Loc. cit., p
3. [A propos d'une observation de phlegmon bronzé recueillie dans mon ser-
dans la muqueuse de l'intestin grêle chez des buveurs émérites.
Ces corpuscules pigmentaires paraissent provenir delà destruction des globules rouges du sang; le traumatisme aurait-il pour effet, par les troubles qu'il jette dans l'économie de l'alcoolique, et principalement dans les fonctions hémato-poïétiques, d'augmenter cette destruction? Il en résulterait subitement une prédominance au moins relative des globules blancs, et peut-être serait-ce là l'une des conditions qui facilitent la suppuration1. On s'expliquerait en même temps ainsi cette coloration du tégument sur laquelle M. Verneuil appelle l'attention.
Ce rapprochement s'accorderait assez bien avec cet autre point que fait encore ressortir M. Lancereaux : « 11 est à remarquer, dit-il, qu'un certain nombre de malades atteints de mélanodermie sont adonnés aux boissons alcooliques. » Or voici une observation dans laquelle se trouvent réunies ces trois conditions : alcoolisme, mélanodermie, suppurations abondantes et inflammations diffuses.
vice, M. Terrillon a donné, en 1874, sur Panatomie pathologique de cette coloration de la peau, quelques détails que je crois bon de reproduire ici. — A. V.
« A l'autopsie, j'ai constaté que cette teinte n'avait pas changé après la mort sur la cuisse du cadavre, et qu'elle n'avait fait qu'augmenter d'intensité. Or, après avoir incisé la peau, on voyait que le derme présentait deux nuances différentes : la partie superficielle sous-épidermique était encore blanche, la partie profonde , au contraire, celle qui avoisinait le tissu cellulaire sous-cutané, était comme ce dernier fortement colorée par un liquide roussâtre. La teinte bronzée des téguments était donc le résultat de la présence de cette sérosité roussâtre, vue à travers la partie superficielle du derme non colorée: la nuance rouge du liquide et la nuance pâle du derme donnant, par leur combinaison, une coloration brunâtre .
» Sur le trajet des veines, cette teinte est plus foncée et précède la coloration uniforme ou se joint à elle ; elle est due au même phénomène, et comme la sérosité transsudée est plus abondante au voisinage des vaisseaux qui la fournissent, la teinte est naturellement plus foncée et devient plus rapidement apparente.
» Dans le liquide qui baigne le tissu cellulaire sous-cutané, on trouve, aussi bien à la cuisse qu'à la jambe, mais en plus grande abondance en ce dernier point, des éléments figurés qui sont :
1° Des globules purulents granuleux ;
2o De gros éléments contenant plusieurs noyaux et des granulations graisseuses assez semblables aux corpuscules de Gluge.
3° On trouve aussi un grand nombre d'éléments de figures diverses qui sont le résultat de la décomposition de la graisse. Enfin ce liquide, qui est fortement coloré en rouge brun, contient des globules rouges plus ou moins altérés. » (Terrillon, Septicémie aiguë à forme gangreneuse, in Arch. gén. de mècl., 1875, 6e série, t. XXIII, p. 164 et 167.)
1. L'idée que nous émettons ici s'accorderait assez bien avec l'hypothèse qui attribue l'origine des globules du pus à l'émigration des leucocytes du sang. Celte théorie, que soutiennent en Allemagne MM. Waller et Cohnheim, vient de recevoir tout récemment un nouvel appui en France par les expériences et les obser-
Obs. XXXI. — Fracture de côtes. — Suppurations multiples. — Pneumonie. — Cirrhose aiguë du foie. — Mort. — Autopsie i.
Florimond D..., 46 ans, terrassier, n° 12 de la salle Saint-Louis, service de M. Verneuil.
Cet homme chargeait de grosses pierres, lorsqu'un pavé de 20 kilogrammes tomba et vint frapper la région dorsale droite. Il put néanmoins continuer à travailler; mais le lendemain il lui fut impossible de se lever, à cause d'une vive douleur dans le côté droit. Un médecin appelé deux jours après l'accident fait appliquer un large vésicatoire sur la région du foie, car la douleur était plus vive en ce point qu'à la région dorsale. Mais, comme l'état tendait à s'aggraver, le malade se fit transporter à l'hôpital Lariboisière, le 10 février.
Le II, à la visite, le malade est dans un état assez grave. La peau offre une teinte bronzée qui rappel le celle de la maladie d'Addison. En plusieurs points on trouve une teinte ictérique ; les conjonctives ont une coloration jaunâtre. Peau chaude, 120 pulsations. A l'examen de la poitrine, pneumonie à gauche, oc cupant tout le lobe supérieur. Quelques râles muqueux à la base du poumon droit; mais l'attention est attirée principalement vers la région hépatique. Le lobe gauche du foie forme une tumeur saillante au niveau de l'épigastre et douloureuse au toucher ; le lob e droit ne dépasse pas les fausses côtes. L'œdème des jambes et le développement de la circulation veineuse abdominale indiquent une compression de la veine cave inférieure. Cependant aucun signe d'ascite. 20 grammes d'huile de ricin; vésicatoire.
