hoc. cit. (obs. XXXII
2. De quelques phénomènes immédiats et consécutifs dans les lésions traumaliques du crâne et de l'encéphale, th. de Paris, 1868, obs. XVII et XVIII.
Des effets du traumatisme sur certaines affections organi-
NIQUES DÉPENDANT DE l' ALCOOLISME CHRONIQUE.
Les maladies organiques, telles que les altérations du foie et des reins, que détermine l'alcoolisme, existent souvent à l'état latent, en vertu de cette accommodation lente de l'économie dont nous avons déjà parlé. Or il arrive parfois que le traumatisme, par ses effets directs ou indirects, aggrave ces dispositions morbides et donne lieu à des manifestations aiguës qui, probablement, ne se fussent pas déclarées sans cette occasion; il en résulte pour le malade des dangers beaucoup plus grands que ceux qui se rattachent au traumatisme lui-même et dont la responsabilité incombe à la maladie antérieure.
Dans l'observation X, par exemple, nous rapportons le cas d'un individu adonné à l'ivrognerie qui fit, étant ivre, une chute à la renverse dans un escalier et se contusionna les lombes. Bien que les urines n'aient point été examinées et que l'observation ne donne pas tous les détails désirables, les souffrances aiguës que le malade ressentit dans les jours suivants, les vomissements, la fièvre, les sueurs, le délire, tout nous fait présumer qu'il a pu se produire dans ce cas un accès de néphrite : les excès antérieurs, l'ivresse actuelle, auraient joué le rôle de causes prédisposantes, et le traumatisme celui de cause occasionnelle.
Dans l'observation I, un malade atteint de fracture du péroné et de contusion de la région hépatique meurt. L'autopsie ne fut pas faite; mais la présence de la bile dans les urines pendant la vie, le délire, la fièvre, accusée surtout par une élévation de température (40°), tout fait croire qu'au point de vue de l'issue, la lésion de la glande hépatique a dû jouer le principal rôle ; car il est difficile d'admettre que, chez un individu sain auparavant, les choses se fussent passées de la sorte.
Dans l'observation XXXI, à propos d'une fracture de côtes, sans doute accompagnée de contusion hépatique, et précédée de cirrhose du foie, on voit survenir toute une série de phénomènes inflammatoires très graves, qui amènent la mort : il est très probable qu'ici encore l'état organique antérieur" a dû avoir la plus grande part dans l'évolution des phénomènes morbides.
Il est encore une disposition pathologique locale due à l'alcoolisme chronique qui peut rendre plus graves les conséquences de certains traumatismes : nous voulons parler de ces néomembranes vasculaires qui se forment parfois, ainsi que l'a montré M. Lancereaux ', à la face interne de la dure-mère. D'après cet auteur, ces productions reconnaîtraient surtout pour cause l'alcoolisme ; or, on comprend que leur existence rende les blessures du crâne plus redoutables chez l'ivrogne que chez l'homme sain; ces vaisseaux de nouvelle formation ont en effet des parois délicates, mal soutenues par les tissus voisins et pouvant sous un minime effort se rompre et donner lieu à une hémorrhagie méningée. !
Ces quelques exemples montrent les effets directs du traumatisme sur les organes déjà malades de l'alcoolique; mais l'aggravation de l'état pathologique primitif peut encore être produite d'une façon indirecte , c'est-à-dire par une lésion traumatique n'ayant aucun rapport topographique avec l'organe qui devient le siège des phénomènes morbides. Voici à ce sujet une curieuse observation :
Obs. XXVIII. — Fracture simple des os de la jambe. — Cirrhose alcoolique aiguë. — Mort rapide 2.
Au n° 52 de la salle Sainte-Vierge, hôpital de la Charité, service de M. Gosselin, entre, le 25 février 1868, le nommé L. G... garçon d'amphithéâtre de l'hôpital, âgé de 55 ans, d'une vigoureuse constitution, d'une apparence athlétique et d'une santé parfaite.
La veille, à sept heures du soir, il fit un faux pas sur le bord du trottoir, tomba et se cassa la jambe. Il fut transporté immédiatement à la Charité.
Le lendemain, on constate une fracture des deux os de la jambe gauche avec déplacement suivant l'épaisseur du fragment supérieur. La réduction est assez difficile à obtenir et à maintenir. Cependant, comme il n'y a aucune plaie, on applique simplement un appareil de Scultet et on met le malade sur un lit mécanique.
G... n'était pas en état d'ivresse au moment de l'accident.
Sa santé est très bonne; il n'a pas eu de maladie antérieure et nie toute espèce d'habitudes alcooliques. Cependant, une certaine loquacité, jointe à un teint haut en couleur et fortement couperosé, ne permet pas d'accepter ces dénégations ; les renseignements recueillis ultérieurement apprennent qu'il est un « fort buveur ».
1. Archives générales de médecine, 1863* 6e série, l. 1, p. 38.