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d'accidents opératoires, il n'en est certainement plus question, mais les opérés meurent de choc traumatique, de collapsus, de marasme, d'épuisement et autres états vaguement définis. Quand vient un nouveau facteur qu'il est possible d'accuser, on n'y manque pas. Tel a été dans ces derniers temps le malheureux iodoforme, qui doit savoir combien la roche tarpéienne est près du Capitole.
Nous qui ne nous payons point de mots vides, nous cherchons à démontrer que ces morts promptes, ces catastrophes inattendues, ces calamités chirurgicales, aussi bien que les fins languissantes et les dénouements torpides, résultent simplement de lésions viscérales antérieures ou de dyscrasies contre lesquelles l'opération ne pouvait pas grand chose, sinon les aggraver, et nous en concluons que si lésions et dyscrasies avaient été reconnues à l'avance, il aurait sans doute mieux valu s'abstenir.
Si les opérateurs à outrance semblent abuser de l'innocuité opératoire dans les cas précités, que dire de leurs agissements en face des tumeurs malignes profondes? Leur témérité ne paraît plus alors connaître de bornes et l'on se demande où ils comptent véritablement s'arrêter.
Ils sont d'ailleurs, il en faut convenir, placés sur un excellent terrain. Les thérapeutes, en effet, en face des néoplasmes en général et du cancer en particulier, sont contraints d'avouer leur impuissance; à peine proposent-ils quelques mesures palliatives capables de prolonger la vie ou de l'adoucir, mais qui ne sauraient la sauver.
L'exérèse au contraire, lorsqu'il s'agit des tumeurs accessibles, fait merveille. Appliquée à temps et exécutée largement, elle peut guérir radicalement ou procurer du moins des trêves prolongées. La méthode antiseptique ayant fait dis-
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paraître presque complètement les accidents traumatiques, qui jadis arrêtaient souvent notre main, l'ablation des tumeurs est devenue sans contredit, en ce qui touche du moins le succès opératoire, l'une des parties les plus brillantes et les plus heureuses de notre art.
Mais la néoplasie n'atteint pas seulement les organes plus ou moins superficiels dont la suppression ne porte aucune atteinte aux grandes fonctions; elle sévit aussi sur les viscères cachés dans les cavités splanchniques. Si les opérations préliminaires qui frayent la voix jusqu'au parasite, si l'isolement et la séparation de ce dernier devenaient sans périls, qui empêcherait de traiter le cancer du rein, de l'utérus et de l'estomac comme celui du sein, et l'épithélioma du pharynx ou de l'œsophage comme celui des lèvres et de l'anus? Et en cas de succès, quelle gloire pour le chirurgien, quel triomphe pour l'art moderne, quel bienfait pour l'humanité !
Sur ce, on s'est mis en campagne, et la course a commencé. Il faut reconnaître que tout, dans ces dernières années, a excité le zèle, l'ardeur, les espérances et les convoitises des opérateurs : d'abord les succès inespérés de l'ovariotomie, puis les perfectionnements apportés aux procédés de diérèse, enfin les merveilleux résultats de la méthode antiseptique. Les triomphes opératoires, même lorsqu'ils étaient rares, étaient si surprenants, qu'on a marché sans cesse en avant.
Un jour on a extirpé le larynx; l'autre jour des segments du pharynx ou des tronçons de l'œsophage; quelque temps après le pylore avait son tour, puis l'intestin grêle, puis le gros intestin, puis tout le rectum, sans se préoccuper autrement des culs-de-sac péritonéaux. La rate et le rein atteints de dégénérescence maligne étaient entre temps extirpés. Enfin on retirait du fond des traités d'opérations les vieux procédés d'ablation
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totale de l'utérus, et l'on recommençait sur une vaste échelle des essais qui jadis n'avaient guère donné que des revers.
Si ces audacieuses entreprises ont bien souvent entraîné la mort rapide, il faut convenir qu'en certains cas elles ont été couronnées d'un succès temporaire qui semble les justifier; mais quels résultats définitifs a donnés cette pratique considérée dans son ensemble? Quels progrès réels la thérapeutique peut-elle porter à son actif? Toute la question est là.
En laissant de côté les malades qui ayant encore, suivant toutes les probabilités, quelques mois à vivre, ont été foudroyés par l'opération, on doit se demander ce qu'ont gagné les rares survivants. Quelques-uns au moins ont-ils guéri radicalement? Rien ne le prouve, et l'enquête faite sur l'extirpation totale du larynx en particulier tend à démontrer le contraire. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que le diagnostic exact du cancer ou du cancroïde n'est pas toujours aisé et qu'on peut enlever comme tel et par conséquent guérir radicalement par la voie opératoire un pseudo-néoplasme inflammatoire, hypertrophique ou syphilitique.
