‹ Mémoires de Chodruc-Duclos;Chapitre 11 sur 84 · DE GH0DHUC-DI3GL0S · texte numérisé non relu

DE GH0DHUC-DI3GL0S

homme de cœur, tel qu'il s'en retrouve encore, Dieu merci, quelques -uns de par le monde. Elle ne savait pas avoir afi&ire à la plus fine fleur des élégances du temps,à uueillusbration départementale, au coryphée de la plus belle ville de France après Paris, au Sirius du ciel bordelais. Dès l'instant où ce jet lumineux lui jaillit au sein, le rayon devint flamme; elle se sentit saisie d'une électricitë soudaine, d'un envahissement qui était à la fois un baume paisible et une amertune pantelante } elle eut besoin d'air, de se retremper à quelque source divine; elle eut besoin de jeter ses lèvres corrodées aux fraîches tempes de cette jeune innocence ; elle eut besoin de noyer aussitAt dans un torrent de limpides tendresses l'édat de ce flot de lave ; elle voulut réAigier dans' les bras d'un amour saint une brusque affection mondaine , sauver la femme par la mère. Chez ces organisations entralnables on dé» couvre parfois en vérité de ces élans parUs comme un trait , qui sont à l'œil de l'observateur une bien admirable poésie. De telles études, si rares, hélas! mais dont il ne faut

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pas du moins nier l'existence, nous reposent de DOS fatigues à fouiller si long-temps dans le sable des rives humaines avant d'y trouver la perle, à errer si vainement dans les immenses atmosj^ères pour y cueillir une brise dont le parfum ne s'en aille pas.

Aussi les impulsions méditées le cèdent^ elles presque toujours aux mouvements imprévus : c'est le groupe en bataille luttant contre une armée de tirailleurs; l'ordre finit par se voir renverser sous l'acharnement du désordre. Une pensée quelque peu revêtue de spontanéité sera chez nous incontestablement labienvenue aux dépens des plus vieilles et des plus vénérables résolutions, dans le monde féminin surtouL Madame de Besny m'avait vu , elle désira et vivement de me revoir dans l'avenir, bien qu'elle eût décidé antérieurement de f^mer là toute son existence sentie , et de n'y pas ouvrir accès aux plus ferventes supplications. Madame de Beany me reconnut à l'image qui lui avait été souvent iàîte de moi; et cette fois elle eut peur d'in-

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diner trop son âme, pauvre roseau battu, mais riche encore de sève, et elle s'en alla dormir sous l'aile d'un séraphin pieusement aimé pour navoir pas de rêve qui la rejetât dans le pro&ne. Mais quand se ranimèrent les échos frivoles et actiis, quand elle se révralla voyant et entendant autour de Tinconnu d'hier les chauds applaudissements, quand elle se mit dans la mémoire toutes les bouches qu'il faisait parler, toutes les poitrines que remuait son nom, pour l'attachement ou la haine, Tadmîration ou Teuvie; alors elle retomba sur sa propre £iibiesse, et elle comprit que désormais elle ne répondait plus de sa puissance, 'eUe ne se garantissait plus invincible à tout enchantement.

Parce que dans l'amour le plus pw des femmes il y a toujours im grain de vanité, une création supérieure est regardée longtemps par elles, et les yeux fixes s'embrasent vite et communiquent le feu au cœur; le cœur est si près de battre rapide et chaud lorsqu'on se prend à battre des deux mains !

ilO HiUOIBES

Pour tout cela madame de Bt^ny avait euBn abdiqué ses déterminations d'insensibilitéen&veur du Superbe; mes antécédeots luttèrent, ma renommée triompha, mes soins achevèrent de conquérir, et cette conquête fut pour moi la plus précieuse de toutes , parce qu'tdie avait été la plus combattue et la plus armée d'intdligenee ; mais surtout parce qu elle eut à souffrir de plus poignantes douleurs. D'abord die avait auprès d'elle sa fille, sa fille qu^e chérissait au-dessus des plus inef^let prédilectioa». Cette enfantnela quittait pas, ou c'étaient des anxiétés matemdies que nul supplice ne saurait rendre ; et si vous eussiez vu la pauvre mère fr^ir à chaque heure de laisser cfQeurer par la moindre tache cette candeur virginale, si vous eussiez vu la pauvre mère oc pas oser plonga* ton regard dans le regard de son enjfant, de peur d'en ternir l'azur; ne pas la garder long-temps dans ses bras de peur d'être contra nte par quelque pensée étrangère à rougir devant ce piiroir de pureté; ne plus s'agenouiller lesMr (out près d'elle, comme ne se croyantplus

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digned'eaTOyer Ti^Dieu son âme dans le parfum deœtteâmeangâique; oh! TOUS auriez admiré cette mère, cette femme, tous l'auries aimés parce qu'dlle était si tendre et éi miAhmre^!

