‹ Mémoires de chirurgieChapitre 76 sur 209 · TROUBLES DES FACULTES PSYCHIQUES · texte numérisé non relu

TROUBLES DES FACULTES PSYCHIQUES

En dehors du delirium tremens , on voit rarement se manifester, à propos du traumatisme, d'autres troubles graves des facultés mentales. Nous voyons cependant (observation XIX) un malade être pris de lypémanie alcoolique, après une hémorrhagie secondaire; il faut dire que celle-ci s'était produite à la suite d'une plaie du cou résultant d'une tentative de suicide, laquelle avait eu lieu elle-même au milieu d'un accès de manie aiguë; il y avait donc prédisposition marquée aux désordres intellectuels. Dans l'observation XV, à la suite d'une épistaxis abondante, le malade est pris ft hallucinations variées; le délire ne se déclare que le lendemain dans la nuit; dans l'intervalle le malade est parfaitement tranquille.

Les observations XI et XVI se rapportent au même malade, mais à propos de blessures différentes: dans la première, il s'agit d'une fracture du rocher survenue pendant l'état d'ivresse; dans la seconde, d'une contusion légère du crâne produite hors de cet état. Dans les deux cas nous avons noté une perte passagère, mais complète, de la mémoire après l'accident; le malade ne se rappelait pas les circonstances dans lesquelles la lésion traumatique s'était opérée. L'état

d'ivresse, dans le premier cas, suffirait à expliquer ce fait; mais on ne peut l'invoquer dans le second. Dans la thèse de M. le docteur Le Diberder l, nous trouvons une observation de blessure du crâne chez un ivrogne, et dans ce cas, dit l'auteur, « la faculté qui a été le plus lésée est la mémoire. » Il est difficile de dire la part qui, dans ces sortes de faits, revient à l'alcoolisme ou au traumatisme. On sait que la mémoire est une des facultés qui s'amoindrit le plus rapidement chez les ivrognes. D'un autre côté, le traumatisme du crâne peut, à lui seul, être la cause de ce trouble psychique. En effet, nous trouvons dans la thèse de M. le docteur Delfau 2 deux cas dans lesquels, après une chute sur la tête et des phénomènes de commotion cérébrale, les malades avaient perdu la mémoire de l'accident et même des circonstances qui l'avaient précédé. Nous croyons pourtant que des antécédents alcooliques sont une condition favorable à la production de ces phénomènes.

M. Delfau ajoute que Marcé etBauchet ont cité des observations de paralysie générale consécutive à des blessures du crâne; il exprime le regret que, dans ces observations, on ne donne aucun détail sur l'hérédité : cela aiderait à faire la vraie part du traumatisme ; car, « si le sujet est prédisposé à la folie, la violence ne sera qu'une cause occasionnelle ». Eh bien ! ce que M. Delfau dit de l'hérédité, nous le dirons de l'alcoolisme chronique ; il est reconnu en effet que cette affection conduit souvent à la paralysie générale. Si donc un buveur présente les signes de cette dernière maladie, après un traumatisme du crâne, il sera difficile de ne pas tenir compte des habitudes d'ivrognerie lorsqu'on voudra remonter à l'éliologie. Il serait assez curieux de suivre sous ce rapport le malade de nos observations XI et XVI : sa femme, faisant allusion à divers troubles intellectuels passagers qu'elle avait plusieurs fois remarqués chez lui, nous disait avec conviction : « Je suis sûre qu'il deviendra fou. » Quels que soient les motifs de cet horoscope conjugal, sa réalisation nous surprendrait peu ; car l'alcoolisme, qui a déjà provoqué chez cet homme l'épilepsie et un certain degré d'hébétude dans les facultés, n'aurait que peu de chose à faire pour compléter l'œuvre et amener la paralysie générale. Si l'on disait alors que c'est la fracture antérieure du crâne qu est coupable de cette conséquence éloignée, on risquerait, selon nous, de commettre une erreur.

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