D'autres ont-ils vécu plus de temps que s'il n'avaient pas été opérés? La chose est possible, et je veux bien l'admettre. Mais la survie considérable dans certains néoplasmes, et par exemple dans l'épithélioma du col utérin bien soigné, n'est pas chose rare. Il ne faudrait donc pas trop s'enorgueillir et montrer comme un phénomène une femme encore vivante deux ou trois ans après une ablation de la matrice, puisque le traitement palliatif fait bien souvent de pareils miracles. Que certains patients tourmentés par la douleur ou des désordres fonctionnels graves aient été soulagés par l'ablation de leur mal, la chose est certaine, et c'est dans cette circonstance que je trouve surtout la justification d'un certain nombre de témérités chirurgicales. Mais alors il faut se montrer plus humble
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et ne point se vanter de guérir quand on ne fait que soulager.
Quelques chirurgiens, racontant avec bonne foi leurs essais dans la voie nouvelle, conviennent que leurs malades n'ont pas tiré grand bénéfice de l'intervention ; ils se félicitent néanmoins d'avoir opéré parce que, disent-ils, la même opération faite dans des conditions plus favorables aurait eu plus de chances de réussite. Il n'est pas possible d'avouer plus ingénument qu'on fait de la salle de chirurgie une annexe du laboratoire de pathologie expérimentale et qu'on essaie simplement, sur un de ses semblables, comment on pourrait arriver à en sauver plusieurs autres. Cette manière de voir et de faire peut être plaidée sans doute, mais par d'autres que par nous.
Si l'on blâme avec raison le zèle excessif des opérateurs contemporains, il convient pour être juste de gourmander les thérapeutes; car si les premiers font trop, les seconds véritablement ne font pas assez et montrent vis-à-vis de la néoplasie une indifférence bien regrettable. Certes, il est fâcheux que notre génération presque tout entière consacre son activité et son intelligence à trouver de nouvelles façons d'ouvrir le ventre et d'extirper les grands viscères, à essayer successivement une série de produits plus antiseptiques les uns que les autres, à modifier sans cesse, sans la perfectionner toujours, la technique opératoire. Mais il est également pitoyable de voir les thérapeutes se borner à prescrire intus et extra l'inévitable iodure de potassium, auquel on pardonnerait d'être inutile s'il n'était pas nuisible, et l'arsenic plus avantageux sans doute, mais qui pourtant ne guérit pas mieux.
Au lieu de gémir à la façon des fatalistes, pourquoi ne pas puiser les indications à la seule source qui puisse les fournir, «'est-à-dire aux études étiologiques? Pourquoi enregistrer
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toujours les mêmes banalités sur les origines du cancer et des produits similaires, au lieu de reprendre, de contrôler, de vérifier, d'utiliser enfin cette importante idée que la néoplasie vraie dérive en droite ligne de l'arthrilisme.
Avec cette vue du moins, l'espérance pourra renaître. On se demandera s'il est possible de prévenir, de combattre, de détruire la néoplasie d'origine arthritique comme on prévient, combat et détruit la néoplasie syphilitique supprimée jadis, souvent et sans façon, avec le bistouri; comme on guérit aussi sans opération la néoplasie inflammatoire simple, et comme on guérira prochainement certaines néoplasies parasitaires superficielles et naissantes ; comme ou guérit enfin assez souvent la néoplasie strumeuse en favorisant la métamorphose easéeuse ou fibreuse du tubercule.
Que les thérapeutes reprennent courage, qu'ils se remettent au travail, et sur ce terrain où leur action est si nulle aujourd'hui que leurs rivaux triomphent sans lutte, ils pourront prendre une revanche pleine de gloire pour eux et de profit pour l'humanité. L'heure est favorable d'ailleurs. La pathologie générale, la pathogénie surtout, rentrent en faveur. Les idées synthétiques reviennent à l'ordre du jour. On s'efforce de pénétrer la nature des grands processus morbides, et après avoir beaucoup observé on se remet à penser. Gomment croire que toute cette agitation sera stérile et qu'il n'en sortira rien de profitable ?
Pour ma part, en condamnant sans hésitation l'abus que l'on fait aujourd'hui de la thérapeutique instrumentale, en exhortant les jeunes à lutter contre l'entraînement et à poursuivre plutôt l'œuvre de la chirurgie conservatrice, j'ai la ferme conviction de combattre le bon combat. On m'accusera sans doute d'être rétrograde et de méconnaître le progrès , on verra dans ma protestation contre la sanglante monomanie du