‹ Mémoires de chirurgieChapitre 6 sur 209 · AVERTISSEMENT. XXXI · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT. XXXI

jour l'indice d'une sénilité commençante et l'effet des lustres trop nombreux dont je suis affligé, mais peu m'importe si j'ai raison et si je parviens à ramener dans la bonne voie quelques esprits incertains.

Qui pourrait d'ailleurs me reprocher sérieusement de rêver pour cet art chirurgical que je trouve si noble, quelque chose de plus humain, de plus glorieux et de plus efficace que cette folle course dans le champ de la médecine opératoire à laquelle nous assistons depuis une dizaine d'années?

On trouvera dans ce volume un certain nombre de néologismes : Propathie, panpathie, exopathie, algostase, etc., que j'ai eu soin de justifier au fur et à mesure que je les éditais. J'ai adopté à l'exemple de plusieurs auteurs étrangers le mot grec trauma, employé comme substantif, synonyme de lésion traumatique, mais d'un usage beaucoup plus commode puisqu'il peut entrer facilement en composition. La blessure, la fracture, la luxation, l'entorse, la rupture, la contusion, l'opération chirurgicale, etc., sont autant de traumas.

Depuis fort longtemps on avait créé le terme de traumatologie pour représenter la somme de nos connaissances sur les blessures, mais il était tombé en désuétude; on pourrait l'utiliser encore.

Avec trauma on a fait traumatisme et l'on n'a pas eu tort, mais souvent on se sert de ce dernier mot si mal à propos suivant moi, que je crois utile de protester. A chaque instant on parle des grands traumatismes de la tête, de la poitrine; des suites de tel ou tel traumatisme ; tout comme on dirait les grandes blessures, les plaies de telle ou telle région, les conséquences de lésions traumatiques données, etc. C'est une altération regrettable du sens exact de ce terme.

Comme on dit alcoolisme, paludisme, gravidisme, toujours

xxxii AVERTISSEMENT.

au singulier, de même il ne faut jamais employer traumatisme au pluriel, car il ne représente nullement l'idée d'une lésion locale, mais celle d'un état général particulier créé de toutes pièces par l'action d'une violence externe sur notre organisme. On peut admettre un traumatisme profond, grave, léger, mais pour indiquer que l'économie est affectée peu ou beaucoup, pendant quelques instants ou pour un temps plus long.

Je dois encore dire un mot, une fois pour toutes, à propos des Notes additionnelles qu'on trouvera à la fin de la plupart des chapitres de ce volume, de ceux qui l'ont précédé et de ceux qui le suivront. Je n'ai nullement la prétention de faire de ces addenda quelque chose de complet. J'y range ce qui m'est tombé sous la main au cours de mes lectures, et j'avoue que beaucoup de faits ou de textes afférents à mon sujet ont pu et pourront encore m'échapper. Ce livre, on le comprend, n'est pas une œuvre d'érudition ; c'est tout simplement un recueil de documents.

Dans le cours du chapitre consacré au paludisme, plusieurs notes annoncent des additions qu'on ne trouve pas à la fin ; elles feront partie du volume suivant, où figureront des recherches complémentaires sur la malaria considérée au point de vue chirurgical.

Juillet 1882.

Page 1