13 février. — Le malade réspire avec moins de peine; mais les troubles du côté du foie persistent avec la même intensité ; les urines sont ictériques. M. Verneuil appelle en consultation M. Millard, qui constate que la pneumonie est en résolution, reconnaît la tumeur formée par le foie, mais hésite entre une hépatite aiguë, un abcès et un kyste hydatique.
Le 14, le malade reste couché sur le ventre; quand il se met sur son séant, il est pris de violentes quintes de toux. Dans la nuit, forte hémorrhaffie intestinale.
vations auxquelles s'est livré sur ce sujet M. le professeur Vulpian, de concert avec M. Hayem. {Académie de médecine, 1870, p. 72 et 156.)
1. Nous devons cette observation, ainsi que celles comprises sous les numéros XIX, XXVI, XXVIII, XXXII, à l'obligeance de M. Michaud, interne des hôpitaux; elles font partie d'un mémoire inédit présenté au concours des prix de l'internat.
Le 15, les phénomènes s'aggravent, M. Verneuil discute avec M. Millard l'opportunité d'une ponction exploratrice dans la région hépatique. On croit sentir de la fluctuation au niveau de la tumeur; on enfonce le trocart à 6 centimètres de profondeur; mais on obtient seulement quelques gouttes de sang pur. Le malade continue à perdre du sang par les selles.
Le 16, nuit mauvaise et très agitée. Région hépatique très douloureuse. Respiration pénible.
Le 17, mort vers deux heures après midi.
Autopsie, quarante-deux heures après.
L'abdomen étant ouvert, on trouve sur la face convexe du foie la trace de la ponction exploratrice qui avait pénétré dans le lobe gauche.
Péritonite caractérisée par la présence d'une sérosité jaunâtre en assez grande quantité, par des fausses membranes qui tapissent le mésentère et du pus en petite quantité dans le bassin.
Rate très volumineuse.
Foie atteint de cirrhose hypertrophique, et en même temps d'état graisseux. La veine cave inférieure, comprimée par le bord convexe du foie, est fortement distendue par le sang.
Poumon gauche adhérent, offrant dans le lobe supérieur une hépatisation rouge et un abcès au centre.
Poumon droit refoulé par un épanchement considérable.
Ce poumon enlevé, on trouve une fracture des cinquième et sixième côtes, au niveau du tiers postérieur.
Le foyer de la fracture communique d'un côté avec un abcès souspleural qui s'étend jusqu'à la partie antérieure de la colonne vertébrale, et de l'autre côté avec une vaste collection purulente, située en dehors des côtes, entre le grand dorsal et le grand dentelé.
Les habitudes alcooliques ne sont pas mentionnées dans celte observation; mais M. Michaud, qui nous l'a communiquée et qui l'a recueillie surtout au point de vue de l'affection hépatique, abstraction faite de l'alcoolisme, nous a affirmé qu'elles existaient. Nous trouv ons ici cette coloration bronzée de la peau, cette mélanodermie dont nous avons parlé plus haut, et, en même temps, une production abondante et rapide de pus dans divers points de l'économie; péritonite purulente, abcès sous-pleural, abcès intra-pulmonaire, vaste collection de pus sous le grand dentelé, et tout cela, à propos d'une fracture de côtes, lésion ordinairement bénigne ! Il faut observer, à la vérité, qu'en même temps qu'il produisait la fracture de côtes, le
pavé avait dû contondre la région hépatique; c'est là, sans doute, le point de départ de tous les accidents : le foie, déjà malade primitivement, s'est altéré davantage, ce qui a dû faciliter ensuite la production rapide du pus dans tous les points auxquels s'était étendu presque subitement le processus inflammatoire.
A propos de cette rapide extension du travail phlegmasique chez les ivrognes, nous rappellerons encore le malade de l'observation XIV; à la suite de la lymphangite, les ganglions inguinaux avaient à peine été touchés par l'inflammation, que déjà toute la partie voisine du péritoine participait à l'incendie. Chez les alcooliques, du reste, ces inflammations diffuses se manifestent sans qu'il y ait continuité de tissu; c'est surtout vers les séreuses que ces accidents se produisent; il y a plusieurs cas de ce genre dans nos observations. Ces manifestations éloignées seraient dues peut-être à la pénétration ou à la formation de produits septiques dans la masse sanguine. Cette hypothèse paraîtrait se confirmer par certains faits de pathologie expérimentale. « Si vous injectez, dit Billroth, dans les veines d'un chien une liqueur ichoreuse, l'animal aura, dans beaucoup de cas, outre l'intoxication directe du sang, une entérite, unepleurite, peutêtre une péricardite; ne devons-nous pas admettre ici que, dans le liquide injecté, il y a une ou plusieurs substances douées d'une action phlogogène spécifique sur la muqueuse intestinale, la plèvre ou le péricarde? » (Loc. aï., p. 314.)
Appliquée aux blessés alcooliques, cette hypothèse expliquerait les localisations variées, les inflammations et leur production à des distances souvent fort éloignées de la lésion primitive.
On pourrait encore se demander si les alcooliques sont, plus que les autres malades, exposés à la pyohémie. Nous n'avons pas d'observations qui l'affirment. Nous croyons même ces cas assez rares, parce que les malades sont la plupart du temps emportés prématurément par des accidents septicémiques.