‹ Mémoires de Chodruc-Duclos;Chapitre 13 sur 84 · MARTIGNAC · texte numérisé non relu

MARTIGNAC

Certes Martigoac était un bon garçon, d'autant meilleur qu'il n'avait de prétention qu'à une seule chose, à l'esprit. Il aimait les pointes, soit; mais dans les couplets seulement. Sur le terrain, il les redoutait en diable; et il n'y aurait pas eu moyen de le forcer à se battre, même contre celui qui se serait amusé à ûfQer une de ses {Mèces.

U m'aimait et me redoutait à la fois: rien

au MEMOIRES

n'était plus drôle, plus amusant que sa sympathie ou ses répulsions^ et dès qull venait me prendre fiimilièrement par le bras, je devinais qull y avait un vaudeville sur le tapis. En un mot, il voulait que je fusse son chef de claque — il n'en existait pas alors — ; et dès que j'avais promis aide et protection il fallait bien, à toute force, que le public acceptât l'ouvrage.

Un jour qu'on jouait de lui un acte intitulé, je crois, la GmeUe^ le parterre siffla : je lançai mon chapeau, qui fiit foulé aux pieds. Furieux, je veux m'^ncer, on me retient. Je descends l'escaUer, je bouscule, je tape, je renverse... La pièce fut trouvée délicieuse , je vous le jure. Ce soir-là je méritai mes éperons, je conquis mon bâton de maréchal, et jamais nul ne mérita mieux que moi le titre glorieux de chef de claque... je claquai plus de cinquante joues.

Le jour où ce bon poète Martignac , qui i-imait moins bien que je ne me battais, Bt jouer son vaudeville anglo-wellingtonien.

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fut pour moi le plus orageux et le plus écrasant à la fois.

J'aimats les Bourbons, mais je haïssais les habits rouges. Je voulais &ire réussir la pièce et je ne demandais pas mieivs. qu'on la fit tomber. Les partis étaient en présence à Bordeaux : les brassards, les verdets, tas de canaille, de désoeuvrés, de flâneurs, d'égoïstes, de lâches, de parasites, ne vivant que pour eux, sangsues attachées à tout ce qui a de la force et de la puissance , cœurs corrompus prêts à tout excepté à ce qui honore et ennoblit, proclamaient à haute voix, dans les rues et dans les allées de Toumy, que Marttgnac était un grand homme, une illustration , une époque. Hélas! je savais, moi, combien il était petit, et je redoutais qu'un déslUusionnement ne vint frapper le soir tous ses défenseurs en haleine.

En opposition avec cette horde d'enfonceurs de portes ouvertes, en tète de laquelle on me faisait l'honneur de me bijser, se trouvait une société d'élite antipathique à nos sentiments, qui gémissait du joug nou-

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vnu qu'en Venait de lui imposer, et qui ne comprenait pas qu'un Français consacrât sa plume à l'exaltation de nos amis les ennemis.

L» lutte devait dont! être chaude et emi* mée ; on avait I«# yëns sur mc^, et je th-ais vanité de cette aupâriorlté dai» TRCItoB qui n'était géuéralemenl reeoûnee.

Mais, je vous l'ai dit, il y a chez moi deux natures diamétralement opposées, et j'aurais voulu me battre en même temps contre les deux ^rtis. Toutefois, dam l'impuissance de satisfaire mon goût imminent de bataille, j'accotai la cocarde blanche» c est^-dire celle de Martignac^ et je me rendis au th^tre.

— Le voilà !

Ce mot prononcé par la Soûle me grandit de vingt pieds; je baissai la tête, de peur de luucher à la loge qui me domitiait, et je ne voulus pas allonger le bras, dans la crainte de frapper le histre.

Le peupW vous feit à son gré géant ou lil-

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Uputiea, et ce jour-là j'avais la taille d'Ajax et la force d'Âcfaille.

Pauvre Martignac ! Tout cela pour ton chef-d'œuvre ! quel chef-d'œuvre, hon Dieu !

gloire — victoire. Anglais — Français, lau~ riers — guerrient immii/tv *" Pyramides : voilà la pièce.

On applatidtt onvâitemetit , avec fureur, avec frénésie; on sifflota en cachette... et Martignac fut proclamé un f;rand homme sans le secours de mon épée, qui le lendemain pourtant se teignit de sang sur la poitrine d'un honnête négociant fort peu enthousiaste des Anglais et de leur Pindare.

Je me ibis lot^otin ttpntki m dtfà

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