DE LA SUPPURATION ET DES INFLAMMATIONS DIFFUSES CHEZ LES ALCOOLIQUES
Nous croyons que l'alcoolisme peut être mis au nombre des conditions qui favorisent l'élaboration du pus. Les lésions du tube digestif, du foie, des reins, les altérations du sang, sont fréquentes chez les ivrognes. Nous ne saurions dire au juste par quel procédé ces circonstances pathologiques exercent leur influence, mais nous connaissons la coïncidence fréquente de ces lésions viscérales avec les suppurations étendues1.
M. Fournier a signalé la fréquence des furoncles et des anthrax chez les ivrognes. Nous avons aussi trouvé plusieurs faits de ce genre; chez le malade de l'observa'ion VI, une éruption confluente de furoncles envahit le front et le cuir chevelu ; en même temps se forme au voisinage de la fracture un abcès qui suppure avec abondance, et dont la guérison est très lente. Dans l'observation XXI, des abcès multi-
1. La production rapide et abondante du pus, d'ailleurs incontestable chez les buveurs, ne paraît pas résulter directement de l'intoxication ni des lésions viscérales qui en découlent ; elle semble être plutôt la conséquence en quelque sorte nécessaire de l'atteinte grave portée par l'alcoolisme à l'un des actes fondamentaux du travail réparateur : je veux parler du défaut de plasticité, en d'autres termes de l'insuffisance avérée de la prolifération conjonctive, d'où formation imparfaite ou nulle du rempart néoplasique qui isole le foyer traumatique et limite l'inflammation qui s'y développe, d'où substitution des globules de pus aux cellules et noyaux du tissu connectif, d'où échec ordinaire de la réunion immédiate. — A. V. 1880.
2. Nouveau Dictionnaire de médecine et deehiruigie pratiques, art. Alcoolisme, p. 669.
pies se forment aux environs de la fracture ; dans l'oDservationXI, c'est un phlegmon diffus parti d'une petite excoriation de la peau qui nécessite plusieurs débridements et traîne singulièrement en longueur. Dans l'observation XXIV, l'inflammation du périoste se propage rapide-, ment au tissu cellulaire circonvoisin etproduit des décollements étendu s. Pris isolément, ces exemples n'ont qu'une faible valeur ; mais ils offrent ceci de commun que, dans tous les cas, la réaction fébrile était légère ; la suppuration paraissait disposée à s'étendre, faute de limitation, car la néoplasie conjonctive périphérique était presque nulle; il en résultait une lenteur remarquable dans la guérison K
L'aptitude des alcooliques à faire du pus rapidement se révèle surtout lorsque, par sa gravité, le traumatisme jette une perturbation profonde dans l'économie; c'est ce qu'on observe dans les observations XX et XXII. Dans ces deux cas, en effet, une production rapide de pus s'était opérée au sein de l'épanchement sous-cutané qui avoisinait les fractures: on ne pouvait attribuer les accidents généraux qui se manifestèrent à l'action infectante de ces foyers purulents; car, ainsi que le fait remarquer M. Verneuil'2, « au lieu d'être la cause d'accidents généraux, cette suppuration soudaine, diffuse, se produisant sans le cortège habituel des symptômes cardinaux du phlegmon, est à la fois l'effet et l'indice assuré d'une altération générale et antérieure du sang. On l'observe très communément chez les sujets diathésiques, les diabétiques, les album inuriques, les alcooliques, etc. C'est un mode particulier de lésion locale qui diffère très certainement du phlegmon diffus classique, car elle ne s'accompagne ni de rougeur, ni de chaleur, ni de douleur, ni de gonflement notable; elle se traduit à l'extérieur par une coloration spéciale de la peau, qui se propage très rapidement le long des gros vaisseaux. Le tégument devient livide, bronzé, comme imbibé d'une solution faible de nitrate d'argent. »
Cette coloration noirâtre n'aurait-elle aucun rapport avec une altération du sang qui a été déjà signalée chez les alcooliques? Nous voulons parler de la présence dans ce liquide de granulations pigmentaires plus ou moins abondantes, qui se retrouvent aussi, dit M. Lancereaux, dans certains organes, les glandes sanguines en particulier, ou même dans les cellules du réseau cutané de Malpighi. Mon ami Terrillon 3 me disait récemment qu'il avait observé, plusieurs fois déjà , des dépôts abondants de ces granulations