EFFETS DIRECTS
L'alcoolisme chronique , par ses manifestations aiguës, crée , comme l'ivresse, des circonstances favorables à la production des accidents traumatiques; c'est ainsi que l'on voit les hallucinations, le
délire, devenir la cause de blessures involontaires, de chutes, etc.
MM. Contesse 3 et Piasecki 4 ont signalé des faits de ce genre. La
1. Comptes rendus de la Société de biologie, 1860, 3e série, t. II, p. 141.
2. L'action excitatrice ou provocatrice du traumatisme était si peu connue à l'époque où écrivait M. Péronne, qu'on voit l'auteur, en présence d'un fait des plus clairs et des plus démonstratifs, prendre toutes les précautions imaginables pour risquer une hypothèse explicative. Aujourd'hui que la théorie du lieu de moindre résistance est sî nettement établie, nous n'avons nulle peine à accepter les faits de cet ordre. 11 ne nous reste plus qu'à en découvrir le mécanisme intime, ce qui arrivera un jour ou l'autre. — A. V. 1880.
3. Etudes sur V alcoolisme et sur l'étiologie de la paralysie générale, thèse de Paris, 1862.
4. Hygiène de la classe ouvrière du Havre au point de vue de V alcoolisme, thèse de Paris, 1864.
tendance au suicide, qui est si fréquente, est aussi l'une des circonstances qui mettent le plus souvent le chirurgien en face de l'alcoolisme : nous en avons un exemple dans l'observation XXXII.
Les mêmes conditions sont encore réalisées par d'autres troubles également dus à l'alcoolisme. On sait, en effet, que les ivrognes sont sujets aux congestions brusques1, et principalement à celles de l'encéphale; dès lors, on comprend qu'une attaque de congestion cérébrale puisse, en dehors de l'ivresse (obs. VIII), être cause d'accidents graves ; cette circonstance peut même masquer l'existence de la lésion traumatique : un homme tombe et se fracture le bras ; on le croit apoplectique et l'on explique ainsi la perte des mouvements dans le membre fracturé; en sorte que la fracture, accompagnée même de luxation, n'est reconnue et réduite que le lendemain.
D'autres conditions, qui tiennent aux altérations du squelette, sous l'influence de l'alcoolisme, favoriseraient peut-être aussi, chez les buveurs, la production des fractures. Rokitansky et M. Lancereaux ont, en elfet, observé que chez les ivrognes les os deviennent, en général, le siège d'un dépôt adipeux plus ou moins abondant qui se fait dans les vacuoles de leur tissu. « Nous ne saurions mieux comparer cette altération, dit M. Lancereaux, qu'à celle que l'on observe si fréquemment chez les vieillards; nous y voyons, en effet, ce qui existe généralement à un âge plus avancé, savoir la substitution de la graisse à la substance osseuse; l'os est devenu vieux avant l'âge; s'il s'agit d'un os long, le canal médullaire est agrandi, rempli par un tissu adipeux, les parois osseuses amincies sont friables et cassantes. » Il pourrait résulter de là aussi une certaine difficulté dans le travail de consolidation; mais nous ne saurions nous prononcer à cet égard, n'ayant pas fait les recherches cliniques nécessaires.
On peut se demander si cette altération graisseuse du tissu osseux n'aurait pas quelque relation avec certaines observations faites
1. Cette tendance est précisément l'une des causes qui rendent l'emploi du chloroforme si dangereux chez les ivrognes. M. le professeur Gosselin, dans l'une de ses leçons cliniques (Union médicale, 1868, 3e sér., t, VI, p. 683), a signalé un cas malheureux dans lequel cette disposition aurait joué un rôle manifeste, le chloroforme ayant été employé à propos d'une luxation de l'épaule. Ces effets seraient encore favorisés par les spasmes musculaires que la période d'excitation chloroformique détermine fréquemment chez les alcooliques. Il est probable que d'autres causes, telles que la dégénérescence graisseuse du cœur, rendent encore, par un mécanisme différent, Fanesthésie dangereuse chez les sujets alcoolisés ; mais nous ne voulons pas nous étendre davantage sur cette question, déjà soulevée dans la première partie de ce travail.
dans ces dernières années, en Allemagne, par MM. Wagner i el Busch 2; il s'agit de l'explication de la mort rapide dans certaines fractures compliquées, par la production d'embolies graisseuses, qui auraient leur origine dans le foyer même de la fracture. L'alcoolisme serait-il pour cela une condition favorable? Il est certain que l'on a observé souvent des globules de graisse dans le sang des alcooliques; on a même trouvé des caillots graisseux dans les cavités du cœur3. Nous n'insistons pas toutefois sur cette question qui nécessiterait une étude spéciale 4.