Elém. de path. chirurg., 2e édit., t. I, p
car celte affection s'observe fréquemment chez l'homme, rarement chez la femme et jamais chez l'enfant.
« C'est un délire sans fièvre » continue l'auteur. Nous avons déjà montré par nos observations que l'apyrexie complète est, au contraire, l'exception; et que le délire paraît avoir des rapports assez marqués avec la fièvre traumatique, primitive ou secondaire; or celle-ci présente presque toujours une rémission le matin : serait-ce parce que Dupuytren voyait surtout les malades le matin, à sa visite d'hôpital, qu'il a pu être aussi affirmatif? Pins loin, s'appuyant sur la diversité des lésions qui s'accompagnent de ce délire, Dupuytren en conclut à l'impossibilité d'une cause unique : l'hypothèse de l'alcoolisme lève la difficulté, car il crée la prédisposition, et les lésions traumatiques, quelle que soit leur variété, deviennent simplement causes occasionnelles.
On ne saurait attribuer exclusivement le délire aux lésions ellesmêmes, dit encore l'auteur, car « nous V avons vu sans elles » ; nous aussi, avons vu le delirium tremens en dehors du traumatisme, et nous avons également été frappé de la ressemblance des symptômes malgré la différence des causes, ou mieux des occasions.
« Il est plus commun après les tentatives de suicide qu'après toute autre maladie » ; mais cela va très bien encore avec les antécédents alcooliques; tout le monde sait, en effet, combien les tentatives de suicide sont fréquentes chez les ivrognes. « Je m'étonne, dit M. Lasègue dans le travail précédemment cité, de voir figurer à peine dans le cadre des causes de suicide, un état morbide que mon expérience me donne le droit de placer au premier rang. »
Ainsi, les circonstances étiologiquesles plus favorables au développement du délire nerveux sont celles qui cadrent le mieux avec la pathogénie du délire alcoolique.
Dans l'énunaération des symptômes, Dupuytren fait un tableau qui pourrait s'adapter exactement au delirium tremens : ces hallucinations diverses, cette agitation, ces sueurs, ce faciès, cette insensibilité, cette anorexie, tout cela s'observe dans le délire ébrieux.
Nous en dirons autant de la marche et de la terminaison. Ce sommeil profond qui juge les 'attaques bénignes ; cette ignorance complète, au réveil, de la scène qui s'est passée ; cette remarque que le délire récidive souvent plusieurs fois, sont autant de nouvelles preuves en faveur du délire alcoolique ? Quant au traitement, l'inefficacité des saignées, nous dirons même leur nocuité, est également démontrée pour la folie ébrieuse? N'en est-il pas de même pour l'efficacité de l'opium à petites doses très espacées?
Donc le délire nerveux, décrit par Dupnytren, doit être, dans presque tous les cas, du délire alcoolique.
Nous ne nions pas cependant qu'il puisse y avoir, en dehors de l'alcoolisme, des complications délirantes accompagnant le traumatisme ; nous nous sommes déjà expliqué sur ce point. L'anémie cérébrale doit en être l'une des causes les plus fréquentes, soit qu'il y ait hémorrhagie, soit qu'il y ait pauvreté préalable du sang. Nous accordons même une certaine influence à la susceptibilité nerveuse de quelques sujets, bien qu'elle dépende le plus souvent de l'anémie; la douleur et l'émotion causées par une opération auraient peutêtre aussi leur part dans la production du délire; il serait possible que de nos jours l'emploi fréquent des anesliiésiques contribuât à diminuer le nombre de ces cas ; encore celte réserve ne s'appliquerait qu'aux opérations et non aux divers traumatismes accidentels. Il est un fait certain, c'est qu'on peut maintenant passer une et même deux années dans les services de chirurgie les plus considérables de Paris sans voir un seul cas de délire nerveux bien authentique. Pour notre propre compte, chaque fois que nous avons observé chez des blessés ou des opérés un délire répondant à la description deDupuytren, nous avons toujours constaté la coïncidence d'habitudes alcooliques invétérées ; et quand l'issue a été fatale, les lésions de l'alcoolisme démontrées par l'autopsie n'ont fait qu'affermir noire opinion sur la nature de ce délire.
Néanmoins nous avons vu plus haut que le doute peut parfois exister : il faut alors se procurer tous les renseignements néees--saires, tenir compte de l'habitas, de l'âge, de l'état de santé antérieur, observer attentivement le caractère des conceptions délirantes, en un mot projeter sur le diagnostic tontes les sources de lumière qui peuvent servir à l'éclairer.