‹ Mémoires de chirurgieChapitre 88 sur 209 · DE LA GANGRENE · texte numérisé non relu

DE LA GANGRENE

La mortification des tissus lésés par le traumatisme paraît être facile chez les buveurs. C'est ainsi qu'on a signalé, chez les ivrognes, la tendance des érysipèles à devenir gangreneux. D'après les médecins anglais, les buveurs de gin seraient souvent affectés, aux membres inférieurs, d'ulcères de forme phagédénique, connus dans

les hôpitaux de Londres sous le nom d'ulcères du gin (gène va ulcer) Bergeret * rapporte que, chez une femmî passionnée pour les liqueurs alcooliques, une éruption de pemphigus et d'eczéma transforma toute la surface du corps en « un vaste ulcère d'où suintait une matière ichoreuse et fétide. » Piicord a montré que, chez les ivrognes, dans les temps chauds surtout, les chancres les plus simples deviennent plus rapidement inflammatoires, et il fait remarquer que la gangrène s'ensuit facilement; ce sont ces chancres qu'il propose d'appeler œno-phagédéniques 2.

C'est peut-être en vertu de cette disposition à la mortification des tissus que nous avons vu survenir, chez plusieurs de nos malades, des gangrènes limitées. Dans l'observation XXI, par exemple, les bords de la plaie se sphacèlent; dans l'observation XI, la même chose se produit sur les lèvres de l'incision au moyen de laquelle on a débridé le phlegmon; enfin, dans l'observation XIX, une gangrènepartielle du lambeau amène une hémorrhagie secondaire, mais ces faits ne sont ni assez nombreux, ni assez importants pour que nous y insistions davantage.

Cependant nous ferons encore une remarque, c'est que les altérations du rein sont fréquentes chez les ivrognes ; or, il est prouvé que ces états morbides prédisposent k la gangrène. Biilroth cite un cas curieux observé chez un malade qui présentait une affection chronique du rein ; à la suite d'une lymphangite de la jambe, les ganglions inguinaux s'enflammèrent, devinrent le siège d'une énorme tuméfaction et tombèrent en gangrène avec la peau qui les recouvrait. On conçoit que le même genre d'affection puisse occasionner des désordres analogues chez les buveurs 3.

HEMORRHAGIES SECONDAIRES.

Frerichs, dans son Traité des maladies du foie, signale l'influence qu'ont les affections de cet organe, et particulièrement la cirrhose, sur la production des hémorrhagies capillaires.

Monneret 4 a montré également que la septicémie et la pyohémie s'accompagnent fréquemment d'hémorrhagies diverses. Or, les ma-

1. De l'influence des boissons alcooliques, Lons-le-Saulnier, 1854.

Page 1