Leçons orales de clin, chir., 1832, t. I, p. 169 et suiv
soupçonner que les individus dont il s'agit étaient entachés d'alcoolisme chronique. Du reste, dans une thèse publiée l'année suivante par un élève de Dupuytren l, on trouve une étude de ce délire nerveux portant indifféremment sur des cas dans lesquels l'alcoolisme est constaté, et sur d'autres dans lesquels il ne l'est pas. On est donc en droit de penser que les divers faits qui sont restés dans la mémoire de Dupuytren, et d'après lesquels il nous trace du délire nerveux la description qu'on vient de lire, ont eu rapport le plus souvent, sinon toujours, à des sujets qui avaient abusé des boissons spiritueuses. Dès lors il devient très probable que ce délire dit nerveux était du délire ébrieux; mais cela ressort beaucoup mieux encore de l'exposition elle-même. Déjà la plupart des auteurs qui, depuis cette époque, ont écrit sur l'alcoolisme, entre autres Léveillé , Racle , Robert2, Ach. Foville % et dernièrement M. le professeur Lasègue 4, ont émis la même opinion. « Dupuytren, dit M. Lasègue, dans sa description longtemps classique de ce qu'on appelait alors le délire nerveux, a raconté assez confusément quelques-uns des modes délirants de l'alcoolisme chez les blessés, sans en avoir soupçonné la nature. » Follin3 croit aussi à l'identité des deux formes de délire. Cependant M. Nélaton 6, même dans la dernière édition de son ouvrage, conserve au délire nerveux la place quelui accordait Dupuytren. Voyons néanmoins ce qui ressort d'une analyse détaillée de l'article cité.
Disons d'abord que cette expression de délire nerveux ne nous semble pas des plus heureuses et des plus claires : on aurait, en effet, quelque peine à se figurer un délire qui ne fût pas nerveux, mais sans jouer sur les mots, ne nous attaquons qu'à l'interprétation. L'auteur, en se servant de ce terme, veut indiquer une susceptibilité particulière préexistant chez certains individus : « Ce délire survient plus communément chez les sujets nerveux que chez les autres », mais comment se fait-il que, dans ses Leçons orales (1832), Dupuytren nous dise que les femmes sont peu exposées à ce délire, et qu'on ne l'observe jamais chez les enfants ! Les femmes et les enfants sont des sujets nerveux par excellence! Ou bien le terme ne signifie rien, ou il implique contradiction. Au contraire, dans l'hypothèse de l'alcoolisme chronique, l'accord se fait mie ix;
1. Cliaillou, Du délire nerveux. Thèse de Paris, 1833, n° 259.