‹ Mémoires de Chodruc-Duclos;Chapitre 14 sur 84 · UNE CONDAMNATION A MORT · texte numérisé non relu

UNE CONDAMNATION A MORT

Je ne sais trop si ce résultat provenait du hasard ou de notre choix mutuel, mais toutes les femmes que j'ai eues pour amies intimes ont été des femmes de résolution. Il est vrai d'ajouter que je ne me feisais point défeut de les finir de dresser, lorsqu'elles péchaient encore quelque peu par le côté feible.

Madame I^tapie a été du nombre de mes chèr^ déterminées , et je lui dois la moitié d'uD événement trop précieux pour moi, trop

DE CRODRUG-DDGLOS. 120*

doucement mémorable de ma vie : je lui don- ~ nerai ici la noble part qui lui revîeat.

Nous étions encore sous le règne du tribunal révolutionnaire : j'arrive auprès d'elle , soucieux, pâle, e£&ré, anéanti.

— Mon Dieu I quelle physionomie bouleversée t

— Cest que je ne s^îs pas gai.

-^Pourquoi cela, mon ami?

— Les persécutions vont leur train , la justice des tribunaux devient une mégère, le couteau triangulaire coupe trop, les bonnes têtes roulent comme des miettes de pain : cela m'ennuie, cela me vexe.

— Qu'y iàire, mon ami ? Attendre et espérer!

— Ne rien espérer, parce qu'une fois qu'on a bu du sang, on s'en grise, on en veut toujours et l'on s'en verse à pleins bords : le caprice devient passion ; la passion , une manie de toute heure. Il n'y a donc rien à espérer.

.■i>,Goot^lc

*180 MtoOIRfiS

si ce n'est de coucher les ivrognes à terre et de casser les planches de leur cabaret ; ne pas attendre un mois , un jour , une minute , un instant ; leur arracher la tasse des mains et les grappes d'or qu'ils foulent aux pieds pour en tirer leur nectar de cannibales.

— Mon Dieu ! mon Dieu 1 quelle agitation ! Mais à coup sûr, mon ami, quelque chose de nouveau, de fatal est uirvenu; et je ne puis rien savoir? et je ne suis plus digne d'mie seule confidence intime? et je suis donc retombée bien bas, que l'on ne me juge plus à la hauteur d'une consolation à offrir , ou d'un secours à porter? Voyons, ami, quelque menace puissante plane encore sur nous, n'est-ce pas? on cherche encore à punir, à se vet^r..., ànouc séparer peuMtre?.., Tenez, j'en suis sûr, Emile, avouez, avouez, il y ^ oacore au fond de tout cela quelque belle œuvre de votre âme si généreuse, et ils s'acharnent à votre piste pour vous en infliger le châtiinentî

— Non, DOn^par malheur; j'aimerais bien

Page 1