Obs. de M. Gadaucl
Rien d'important pendant les premiers jours, très peu de fièvre; pas de delirium tremens.
Le sixième jour, le pouls s'élève tout à coup, la peau devient chaude et la langue sale. Le malade se plaint d'insomnie et d'oppression : teinte ictérique des conjonctives. On l'ausculte et l'on ne trouve rien d'anormal dans la poitrine ni au cœur. Rien du côté de la fracture ne peut indiquer la cause de ce mauvais état général. Le lendemain, état encore plus grave que la veille : ictère manifeste; vomissements ; constipation. La pression au niveau de l'épigastre et du foie est douloureuse ; un peu de ballonnement du ventre. Augmentation notable du volume du foie, constatée par la percussion.
Le surlendemain, l'ictère a diminué, mais les vomissements et l'oppression persistent. Rien de morbide à l'auscultation de la poitrine et du cœur. Le volume du foie reste à peu près le même ; mais on reconnaît la présence dans l'abdomen d'une notable quantité de liquide. Cet état va en s'aggravant pendant plusieurs jours.
Le 15 mars, le malade a la face hippocratique, les yeux enfoncés dans l'orbite, un peu moins d'oppression, mais la langue très chargée. Il conserve toute sa connaissance. Il y a dans l'abdomen une plus grande quantité de liquide, moins de douleurs à la pression dans la région épigastrique; vomissements plus fréquents.
Le 16 mars il succombe avec tous les signes d'une hépato-péritonite grave.
Autopsie, vingt-quatre heures après. — Au niveau de la fracture, chevauchement des fragments, dont les extrémités sont encore entourées d'une notable quantité de sang.
Etat graisseux du cœur. L'abdomen renferme une grande quantité de liquide séro-purulent avec quelques fausses membranes.
Le foie n'est pas considérablement diminué de volume ; mais il est dur, criant sous le scalpel et présente tous les caractères anatomiques de la cirrhose.
Rien dans les autres viscères.
Les résultats fournis par l'autopsie prouvent qu'il existait antérieurement une disposition morbide du côté du foie ; la cirrhose était déjà en voie de se produire; mais il est certain qu'elle ne s'accusait encore par aucun symptôme apparent. Il reste donc à expliquer cet état aigu qui survient tout à coup au sixième jour de l'accident , et dont la marche rapide emporte bientôt le malade.
On conçoit difficilement les rapports qui peuvent exister entre une fracture simple de la jambe et une affection aiguë du foie, et la pre-
mière idée qui vient à l'esprit est celle d'une simple coïncidence: il aurait pu y avoir là un de ces cas d'ictère aigu dont a parlé M. Leudel '; mais cet ictère aigu ne se manifeste qu'à la suite d'excès prolongés; il est apyrélique et se termine presque toujours par la guérison. Dans le cas que nous rapportons, au contraire, le malade n'était pas en état d'ivresse au moment de l'accident ; il n'a fait, bien enlendu, aucun excès pendant les six jours qui ont suivi, puisqu'il était entré immédiatement à l'hôpital; les phénomènes fébriles furent marqués, et l'affection promptement mortelle. N'y aurait-il pas eu, comme nous en avons émis l'opinion à propos de la pathogénie du délire, quelque relation entre ces phénomènes aigus et le début du travail qui préside à la formation du cal? Ce n'est là qu'une hypothèse; mais nous ne verrions rien d'impossible à ce que ce travail eût jeté dans l'économie une perturbation suffisante pour que des phénomènes aigus vinssent s'ajouter à l'affection chronique et lui imprimer cette marche si rapidement funeste. Cette hypothèse, nous le sentons bien, ne satisfait pas complètement l'esprit; mais quelle est celle qu'on lui substituera pour expliquer l'acuité subite de l'affection? En tout cas les choses ne se fussent pas tiin-i passées chez un homme sain antérieurement 2.