‹ Mémoires de chirurgieChapitre 83 sur 209 · DE LA MORT RAPIDE DANS CERTAINS TRAUMATISEES. — DE LA SEPTICEMIE · texte numérisé non relu

DE LA MORT RAPIDE DANS CERTAINS TRAUMATISEES. — DE LA SEPTICEMIE

On trouve à chaque instant dans nos divers ouvrages et recueils scientifiques des observations qui se terminent ainsi : L'autopsie ne révèle aucune lésion capable d'expliquer la mort ; cependant cette mort a eu des causes, et la recherche de leur mécanisme n'est pas absolument impossible; mais c'est là une besogne délicate, qui exige des connaissances solides et un jugement sûr; non seulement il faut faire avec le plus grand soin l'autopsie des cadavres, mais encore, pendant la vie, observer attentivement tous les phénomènes. Nous suivrons dans ce paragraphe le programme tracé à ce sujet en 1869 par M. Yerneuil l.

Nous parlerons d'abord des cas dans lesquels la mort rapide ne peut s'expliquer ni par le siège, ni par l'étendue de la lésion primitive, ni par le développement et l'extension d'accidents inflammatoires partis de la blessure. Or, ces conditions se trouvent réalisées dans nos observations XX et XXII. L'autopsie a démontré, en effet, qu'il n'y avait eu ni embolie, ni phlébite, ni abcès métastatiques, ni hémorrhagie interne capables d'expliquer la mort. On ne pouvait pas davantage invoquer la perte de sang : le malade de l'observation XX en avait perdu une assez grande quantité au moment de la blessure, mais il était vigoureux et n'a offert aucun signe d'anémie subite. Chez l'autre malade l'hémorrhagie avait été insignifiante. Il n'y avait pas eu non plus de complications locales, telles que gangrène, érysipèle, angioleucite.

Y avait-il eu septicémie aiguë, c'est-à-dire empoisonnement rapide par l'absorption des substances putrides qui se forment à la surface des plaies exposées ? Cela n'est pas probable, car, chez le malade de l'observation XXII, l'occlusion avait eu lieu deux heures après l'accident; or, pour que les produits sécrétés à la surface d'une plaie acquièrent des propriétés nocives, il faut des conditions spéciales, telles que l'exposition permanente du foyer de la blessure, le conflit prolongé entre l'air atmosphérique et les éléments anatomiques, d'où résultent pour ceux-ci la nécrose et la décomposition qui engendre la substance toxique. Chez l'autre malade, la plaie d'un côté avait été aussi obturée de bonne heure, et la plaie de résection était restée exposée, mais n'avait pas cessé d'avoir le plus bel aspect;

l.Dans l'article de la Gazette hebdomadaire reproduit précédemment, p. 91. yerneuil. m. — 15

aucun putrilage ne la recouvrait, elle n'exhalait aucune odeur; d'ailleurs la résection avait été faite à dix heures du matin, et, dès l'après-midi, le délire s'était déclaré : c'était un délai trop court pour que les troubles cérébraux pussent être attribués à l'absorption d'un produit septique qui n'avait pas eu le temps de se former. Du reste, la septicémie s'accompagne de fièvre : celle-ci était presque nulle dans les deux cas. On peut donc rejeter la septicémie comme cause de la mort. Serait-il possible d'admettre une pyohémie suraiguë due à la production rapide de pus au voisinage des fractures ? D'abord, rien n'a démontré la pénétration de ce pus clans le torrent circulatoire; et puis nous verrons plus loin comment il faut interpréter la formation de ces foyers purulents.

En fin de compte, si l'on veut remonter à la cause de la mort rapide survenue dans ces deux cas, on ne peut trouver une explication plus plausible que celle d'une sorte de septicémie interne, dont la production dépend à la fois de l'altération antérieure du sang et des organes, ainsi que des perturbations fonctionnelles brusquement provoquées par le traumatisme i.

L'observation XVIII présente beaucoup d'analogie avec les deux précédentes; il s'agit d'une fracture compliquée de la jambe chez un homme extrêmement vigoureux et jeune encore (34 ans); la mort arrive en moins de trois jours, à la suite d'une attaque de délire qui s'est terminée brusquement par un collapsus complet : cet homme ne présentait pas de signes évidents d'alcoolisme chronique et cependant, à l'autopsie, bien que les détails soient incomplets, on constata des altérations avancées des viscères, et du foie en particulier ; on ne peut donc pas dire que la cachexie alcoolique soit nécessaire pour rendre le pronostic grave, car ce blessé n'était rien moins que cachectique : toutefois l'insuffisance de la relation nécroscopique ne permet pas d'affirmer, comme dans les précédentes observations, que la mort ait eu lieu par septicémie interne, d'autant plus que, dans ce cas, la plaie resta exposée au contact de l'air et qu'il put très bien y avoir introduction de produits septiques dans le sang.

Il importerait en effet de se demander si, des circonstances analogues étant données, l'alcoolisme n'est pas une condition qui favorise la mortification locale et par suite l'infection putride : la rapidité avec laquelle s'opère la putréfaction du cadavre des ivrognes semblerait venir à l'appui de cette opinion. M. Lancereaux a en effet signalé 2 un phénomène assez fréquent chez les buveurs qui suc-

1. M. Péronne adopte ici l'interprétation que j'ai donnée à la page 106.

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