement. Une surveillance active exercée autour du malade mit fin à ce désordre. »
Donc, dans les cas de délire dit spontané, c'est plutôt à la suite d'excès de boissons qu'après la privation plus ou moins complète que ce symptôme se déclare; il est alors lié aux troubles fonctionnels consécutifs. Quand le délire se montre dans le cours d'une pblegmasie, d'un traumatisme, même en l'absence d'excès récents, pourquoi vouloir incriminer la privation d'alcool pendant quelques jours et fermer complètement les yeux sur les effets de la lésion ellemême? Précisément parce que cet homme est ivrogne, le désordre occasionné dans les diverses fonctions sera plus grand, la dépression plus manifeste et l'éclosion du délire plus facile. Les faits cliniques nous montrent que plus la lésion favorise l'altération du sang, plus l'apparition du délire est rapide et son issue funeste. C'est là une circonstance dont il faut tenir compte, si l'on veut expliquer la pathosénie du délire.