Je l'ai aimée ^ non pas arec l'enlmnent pent-étic qui m'« suivi à travers d'autres afïee tuas, mais avec une sorte de culte qui se s'est poîatdéiuaitî.fairecaeiUid'cUebic&descMtfidEnns douées à entendre & force d'être imprégnées d'amertume ; elle est Tenue clievelier dans mon sein toutes les oppressions les plus ^rraMnfm H'imr jrtuifisir srtÎTP fi ttif a OMiSr tomaent weîUé auIcHir de mes deuils sombres d'alors. Om Me & faire dans la première part de ma vie un cours presque complet dos prir sons de France : eh bien, partout m'arriveiient «rdenlBS, JBfttigahks comme TaBOlir et la churiCé , U» iconsoIatioDS de Pauline de Beioy ; et le jour me sem}>lait ilhimiaer moa cadtot d'une lueur iauneiue , je ne aavais [4us si mes mains et mes pieds étafient doués dans ces bières soQtenrûneSjlesveirous.iiegrùifqakBt

plus aussi froids et secs, la voûte ne s'étendait plus sur ma tête comme un couvercle noir s'af&issaBt, remontant, puis retombimt > lan» cesse. Ohl ^e vous 4ievez d'actions de • grâces à madame de Besny, messieui? met geôliers . pour les bpas et les jamlies^n'elle '-■ vous 9 conservés par ses vertueuses exfaotta- . tiens et par le oalme si touchant qu'elle versait ' CD moil Quedefois, 6 mon front, un seul neflet de cette étoile t'a retenu dans ton élan de suicide et défendu de te briser à ces noires et lotirdes murailles!

Je me rappelle encore pieusement les tfuatre lignes fermant une de ces pages-reliques dont elle savait le secret plus que toute belle âme au

•-^a Gbtt désolé , me disaitclle , non , vous n'êtes 'pas »ioch« dans la tombe ; pour rayon & v«tf!e fenêtre -n'avofr-vous pas le dévouement d'une amie pleurant de vos pleurs, souriant ide votre sourire?.iravez-vous pas pour votre ciel la SRinte pensée xk «otre mère ? »

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J'étais alors enfermé ft l'Al^ye, où l'on me ■ traitait moins malque ddtat les autres prisons ieh bieD-l pkr cela ieul que j'approchais phis' près des bénéfices attachés s l'nr libre, je ne s^Uais plus loin des wuUgements intimes :

. jamaig.peut-ètrenuemâaxicolieptiismorteUa , ne vintmassiéger, et jamais aussi jen'éprQUvn plus profondément le bonheur de n'être pas

. seul quand la souffrance estsur nous. -

ir — Af{i bonne Pauline , ma bien-aïmée , ' lui éerii;|iis-je deux jours avant mon ' élargissement, est-il bien vrai que je sois tonjonn 'tonami?Ah! c'est que j'ai tant besoin de cette assurance, cher ange, pour me relever de mes diattemeiits et pour croire à ta clémence infinie après tous les reproches que j'ai mérités de tâi! Que j'ai de torts, mais que ta bonté est grande! CEommest te manifester lessentineats que m'inspire ton âme si généxeusel l^mrquoi n'e&-tu pas auprès de mol, pour recevoir dans ton seiu des larme» qui me brûlent! Si tu savais, amie, otvmtne left mal* heurs me sont ]:Jus légers depuis que- tu as voulu ta part de ma ch^tive destinée! Oh!

flA MÉBIKHRE&

si je suis assez heareux pour sortir de cet antre lugubre, dût-oa m'eavoyer au bo*t di^ monde , je te rejoindrai pour te doKoer des témoigiiages d'une tcudrew»qui a ftit jusqu'ici ma çonsoUtioiiu .

■ Ma boAne mère a eu soin de m'apprendre r^tat où ma détention t'a mise. Je suis sensible à ses soins, maïs je le suis bien plasàta mabdié. Si je puis t'engager à prendre le mal qui m'arrive avec la fermeté de ton caractère ordinaire, je te conjure plus particulièrement encore , au nom de notre amitié , au nom de notre amour, de cesser tes inquiétudes; sinon je ne cesserai pas, moi, de te répéter que je suis la source de toutes tes douIeUrs.

* Je le ^a^sse, mon amie; «ar v^K* <[u'on jm'aonoiice kt visite de cet ioferBut Fa*ebé : pwsqWii vient ia'anr>c]^ à toi , je if«i> k fevçvoif de feçou, je t« le jure, qu'3 wH fnive uni fvn plu», de «es soumotees eauft»^ ^ OH un p«u D^oina de liberté. Sbu» dotMt i\ ^wt me piropoa«r encore de me la veitAvt •4 prît de qi^«#{4MitWi|p4 H laïut, je te l'at-

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teste, mon bon ange, avoir le cœur furieusement chevillé dans la poitrine pour ne pas chercher toutes les issues possibles à ce cloaque de désespoir. Et pourtant il aura beau feire, tout ministre de la police qu'il est, il ne sera jamais dit qu'il ait amené son pensionnaire Chodruc à sortir de ses gémonies en rampant. Dans deux minutes nous nous verrons face à face, et, quoique ce soit assez difficile, je me promets bien de lui &ire courber les yeux devant son prisonnier, je m'apprête à lui lancer au visage mon ultimatum sempiternel : — Monsieur le ministre , je vous en avertis,sivoustouche£lamoindre corde basse, je me bouche impiftiyablement les oreilles ; donc posons earteftsur tabk,et, sî vous nvez des amditioas à me &ire, souvene»-vous de la maùme que j'ai adoptée avec vons et ks vôtr^ : Je donne latitude aux propositions parce que je me ferais pendre pour jouir du grand air , mais je tïonne latitude en tout bien tout honneur.

p Le diable , son digne patron , l'emporte ! Dieu te bénisse, ma Pauline! «

UriWOTBBS

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